Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

21 mars 2008

Le droit de mourir dignement

La mort avant-hier de Chantal Sebire soulève à nouveau le problème qui avait été déjà évoqué à l'occasion de la disparition de Vincent Humbert : le droit de mettre fin à ses jours pour abréger ses propres souffrances.

A une époque qui a fait tant de progrès qu'elle permet de laisser survivre les cas les plus désespérés tant la médecine est performante, notre société se trouve confrontée à deux intérêts antagonistes : faire vivre ou laisser mourir. Voilà bien le dilemme éthique auquel se trouve confrontée la France, et auquel les Belges, les Suisses, les Néerlandais ont déjà répondu avec plus de célérité, d'humanité et d'efficacité, tandis que nous nous perdons en conjectures, palabres, et autres faux-fuyants qui permettent aux autorités de rester sourdes et aveugles à la réalité des souffrances.
On perçoit très bien que la majorité de la population est plutôt favorable à l'euthanasie active et que beaucoup d'entre nous  souhaiteraient même en bénéficier le cas échéant, chacun percevant bien qu'une mort lente et douloureuse n'est pas une fin de vie digne.
La loi dite Leonetti (on a souvent le tort d'intituler les lois par le nom de leur auteur alors que chaque loi comporte un numéro et un titre bien précis) permet l'euthanasie passive, par abstention de soin et de nourriture, et l'administration d'antalgiques pour atténuer la souffrance du malade, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ce dispositif permet d'administrer à un malade en fin de vie une dose de médicament ayant le pouvoir d'endormir le patient, jusqu'à ce qu'il meure de faim ou de soif. Et l'on nous dit que cette loi est un progrès !

Résumons-nous : un médecin peut donner une dose de cheval à un patient jusqu'à ce qu'il meure de faim ou de soif, mais ne peut pas lui donner une dose mortelle d'un médicament qui soulagerait non seulement les souffrances du patient mais aussi celle de son entourage ! Parce que c'est ce qui est apparu au cours des différents reportages : le patient souhaite un moment solennel lors duquel il se donnera la mort entouré des siens à un moment choisi. La solution établie par la loi Léonetti ne permet que de choisir le moment de l'endormissement du malade, et impose quelques jours d'attente jusqu'à la mort. Doit-il y avoir un délai expiatoire ? La France ne souhaite pas, dirait-on, considérer la mort comme une libération de la souffrance, et instiller l'idée qu'une mort douce est possible.

En Belgique, un dose dix fois supérieure à la dose mortelle de barbituriques est administrée au malade qui prend sa potion le jour décidé. Pas d'esclandre, pas d'abus pour le moment. En pendant ce temps, nous déblatérons, nous considérant comme le pays des Droits de l'Homme.

Considérons les antagonismes : comment ne pas ouvrir une brèche dans la législation sur l'homicide en autorisant l'euthanasie ? Voilà la question de droit qui est posée à nos hommes politiques. On fait appel à des médecins pour répondre à un problème politique, juridique. On va chercher des justifications techniques, on va nous pondre un dispositif alambiqué qui ne trouvera que peu d'intérêt.
Pour ma part, voici le dispositif auquel j'ai déjà songé : le souci est de ne pas permettre de maquiller des assassinats en euthanasie active. Procédons alors à l'envers : autorisons l'euthanasie active cas par cas. Il faut évidemment une loi pour ça.
Imaginons qu'un dispositif légal permette à un malade, s'il le peut physiquement, ou à un collège composé du Conseil de Famille (l'ensemble des descendants, ascendants, collatéraux du malade), les équipes médicales, le personnel soignant (infirmières, aide-soignantes, etc) et un psychiatre, de déposer une requête auprès du Tribunal Correctionnel du lieu de résidence du malade afin d'autoriser l'euthanasie. Une audience réunissant tous les protagonistes, en présence du Procureur de la République, examinerait l'état du malade, le bien fondé de la requête afin qu'il n'y ait aucun doute sur l'état de souffrance du malade et de l'irréversibilité de la pathologie et de l'incapacité de la médecine à la traiter, et, bien sûr, la volonté du patient de mettre fin à ses douleurs. A l'issue de l'audience, le Tribunal Correctionnel autoriserait ou non l'euthanasie selon un mode d'administration mortifère que le malade aurait choisi avec les équipes médicales, dans un délai imposé, avec la présence d'un médecin, d'au moins un membre de l'entourage (certains n'ont pas de famille). Toute entorse aux prescriptions du Tribunal Correctionnel devrait entraîner des poursuites pénales.
Si l'on ne veut pas craindre de devoir réparer a posteriori les excès de l'euthanasie active, agissons a priori. Cessons de croire que la mort est un passage expiatoire et comprenons qu'abréger les souffrances d'un proche avant de le voir sombrer dans une déchéance est aussi un acte d'amour.

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06 février 2008

Libéralisme

Libéralisme, le mot qui fait honte, le mot qui cumule à lui seul toutes les plaies de l'Occident. La pauvreté, le chômage, la misère sous toutes ses formes seraient les conséquences directes du libéralisme source de précarité, source d'inquiétude, synonyme d'avenir bouché et d'espoir anéanti. Libéralisme, avantage accordé aux entreprises pour qu'elles puissent continuer de saper le système social en préservant leurs dividendes.
On lui accole souvent le préfixe "ultra-" dès fois que les idées précitées ne soient pas assez bien perçues, et ce préfixe qui fait appel aux sentiments les plus radicaux, extrêmistes même, accompagne le fantasme de l'horreur ultime de l'écrasement des masses populaires et salariées vendues aux impératifs d'un marché inhumain. Voilà les conceptions communes du libéralisme dans notre pays.

Or, hormis Alain Madelin (et encore), il n'y a pas le moindre libéral dans la classe politique française. Quelle curiosité tout de même ! Nous avons d'un côté les socialistes en train d'essayer de faire leur rupture idéologique avec le marxisme et la lutte des classes, et les anti-capitalistes, arc-boutés sur les concepts néfastes de "capital" et ses corrolaires (dividendes, actionnaires et actions, etc...). De l'autre côté, nous avons les modérés, tels François Bayrou, autrefois Valery Giscard d'Estaing, Raymond Barre, attachés à l'idée de démocratie sociale, dans laquelle l'état est un régulateur actif. Et puis il y a la nouvelle droite, dite décomplexée, réalistes sur les points à améliorer, mais qui ont du mal à quitter la conception de l'état jacobin centralisateur, toujours enclins à ajouter des tuyaux à l'usine à gaz pour tenter d'améliorer le rendement, mais toujours avec un système où l'état contrôle, définit les règles et pas seulement le cadre, intervient toujours.
Car le libéralisme, ce n'est pas la favorisation des entreprises au détriment des salariés, c'est l'absence d'intervention de l'état dans le marché. Les libéraux réclament des règles pour définir un cadre, et souhaitent que l'état les laisse se débrouiller pour organiser le marché, qu'on cesse de leur imposer la courbure de la banane, la couleur de l'endive, la taille de la courgette ou la hauteur de l'interrupteur. Les libéraux demandent qu'on les laisse travailler et qu'on les sanctionne en cas de faute, et pas qu'on leur demande de passer leur temps à remettre aux normes des installations tous les trois ans parce qu'un salarié s'est blessé à Trifouillis-les-Oies. Normes qui, par ailleurs, ont du mal à être respectées tellement elles sont changeantes, compliquées, onéreuses, inadaptées à certaines activités. On dépense de l'argent pour mettre aux normes, on en dépense encore pour contrôler, et de fait nous n'avons pas moins ni plus d'inconvénients que nos concurrents plus libéraux. Ça coûte simplement plus cher pour faire pareil qu'ailleurs.
Les libéraux pensent que le meilleur appareil de redistribution des richesses, ce n'est pas l'état, mais le marché. Alors que l'état montre son impuissance à redistribuer la richesse parce que d'une part il se sert au passage, et que d'autre part, il est incapable de réagir dans un temps adapté, les libéraux pensent que le marché est plus démocratique et plus juste. Il est plus démocratique puisqu'il est le fruit des volontés du plus grand nombre, plus juste parce que le marché sait toujours accorder le rapport valeur/intérêt (à condition qu'on ne vienne pas le fausser avec des règles provenant du pouvoir), et parce que la liberté prévaut toujours.

Dans notre conception française, libéralisme rime avec "loi du plus fort", "chômage", "délocalisations". Sauf qu'étant l'état le moins le moins libéral, nous avons plus de problèmes que nos concurrents... Nos entreprises connaissent des entraves au développement du fait de contraintes administratives, d'un coût initial de développement important en raison des normes très précises, accompagné d'un risque juridique élevé. Si l'on rajoute une taxation importante du travail et des bénéfices, les entreprises y réfléchissent à deux fois avant de s'étendre. C'est globalement le résultat des réflexions de la commission Attali, rapport rejeté par les anti-libéraux d'une moue de dégoût à la hauteur de l'incompatibilité des conclusions avec leur doctrine. Encore une fois, c'est un rejet par une posture et non par une réflexion. On s'est acharné sur les taxis ou les départements, comme si deux mesures discutables suffisaient à enterrer les 314 autres sans débat.
Dans les pays libéraux, tels les USA ou l'Angleterre, il y a aussi des règles et des contrôles. Des agences privées contrôlent les pratiques des entreprises, des accords de bonne conduite sont conclus entre les entreprises et les associations de défense des consommateurs, et les litiges se règlent devant les tribunaux. Ces pays pratiquent le contrôle a posteriori, c'est à dire une fois que le problème surgit. Nous procèdons au contrôle a priori, sur le simple respect de normes, même lorsqu'il n'y a pas de litige ou de dommage avec un tiers. Nos entreprises calculent leur risque en fonction des amendes encourrues, tandis que les entreprises américaines prennent leur précautions pour éviter une condamnation à des sommes redhibitoires pour la survie de l'entreprise. Ces condamnations sont tellement importantes que les entreprises interviennent en définitive a priori, et celà leur évite de faire n'importe quoi. Le libéralisme, ce n'est pas l'anarchie. Le marché, et la liberté laissée à l'initiative privée, crée lui-même ses contrôles, ses équilibres.
Aux USA, la recherche est financée pour l'essentiel par le privé, tandis que la nôtre, financée par l'état peine à progresser. Le grand nombre de cerveaux exilés en témoigne. Et le nombre de Prix Nobel récoltés par chacun montre de quel côté se situe l'efficacité. L'existence de la Croix-Rouge, des Restos du Coeur, des Compagnons d'Emmaüs, de la ONCE en Espagne démontrent chaque jour et chaque année que le privé est mieux à même que l'état d'apporter des solutions adaptées et souples, y compris dans le champ de la solidarité, qui est pourtant notre cheval de bataille en France. Les fonds de pension américains permettent aux salariés (et anciens salariés) de bénéficier des fruits de la croissance des entreprises, tandis que nous taxons le travail pour payer d'une génération à l'autre les pensions de nos aînés, en subissant les effets démographiques et des aléas de la croissance ou de l'emploi. Nous aurions pu avoir les nôtres en 1995, mais nous avons préféré laisser le soin aux salariés américains de bénéficier de nos efforts par esprit de justice. Nous aurions pu avoir nos fonds de pension se payant sur le fruit de notre propre travail, ce que réclament les syndicats et les anti-libéraux, mais ils les ont refusés par principe. En attendant, les vieux de Miami vivent très bien sur le dos salariés français (entre autres) qui s'échinent au passage à payer aussi les retraites de leurs vieux. Tout autant de sujets impensables en France.

Alors évidemment, il ne s'agit pas de faire un USA-bis à partir des préceptes libéraux. En toute chose, la modération est salutaire. Mais qu'on cesse de parler de libéralisme en France, il n'y en a pas ! En revanche, que les chefs d'entreprises prêchent pour leur paroisse, ça vous paraît anormal ?

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28 janvier 2008

La fin du glissement à gauche

Depuis la Révolution Française, l'évolution des idées politiques a connu le phénomène du glissement à gauche. Toute idée politique nouvelle, issue généralement des forces de progrès de gauche, se voyait progressivement adoptée, de proche en proche, à l'ensemble de la classe politique. Plus personne ne remettrait en cause la République, idée pourtant à gauche en 1871 dans une Assemblée Ultra, personne ne remettrait en cause la liberté syndicale, idée de gauche en 1884 imposée par Pierre Waldeck-Rousseau, ou même les congés payés de Léon Blum et du Front Populaire en 1936, pour ne citer que ces exemples. "La politique est remplie d'utopies enfin réalisées", entend parfois ça ou là.
Par extension, les idées des forces progrès étant adoptées par l'ensemble de la classe politique, il fallait aux forces de progrès de nouvelles idées, toujours plus à gauche. On a longtemps pensé que ce mouvement ne connaîtrait sans doute pas de fin.

Le marxisme et le communisme ont été, au cours du XXè siècle des idéaux à atteindre. Pied à pied, ces mouvements sont parvenus à obtenir des acquis sociaux, créant autour d'eux une forte adhésion, jusqu'à des scores de plus de 30 % lors des premières élections d'après la seconde guerre mondiale. Même si la création du Mur de Berlin a provoqué une opposition de blocs pendant la Guerre Froide, l'élan était créé, et la dynamique, quoique ralentie par les efforts américains, persistait. Les progrès sociaux n'ont pas cessé, tirés de l'avant par les forces de progrès.

Mais voilà qu'en 1990 chute le Mur de Berlin, et surgit la révélation des atrocités pressenties par certains du régime communiste, et la réalité de l'échec de l'idéologie. Le communisme n'a fait qu'affamer, détruire, emprisonner au mépris des peuples qu'il était censé protéger. Dans sa lutte contre le capitalisme, le régime soviétique a fait comme son adversaire, mais en oubliant son peuple : une course effrénée à l'armement et à la domination du monde, voire de l'espace, mais tandis que le bloc occidental améliorait son niveau de vie, le peuple du bloc communiste souffrait et prenait du retard. Le constat fut patent : le communisme ne fonctionne pas. On peut discuter des raisons de l'échec, du détournement de l'idéal par certains à leur profit, le constat est là.
Au-delà de ce constat, c'est le but à atteindre qui a disparu. Hors du communisme, toutes les revendications socialistes ou syndicales n'étaient que des aménagements ou des corrections des inconvénients de l'économie de marché. Le communisme proposait la rupture avec le capitalisme et le marché. Que peut-on imaginer plus à gauche ?
Le résultat fut immédiatement significatif avec un effondrement rapide des scores du Parti Communiste Français, passant d'environ 15,35 % à l'époque de Georges Marchais à l'élection de 1981, à un tout petit 1,93 % pour Marie-Georges Buffet en 2007, et des résultats similaires lors des législatives, au point où il fallu abaisser le nombre de députés requis pour constituer un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale en 1993 afin de permettre au PCF de survivre.
En 1997, la gauche plurielle a fait encore illusion, prônant le partage du travail dans son projet des 35 heures. 35 heures dont les partisans imaginaient créer des emplois, ce qui ne s'est traduit que par des gains de productivité dans l'immense majorité des entreprises (rédacteur d'accords de RTT en 2000, je n'ai observé que le création de 6 emplois pour 217 entreprises). La déception fut grande, et la dispersion des forces de gauche créa le choc de du 21 avril 2002.
Et c'est depuis lors que le glissement à gauche s'est arrêté. Il n'y a plus d'idée nouvelle propre à la gauche, pas même une gauche radicale, anti-capitaliste, qui ne propose rien de nouveau, et surtout n'explique pas comment elle compte sortir du capitalisme. Dans la gauche traditionnelle, plus rien de nouveau à part les mots "plus juste", "plus social", "contre l'ultra-libéralisme". Comment ? On ne sait.
Hors de la France, les forces de progrès, syndicats en tête, ont fait leur auto-critique, et sont sortis de l'idéal marxiste. Ils acceptent l'économie de marché, et s'arragent pour en tirer les marrons du feu. Ainsi l'Allemagne, l'Espagne, l'Angleterre connaissent un dialogue social plus serein et efficace que le nôtre, stérile, arc-boûté sur des principes morts.

Le glissement à gauche a connu sa limite, c'est désormais dans le champ de l'économie de marché que doit avoir lieu le progrès.

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26 janvier 2008

Les plaques d'immatriculation

Depuis tout petit, les plaques d'immatriculation sont ma marotte. Marotte inutile au possible, que je n'ai jamais cherché à justifier auprès de mes proches (c'est à dire les seuls qui soient au courant de cette passion stupide) que par l'exercice de connaître par coeur 96 départements et leurs chefs-lieu associés à leur série de lettres d'immatriculation en cours. "On peut considérer ça comme un exercice de mémoire", leur affirmai-je souvent. J'établissais même un classement des départements les plus avancés, jusque ce que je découvre le site dont je vais vous parler tout de suite.

En préalable, pour comprendre les immatriculations non seulement en France, mais également à l'étranger, je ne saurai que vous recommander la lecture du site SFPI (Site Français des Plaques d'Immatriculation) qui répondra à la moindre de vos interrogations et même à certaines que vous n'auriez pas cru vous poser. ici : http://sfpi.asurtech.com/plaques.htm

En début de semaine, la presse audio-visuelle s'émeuvait de la prochaine disparition des plaques d'immatriculation dans le leur format actuel (1234 AB 01) pour se transformer en une unique série nationale du type AB-123-CD, l'incrément étant sur la dernière lettre (après AA-123-ZZ viendrait AA-124-AA). Fort de l'annonce de la possible suppression des départements par la Commission Attali et du fait de la disparition du système d'immatriculation actuel au 1er janvier 2009, voilà que les identités locales ressurgissent. Ainsi une campagne pour le préservation du "62" dans le Pas-de-Calais, ou du '85' vendéen fleurissent dans les abri-bus. Les assidus du SFPI savent depuis fort longtemps que le système actuel est condamné puisqu'une directive européenne souhaite harmoniser les systèmes. L'Italie a fait sa conversion en 1999, l'Espagne en 2000 par exemple. Pour le système français, on a parlé de 2004, puis de 2006, puis le Ministre de l'Intérieur Villepin de 2008, et c'est finalement 2009 qui a été adopté. L'information est donc loin d'être nouvelle.

Je sais donc que je vais perdre un de mes jeux favoris quand je suis sur la route : trouver un "highest" d'un département (c'est ainsi que sont nommés les numéros les plus élevés au SFPI). Je me vois mal faire une pétition pour demander au ministère de pouvoir continuer un jeu aussi inutile.

Là où je veux en venir, c'est à l'attitude des identitaires : ceux qui veulent que soit maintenu le numéro du département. Et c'est là que l'attitude du Français m'agace. D'une part le règlement permettra de faire apparaître un bandeau bleu sur le côté droit de la plaque d'immatriculation pour faire apparaître le numéro de département sur la base du volontariat. Donc c'est prévu, et c'est tout droit inspiré de l'Italie ou les deux lettres de la ville peuvent encore figurer sur la plaque, sans obligation.
Or les identitaires réclament une obligation ! Mais qu'est-ce que nous avons comme difficulté avec la liberté en France... ! Qu'est-ce qui empêche le brave calaisien de mettre de son propre chef un auto-collant 62 sur l'arrière de son véhicule ? Est-ce si difficile de se dire : "après tout la carrosserie de mon véhicule m'appartient, et je vais mettre un 62 à droite de la plaque arrière et ainsi je serai toujours identifié par les camarades de camping" (je n'ai rien contre le camping, j'ai juste remarqué que c'était l'argument récurrent des identitaires).
Et pour ma part, en dehors du jeu, je trouve que c'est aussi un moyen de faire cesser les rivalités locales : les 30 contre les 34, les 75 contre toute la France, les 27 contre les 76, les 33 contre les 16 et 17, les 87 en général, les 54 contre les 57, tous, et symétriquement, mauvais conducteurs à l'égard de l'autre département. Plus loin encore, j'ai acheté une voiture d'occasion immatriculée à Versailles. Deux jours après mon achat, je retrouvais ma voiture stationnée dans la rue, le rétroviseur pendant. Il avait été purement et simplement dégommé par un coup de pied et ne tenait plus que par le cable de réglage électrique. Je n'ai pas compris cet acte de vandalisme, ma voiture étant la seule endommagée de la rue. Jusqu'à ce qu'un jour j'observe du haut de ma résidence que ma voiture n'était pas la seule à avoir le rétroviseur rafistolé avec du chaterton (non, je n'ai pas de hamster). Toutes celles qui n'étaient pas immatriculées 34 avaient subi le même sort ! Alors le maintient des numéros de département...

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19 décembre 2007

Le Traité de Lisbonne

Je regardais "Ce soir ou jamais" hier soir, émission dont le thème était le Traité de Lisbonne et la question du référendum.
La question fondamentale était : faut-il à nouveau passer par la voie référendaire ou Sarkozy se moque-t-il de la démocratie ?

Remarque liminaire, je suis toujours étonné quand seuls des philosophes font office de référence. Il n'y a jamais un juriste pour rappeler les réalités et les contraintes juridiques, ou pour éclairer de l'œil du technicien les choix qui se présentent.
Ensuite, je crois que la question même du débat est tronquée si l'on ne pose pas cette question préalable : le Traité de Lisbonne est-il similaire au Traité dit constitutionnel rejeté en 2005 ?
Enfin, et comme souvent à la télévision, le débat se perd dans des conjectures politiques intérieures, et ne se soucie pas du contexte international, pas plus que de l'utilité du but poursuivi (téléologie). On reste dans un débat de forme, dans une diatribe renforcée à coups de poncifs idéologiques.

A titre personnel, je crois que Jacques Chirac a commis une erreur grave en choisissant la voie référendaire en 2005. J'ai reçu la confidence d'un des membres de la garde présidentielle qui pense quant à lui que ce référendum avait pour Jacques Chirac la valeur d'un plébiscite dans l'optique de lui assurer en 2009 la Présidence de l'Europe. L'hypothèse est peut-être un peu farfelue, mais à bien y réfléchir, peut-être pas tant que ça.
Toujours est-il qu'ayant mis le doigt dans l'engrenage référendaire, il sera délicat politiquement d'adopter la Traité de Lisbonne par la voie du Congrès.

Mais revenons au référendum de 2005.
Trois mois avant le scrutin, une large majorité de français était favorable au Traité dit "constitutionnel". Le Parti Socialiste lui-même, lors d'une consultation des militants, approuvait le Traité et appelait à voter "oui". C'était sans compter sur le sens de la démocratie de certaines ailes du parti, MM. Fabius et Melanchon en l'occurrence, qui, faisant fi du vote de leur propre parti, lançaient une campagne pour le "non", avec des arguments discutables.
-"Graver dans le marbre" le Traité. Ce Traité n'a adopte ni plus, ni moins, les procédures habituelles du Traité de Rome, de Maastricht, d'Amsterdam ou de Nice, procédures qui seront celles du Droit Français si l'on veut quitter l'Europe, ou la règle de l'unanimité, comme toujours au sein de l'UE. Rien de nouveau là, l'argument est plus que faible.
- "le nombre important de références à la "concurrence libre et non faussée" par rapport aux peu nombreuses références à "l'Europe sociale". Sauf que le droit n'est pas de la littérature, et que ça ne se juge pas au poids. Pour un juriste, le nombre important de ces références est le témoignage d'un encadrement important de la notion. C'est comme si on disait que "Mein Kampf" est un livre d'union parce que le mot le plus utilisé est "et". Ni plus ni moins que de la stupidité pour exciter les foules.
- le manque "d'Europe Sociale" sans avoir, pour expliquer la notion, le moindre exemple concret.
- l'entrée probable de la Turquie dans l'UE, (dans 20 ans !), faisant appel, encore une fois, aux sentiments xénophobes, en faisant miroiter la présence des talibans aux commandes de l'Europe.
Encore une fois, la politique a dévoyé à des fins électorales une idée qui dépasse les intérêts nationaux.

Le résultat a été un "non" à 55 %, mais avec moins de 50 % de participation. On peut surtout lire dans ce "non" le rejet de la politique intérieure de Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin. C'est l'écueil du référendum en France : il se tourne toujours en plébiscite. Charles De Gaulle l'a utilisé 4 fois comme tel, faisant comprendre que le "non" emporterait sa démission, et joignant la parole aux actes en 1969.

Et depuis, l'Europe est en panne, engoncée à 27 désormais dans des institutions créées pour 15, et surtout dans le trouble politique des "non" français et néerlandais. Comment sortir de l'impasse ? Il faut adopter de nouvelles institutions adaptées à la nouvelle taille de l'UE, et ceci passe nécessairement par la négociation d'un nouveau Traité : celui de Lisbonne.

Est-ce à dire que le Traité de Lisbonne n'est qu'une pâle copie de Traité dit "constitutionnel" ? Est-ce que ce nouveau Traité n'est qu'un Traité institutionnel ou un Traité qui, à l'instar du Traité dit "constitutionnel", intègre les textes des Traités de Rome et Maastricht ?
A mon sens, le "non" de 2005 interdit l'intégration des Traités de Rome et Maastricht, et celui de Lisbonne n'est qu'un Traité Institutionnel visant à remplacer la partie "fonctionnement de la CEE", et les négociations entreprises par la Présidence Allemande en 2007 ont eu pour but de prendre en considération les refus français et néerlandais. Il s'agit de donner un nouvel élan à la construction européenne par le biais institutionnel.

Faut-il repasser par la voie référendaire en France ? Le parallélisme des formes tel que conçu par les partisans du "non" le justifierait, à condition que ce fût le même Traité. Le "non" a été prononcé à propos du Traité dit "constitutionnel" et pas pour tous les traités à venir. Le Président de la République a parfaitement compris l'intérêt de la voie du Congrès car un nouvel échec serait une condamnation à mort de l'idée européenne.
La réflexion de nos philosophes hier soir était de dire que le Président de la République passait outre la démocratie et par un jeu malhonnête parvenait à imposer aux français ce qu'ils avaient refusé auparavant.
Ceci m'inspire deux réflexions :
- le "non" n'est pas gravé dans le marbre
- lorsque les intérêts en jeu dépassent les intérêts nationaux, telle l'idée européenne, il est du devoir d'un chef de l'Etat de s'engager, même contre l'opinion publique. Pierre Mendès-France disait : "Gouverner, c'est choisir". Et un chef doit choisir le mieux, pour tous, même contre tous. Un chef n'est pas un mandataire de l'opinion publique mais le leader d'un peuple qu'il doit guider dans ses choix, et doit assumer des choix que l'opinion publique n'est pas toujours à même de percevoir.

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