02 mai 2008
Le mythe de Mai 1968
Nous voici donc en Mai 2008. 40 ans se sont écoulés depuis les "évènements" de Mai 1968, et au-delà des films relatant la petite histoire de 1968 vue du combat idéologique de chacun, force est de constater que l'héritage de 1968 est assez délité, et que les effets que l'on subit encore sont des plus critiquables.
Je suis de la génération née juste après, dans le début des années 70. Petit j'ai toujours entendu parler de 1968 comme d'un évènement social majeur, fondamental pour les uns, dramatique pour les autres. On m'a expliqué, j'ai lu, j'ai appris, j'ai écouté, encore, encore, encore... Difficile de se faire un avis quand on est adolescent épris de liberté voire libertaire, insoumis et rebelle. Mais l'âge venant, et la perception des contraintes et des nécessités de la vie collective s'améliorant, le bilan de mai 1968 s'est sérieusement écorné dans mon esprit ces dernières années.
J'ai souvent entendu parler d'une gigantesque avancée dans les libertés. Il est vrai que sortant du carcan puritain des années victoriennes perpétué par l'austérité de la fin de la guerre, les années 50 avaient sans doute quelque chose de plus rétrograde que les années folles, plus permissives. La mécanisation, la nouvelle ère de production à plein emploi, la reconstruction ouvrait de nouveaux champs possibles : un avenir certain, du travail, du confort, du bien-être. Foin des années d'austérité imposée par les mères depuis la fin de la guerre, fin de la rigueur morale imposée par les pères, puisqu'ils ont su si bien travaillé, prenons le pactole, et au revoir. Même pas merci. La génération 68 sera la première à dire "merde" à ses aînés et dira "merde" ensuite à ses enfants. Voilà ce qu'on idolâtre, qu'on célèbre comme une avancée.
Merde aux parents :
Outre les revendications ouvrières qui étaient justifiées mais excessives pour être acceptées en totalité, c'est au discours qu'il faut s'intéresser. Un vent libertaire, teinté de carmagnole et de chant du partisan règne en France. On affronte la police sur les barricades, on brûle, on conspue l'état bourgeois. Il faut détruire la société capitaliste pour reconstruire une société collectiviste. Alors même que les communistes en France passent à côté de mai 1968, les trotkistes, les maoistes, les futurs
Krivinistes et leurs Communistes Révolutionnaires s'emparent de l'idéal de société et tentent d'imposer leur modèle, collectiviste, participatif, démocratique. Le rejet en bloc des institutions (police, armée, travail, autorité, argent, mariage) ne distingue pas. Une jeunesse rêve éveillée, persuadée de lendemains "cheguevaresques" et d'ivresse perpétuelle libérée des
contraintes imposées par leurs aînés.
"Il est interdit d'interdire" sera le leitmotiv de cette période. Cet oxymore préfigure en lui-même la contradiction de l'idéologie. Sur ce vent de liberté on va construire de nouvelles méthodes, des nouveaux cadres à la société.
La relation à l'autorité doit-être consentie. La police est ennemie et non plus protectrice. L'école doit être un lieu d'épanouissement de la personnalité. Le mariage est archaïque. L'image du père est brisée. On promeut la place de la femme (sur ce point l'avancée est bénéfique). Le travail est un asservissement au capital au détriment de l'épanouissement personnel. La révolution sexuelle est prônée. La société de consommation est rejetée (déjà).
Tous les fondamentaux volent en éclat, et ces idées sont adoptées par toute une génération, sans remise en question, jamais, tournant le dos aux générations antérieures et tout ce qu'elles ont construit, les unes après les autres.
Merde aux enfants :
Voilà qu'après mai 68, les idées sont tenaces, et fort des préceptes exprimés lors des évènements, notre société va appliquer ses nouvelles règles.
L'école doit être un lieu d'épanouissement ? Désormais le savoir ne vient plus d'en haut, mais doit être participatif. On débat, on discute, on parlemente. Qu'apprend-on ? Beaucoup de palabres, peu de choses en fin de compte. Les méthodes d'apprentissages sont revues, par rejet de l'ancien, et s'instaurent de nouvelles méthodes de "lecture" dont on voit aujourd'hui les fruits. Le calcul est rébarbatif ? On instaure de nouvelles méthodes que personne ne comprend, et qui n'auront aucune efficacité. La grammaire, les conjugaisons, la syntaxe ? Dépassées. Tant est si bien que les jeunes ne savent plus la différence entre "être et "avoir" (bravo pour le rejet de la société de consommation).
L'autorité doit être consentie ? Celle du père est rejetée dans l'idée de libre épanouissement de l'enfant, éduqué devant la télé. L'instituteur n'est plus une figure mais un copain, et les débordements se multiplient. C'est finalement devant le poste que l'épanouissement se fait. Le flic est définitivement l'empêcheur de faire son petit délit tranquillement, comme une entrave à la liberté de violer les lois en paix. D'ailleurs toute la réglementation des contrôles de l'administration prévoit toujours une porte de sortie à la demande des groupes de pression issus de 1968, sous couvert de trop forte atteinte aux libertés, celle de contourner la loi au mépris de l'administration (empêchement de confronter des fichiers, fichiers volontairement partiels pour les rendre inefficaces etc). La fraude est un sport national.
Le mariage est archaïque ? La liberté sexuelle est de rigueur ? Combien de familles recomposées ? Combien de pères absents ? Combien d'enfants sans repère dans une famille dite "monoparentale" ? Combien d'éducateurs nécessaires pour combler le déficit familial ?
L'épanouissement personnel de l'enfant ? Une manière à peine voilée de préférer s'occuper de soi, sans avoir à transmettre des valeurs, des savoirs, des règles. Les enfants ne subissent plus l'autorité des parents et parallèlement
se multiplient les délits commis par les mineurs, les échecs scolaires.
Mais il est plus simple de désigner la pauvreté croissante que les
"valeurs" transmises, ou leur absence justement.
Pendant ce temps là, la génération de 1968 use et abuse de sa liberté, liberté de ne pas s'occuper des siens, liberté de s'occuper de soi. Elle réclame toujours plus, demande à l'état de se substituer à elle et son incurie, rejette la faute sur le système qu'elle exploite loin de son idéal de rejet de la société de consommation tout en s'en tenant pour victime, oubliant sa responsabilité de "libre-arbitre". Les déficits publics sont creusés depuis 30 ans pour satisfaire cet électorat et à son unique profit, laissant à notre génération le soin de combler la dette. Notre génération, éduquée sur le même modèle, est en passe d'en faire autant avec les suivantes.
Le bilan c'est une société qui a rejeté les valeurs de ses aînés, sans avoir été capable de construire d'autres valeurs, sauf celles de l'individualisme qu'elle rejette et dont elle rend responsable la société marchande.
Ce sont des écoles qui ne savent plus faire apprendre, et où l'on se perd en conjectures pour savoir si on doit enseigner l'histoire chronologiquement ou comme une globalité (personnellement, je ne vois pas comment on peut faire percevoir la globalité sans la chronologie), où l'on songe du bout des lèvres dans les ministères, pour ne pas heurter les enseignants restés campés sur leur erreur, à réinstaurer les bases de la lecture et du calcul à l'école primaire, alors que ça n'aurait jamais dû cesser d'être. Une école où l'on apprend à exécuter des procédures sans réflexion, où le savoir n'est pas un moyen d'apprendre et comprendre mieux, mais un matériau pour trouver un travail.
Ce sont des parents qui se comportent comme leurs enfants, au point où l'on parle de post-adolescence allant jusqu'à la trentaine, tellement il devenu difficile de distinguer les générations par leur attitude, et chacun n'a plus la place qui lui revient.
C'est un jeunisme effréné qui rejette tout ce qui est ancien, c'est à dire l'an dernier, voire le mois dernier, sans chercher à comprendre ou regarder, et ,sans se soucier du savoir des plus anciens, réinventent le monde, les erreurs de l'inexpérience en plus. Qui n'apprend pas les leçons de 3000 ans d'histoire vit au jour le jour, disait Goethe. Il suffit de regarder les émissions de télévision pour se rendre compte de l'inculture totale des gens, plus intéressés à paraître cool et jeune, qu'intelligent.
C'est une violence constante d'une jeunesse perdue, hagarde, criant son désespoir de n'avoir pas été guidée. Violence à la hauteur de la sauvagerie qu'on instaure en n'inculquant pas de règle, en laissant croire que l'épanouissement personnel fera le travail à la place des parents. Une jeunesse qui prend pour repère des marques commerciales, les seules à transmettre des valeurs, qui ne croit plus qu'au fric et au réchauffement de la planète.
C'est une époque où tout le monde a tellement la parole que plus personne ne s'écoute, et où l'on écoute surtout pas ceux qui détiennent le savoir. Et au milieu de ça, les manipulations, les contre-vérités sont des armes pour faire bouger les masses apeurées.
Et c'est ça qu'il faudrait célébrer ?
25 janvier 2008
La Poste
Ça commencé quand j'étais petit. Le courrier adressé à mes grands-parents à Montpellier revenait à la maison après avoir transité par Libourne parce que nous avions oublié le bâtiment dans l'adresse de la résidence. Nous avons alors pris bien soin de mettre la lettre "B" pour aider le facteur.
Ça a continué quand j'ai moi-même habité à Montpellier une résidence à 22 entrées et qui avait deux dénominations : soit D2, le numéro de l'entrée, soit POITOU, sa démonination. Le courrier arrivait tard, très tard, parfois au bout d'une semaine, voire plus, avec la mention manuscrite, griffonée d'une manière qui suggérait la lassitude ou l'énervement.
Ça s'est poursuivi quand j'ai créé mon entreprise à Cognac et que j'ai eu une boite postale. Pendant des années, je recevais encore le courrier de mon prédécesseur dans la boite, même lorsque l'adresse ne contenait pas le numéro de la boite, alors que mon courrier était déposé chez mon domiciliataire si mon numéro de boite n'y figurait pas.
Ça s'est aggravé quand j'ai voulu un jour faire des photocopies à La Poste. Manquant de pièces de 0,10 €, j'ai patiemment fait la demi-heure de queue pour demander, mon billet de 5 € à la main, de la monnaie au guichetier. Il m'a répondu que la Poste n'était pas une banque, juste sous le guichet "toutes opérations", lui, trônant devant une publicité pour un placement, et la mémère à côté de moi effectuant un retrait. Peine perdue pas de monnaie. J'ai dû aller dans un commerce voisin demander de la monnaie. Manque de chance pour le guichetier, j'ai rencontré mon ami receveur qui, par chance pour moi, s'avérait être originaire de Montpellier comme moi, ce qui nous a lié. Je lui ai raconté ma mésaventure, et ma colère, le guichetier a fait six mois de tri à titre de sanction.
Ça a empiré quand les services dédiés aux entreprises ont été transférés à l'extérieur de Cognac. Les boites postales étaient dans des locaux flambant neufs, mais les services d'affranchissement du courrier étaient toujours en centre ville.
Ça m'a crispé quand un jour on a appris qu'on pouvait enfin acheter des timbres au service entreprise, mais que voulant m'en assurer j'ai posé la question à la guichetière. Elle m'a répondu par l'affirmative, et j'ai alors pris la direction de mon véhicule pour aller chercher de la monnaie. Cette brave personne m'a sèchement demandé "Ben, vous les voulez vos timbres ou pas ?". Un peu agacé, je me suis trouvé dans l'obligation de me justifier ("Deux minutes, je vais chercher mon porte-monnaie", vous voyez l'agression !), et de m'entendre répondre "C'est pas la peine de me parler comme ça, je ne suis pas un chien", ce à quoi la personne qui remplissait son recommandé lui a fait remarquer qu'en l'espèce c'est elle qui avait été parfaitement malpolie. Et de surcroît elle s'est trompée en me rendant la monnaie.
Ça ne s'est pas amélioré lorsque j'ai arrêté mon entreprise et que j'ai demandé un transfert de courrier à mon adresse personnelle. Le courrier arrivait toujours chez mon domiciliataire parce qu'il n'y avait plus de numéro de boite. Mais le facteur savait que j'étais domcilié là-bas... Mais les 19,50 € de transfert ont bien été encaissés, eux.
Ça m'a fait rire un peu quand mon père m'a fait suivre du courrier qui est revenu dans sa boite aux lettres le lendemain même.
Ça a commencé à devenir drôle quand ma mère est partie vivre en Italie, en Sicile exactement et que le Code Postal est 97100. Le courrier transitait systématiquement par Basse-Terre en Guadeloupe.
Ça a battu des records quand mon grand-père a envoyé une lettre de Montpellier à Alès, et qu'elle a mis un mois : elle a transité par la Roumanie.
C'est devenu incompréhensible quand le courrier de mon oncle arrivait dans la boite de mon grand-père alors qu'il n'y avait même pas le "B" du bâtiment, puisqu'il habite à 5 kilomètres !
Ça a commencé à sérieusement m'énerver quand je faisais suivre le courrier de ma mère en Sicile et que les factures EDF et GDF revenaient systématiquement dans sa boite aux lettres alors même que son adresse n'y figurait plus, tandis que son courrier n'est pas acheminé s'il n'y a pas le "C" du batîment. J'ai masqué les logos et le courrier est parti à la bonne destination. De quoi je me mêle ???
Ça a franchi les limites de ma patience quand mon bureau de poste a temporairement déménagé pour cause de travaux, et que l'avis de passage comportait une étiquette m'indiquant d'aller récupérer mon colis à un autre bureau, alors même que mon bureau avait rouvert avant le passage du facteur.
Ça a franchi les limites du tolérable quand le préposé m'a laissé un avis de passage alors que j'étais chez moi pour chercher un colis dès l'après-midi même au dépôt Chronopost. Le colis n'y était pas, il se trouvait à mon bureau local. Mais à mon bureau local il était perdu. Le lendemain, la seconde présentation prévue n'a pas eu lieu (pas d'avis de passage) et grâce au service de suivi par internet des colis j'ai pu savoir que le préposé avait coché "n'habite pas l'adresse indiquée" parce que l'expéditeur n'avait pas mis le numéro de l'entrée. Le même colis m'a été éxpédié à nouveau, et il est arrivé trempé parce qu'il n'avait pas été mis à l'abri lors de la grève.
Ça vient d'inventer de nouvelles limites de la bêtise quand ma compagne, annulant le transfert de son ancienne adresse en Seine-Maritime vers mon ancienne adresse à Montpelllier a demandé qu'un nouveau tranfert soit instauré à notre nouvelle adresse à Aniane, mais que nous venons de nous apercevoir que les services de la Poste ont instauré une transfert d'adresse de Seine-Maritime en... Seine-Maritime.
Où est le temps où mon arrière-grand-père, facteur, vantait les mérites de la Poste en racontant une anecdote savoureuse :
Les ouvriers immigrés recevaient parfois du courrier de leur famille. Un jour ils reçurent une adresse ainsi libellée :
M. X
La grande zizine aux cinq chameau
La fierté des postiers était d'avoir déduit qu'il s'agissait de l'usine Michelin de Saint-Chamond et d'avoir porté le courrier à cette personne. Qu'en reste-t-il ?
Des gens qui n'ont que le mot "service public" à la bouche, mais dont on se demande si cette conception ne recouvre pas l'idée que c'est au public de faire le travail du service. Des gens qui auraient les mains prises dans le béton s'ils travaillaient dans le BTP. Des gens dont l'indolence est si réputée que Dany Boon en a fait un sketch où tout le monde peut reconnaître son guichet local. Des gens qui malgré tout réclament encore plus de moyens...
16 janvier 2008
Tout, tout de suite, et pas comme ça !
Promis, annoncé comme but du mandat présidentiel, le pouvoir d'achat semble être la déception de l'espoir des Français en ce début 2008. Or les Français sont déçus, le Père Noël n'est pas encore passé.
Le Français est un enfant capricieux, impatient et ingrat. Trente ans de politique désastreuse pour les salariés et les entreprises, trente ans de politique de subvention de la pauvreté financée par le travail ont fini par mettre la France à genoux, et voilà que les Français souhaiteraient que les choses se soient transformées en huit mois. Quelle esprit raisonnable peut penser qu'un délai si court peut changer significativement les choses, surtout quand, au même moment, une flamblée des prix des matières premières vient sérieusement écorner le pouvoir d'achat ? Voilà que les Français, athées et laïcs souvent revendiqués, attendent le miracle.
A l'écoute des différents intervenants (politiques, syndicalistes, journalistes, simples citoyens) dans les médias, rien n'aurait été fait pour le pouvoir d'achat, et la preuve, c'est qu'à l'heure actuelle les Français le voient regresser. Le paquet fiscal aurait déjà montré ses limites, toujours auréolé de son "cadeau aux riches", comme si cette seule mesure était la seule possible, définitive, signant l'aveu cinglant d'un échec retentissant. Les mesures annoncées ne seraient pas non plus de nature à mener vers le progrès, si l'on en croit les détracteurs. Le slogan "travailler plus pour gagner plus" serait devenu obsolète.
Faisons le bilan :
- le recours aux heures supplémentaires est un moyen direct d'augmenter les feuilles de paye tout en allégeant la pression fiscale sur les salaires, ce dont les entreprises françaises souffrent. L'écueil serait la lourdeur administrative quant à la mise en place de la mesure dans les entreprises. Pour 2007, le coût n'aurait été que de 250 millions d'euros, mais pour le seul dernier trimestre. Pour une mesure naissante, même si le succès escompté n'est pas en rapport avec la réalité, c'est tout de même autant dans les poches des salariés.
- la monétisation des RTT serait inefficace. Je ne vois pas en quoi se faire payer les RTT qu'on est dans l'impossiblité de prendre plutot que de les laisser sur un compte épargne temps (CET) ne serait pas une manière de rendre aux salariés l'argent qu'on leur doit.
- l'augmentation de la participation dans les entreprises est une manière de lier directement l'effort des salariés aux résultats des entreprises, mesure que les syndicats appelent de leurs vœux depuis plusieurs années, légitime de surcroît. Le calcul reste à déterminer, mais il ne faut pas s'attendre à des merveilles. Mais ça sera toujours ça de plus.
- le remplacement d'un fonctionnaire sur deux devrait, à terme, baisser les besoins de l'état, et la moitié des gains de productivité seraient redistribués aux fonctionnaires, par des augmentations. Moins d'impôts nécessaires à terme, donc soit du pouvoir d'achat ou des possibilités nouvelles d'arbitrage. J'ai lu un calcul erroné ( voir ici : http://caderange.canalblog.com/archives/2008/01/15/7456678.html#comments ) qui montrerait que le remplacement d'un fonctionnaire sur deux ne génèrerait aucune économie, mais se fonde sur une base de calcul fausse : il est comparé le salaire d'un jeune fonctionnaire aux retraites des deux partants. Or il faut analyser la masse globale c'est à dire, les nouveaux fonctionnaires, les nouveaux retraités dela fonction publique, et déduire les décès !
- 355 millions d'euros vont être libérés pour payer les jours de RTT à l'hôpital, ce qui est un minimum quand on sait le dévouement du personnel hospitalier et des médecins. Mais déjà, le sympathique Dr Pelloux ralait parce qu'on oubliait le personnel para-médical. Ne peut-on pas traiter les problèmes un par un ? Si l'on traite tous les cas en même temps, on râle contre le manque d'adaptation à chaque corps de métier, et si l'on traite cas par cas, on râle parce qu'on oublie les autres... Il faudrait se calmer un peu, non ?
Certes, tout ceci ne va pas changer nos vies du jour au lendemain, mais qui peut raisonnablement croire que l'on peut tout changer d'un coup de baguette magique ?
Les Français attendent qu'une décision venue d'en haut oblige les patrons à des augmentations de salaire significatives. Or le salaire est du domaine du contractuel, et le pouvoir ne peut rien à ce sujet, sauf à encore piocher dans les caisses de l'état en subventionnant, ou à imposer encore aux entreprises des gains de productivité (augmentation de salaire plus concurrence mondiale égale obligation de faire des gains de productivité), donc synonymes de licenciements, et à coup sûr, d'une inflation importante. 26 ans de Chirac et de Mitterrand ont montré l'inefficacité de ces politiques.
La réalité économique montre qu'il faut permettre à l'économie française de se libérer, sans faire peser la charge un peu plus sur les entreprises, sans entamer les recettes fiscales pour honorer les engagements de l'état. Le "paquet fiscal" a été conforme à ce principe : les heures supplémentaires éxonérées de charge et d'impôt sur le revenu ne sont pas une dépense supplémentaire, mais une recette qui n'a pas lieu, et ce tout en libérant à la fois une quantité de travail, et des richesses qui n'auraient sans doute pas été créées sans la mesure. Le coût pour les caisses de l'état n'est pas si important que ça, même si l'on chiffre à 6 milliards d'euros la mesure. De fait, c'est un renoncement sur les recettes fiscales provenant de l'acroissement du PIB, et non pas une dépense supplémentaire à PIB constant, dans la mesure où, à l'avenir les entreprises seront incitées à recourir plus généralement qu'à l'heure actuelle aux heures supplémentaires. Et si l'on songe que les 6 milliards seront en large partie dépensés en France, c'est, pour une part, des recettes fiscales en TVA ou impôts sur les sociétés qui reviendront.
Mais est-ce tout ce qu'on peut faire ? Est-ce que seules les politiques fiscales sont efficaces ?
Hier, une réforme du contrat de travail a été adoptée par 4 syndicats sur 5 (la CGT restant encore et toujours dans l'immobilisme et l'aveuglement). Par la libération de contraintes légales excessives, on peut aussi libérer l'emploi, donc aussi le pouvoir d'achat. Chaque chômeur de moins demandera moins de cotisations aux ASSEDICS et peut-être pourra-t-on aussi baisser les taux de cotisation un jour, en rendant la différence sur la feuille de paye (lorsqu'on baisse une cotisation sur le brut salarial, le net augmente mécaniquement), et cotisera aussi pour les retraites.
Une refonte totale du système fiscal en France est en cours d'élaboration. C'est une réforme de fond, qui, si elle est bien menée, peut relancer l'économie française, et permettre de relever le défi du pouvoir d'achat. Je suis personnellement très favorable à la subsitution de certaines charges sociales par la TVA (je ferai un billet à ce sujet bientôt), et certains calculs montrent que salariés, entreprises et état s'y retrouveraient.
Cependant, les réformes de fond ne se font pas en huit mois, et ne peuvent pas porter leurs fruits en aussi peu de temps. On reproche déjà le trop grand nombre de dossiers ouverts qui ne permet pas de lisibilité, mais il faudrait que le reste ait déjà été fait, sans changement trop brusque, sans mécontenter personne, pareil, mais mieux. L'agitation générale montre que l'opinion considère que le mandat est déjà sa fin, alors qu'il ne fait que commencer, et que seules le premières mesures d'urgence sont le programme.
Dimanche soir, Hervé Guaino a tenté d'apporter une explication sur la politique du gouvernement, mais M. Pierre Moscovici, qui d'ordinaire est plus mesuré, n'a eu de cesse d'interrompre son interlocuteur, ne lui permettant pas d'expliquer clairement les choses, tout en lui reprochant son manque de lisibilité, et en insistant sur l'inexistance des mesures à effet immédiat, sans en proposer une seule, comme d'ordinaire. Et en plus, M. Guaino tentant d'expliquer l'action du gouvernement, M. Moscovici lui a reproché de vouloir donner des leçons à ses adversaires. Quand on explique quelque chose, soit on donne des leçons, soit "on a tout compris" de nos jours...
Quand on a subi un échec cuisant comme ceux de 2002 et 2007, quand on n'a pas su refonder son idéologie, quand on n'a rien à proposer en échange, on est en droit de prendre toutes les leçons, et en devoir de les écouter.
31 décembre 2007
Etre français en 2008
Qu'est-ce qui différencie un français d'un étranger en 2008 ? Hormis la langue, évidemment.
L'idée du modèle français, nous dit-on. Mais quel est-il ce modèle français ?
Je le vois pour ma part comme étant une série de revendications :
- le droit d'être instruit par l'éducation nationale malgré soi
- le devoir d'avoir un travail rémunéré, subi, vécu comme une contrainte et en aucun cas un épanouissement
- la responsabilité d'un tiers à toute faute, surtout si la responsabilité personnelle est engagée
- l'absence de remise en cause de ses propres fautes ou échecs
- le rejet de l'économie de marché tout en trouvant normal son confort
- la revendication de l'état maman : qui pardonne, qui compense et réconforte.
- le rejet de la police : la police ne doit pas agir par la force, par la ruse, et ne doit pas faire preuve d'autorité.
- le recours à l'état comme redistributeur de richesses
- une sécurité sociale ruineuse et déresponsabilisante
- un régime de retraite qui est une condamnation pour chaque génération à subir les effets démographiques de la précédente.
- une fiscalité qui défavorise les actifs au profit des inactifs
- la considération de la société et de l'économie comme figée une fois pour toutes quand le reste du monde avance et change
- une défiance à l'évolution des sciences et des techniques (OGM, nanotechnologies, nucléaire, etc)
- l'endoctrinement sur l'effet de serre
- une culture générale inexistante
Voilà une série de considérations qui sont le carcan qui fige la France dans son immobilisme. Les années Mitterrand ont cru pouvoir créer une société de la générosité et de la passion, c'est à dire le contraire de la justice et de la raison. Ma génération vit dans cette erreur comme si c'était une réalité avérée, sans voir que c'est cette conception qui est notre échec. Chirac n'a rien fait pour faire disparaître cette idéologie. D'ailleurs, il n'a pas fait grand chose.
Aujourd'hui les adultes de mon âge sont des enfants. Il faut tout leur dire pour les prévenir, il faut réfléchir à leur place. Quand on est un professionnel, il faut réfléchir à la place des consommateurs, et anticiper leurs erreurs. Mais comment peut-on imaginer les erreurs de quelqu'un ? Certaines sont possibles, mais devant l'imagination fertile de la bétise, comment tout prévoir ? Qu'importe, le professionnel devait prévoir. L'adulte ? Un enfant.
Nous n'avons aucune culture économique. Une partie de l'opinion publique, que les médias suivent par clientèlisme, considère que l'économie de marché est une marche vers l'horreur, oubliant les efforts de leurs ancêtres qui, par leur travail, leur permet de bénéficier de leur confort actuel. Les trente glorieuses ont fait oublier que la vie n'est facile pour personne, sauf pour la génération d'après-guerre qui a bénéficié de conditions favorables (reconstruction, plein-emploi, revolution industrielle, etc). Tout devait être facile pour toujours. On a distribué des largesses, sans considérer l'avenir, endettant nos enfants. Comme c'est facile. Et maintenant que la facture arrive, plus personne ne comprend où est passé l'argent. Il est dans les poches de nos parents, de nos proches. Nous sommes tous bénéficiaires et responsables de la dette publique.
Alors on désigne les "riches", comme on a autrefois désigné les juifs, les arabes... Pourtant le calcul montre que l'abolition des riches ne permet pas de régler les problèmes :
http://caderange.canalblog.com/archives/2007/12/14/7123284.html#comments
Cet article montre que les riches ne peuvent pas, à eux seuls, rendre l'argent "qu'on leur aurait donné" et qui auraient "pillé" les richesses qui revenaient aux pauvres. Non, supprimer les riches, ne servirait à rien, sauf à couper la branche sur laquelle nous sommes assis.
Alors on taxe, il faut bien maintenir le niveau de vie. On taxe qui ? Les riches, c'est "social" et électoral. On taxe ceux qui travaillent : les salariés. Un pauvre smicard touche péniblement 1000 euros. Mais pour son patron, c'est 1850 € à débourser. Plus de 40 % de taxation, un scandale ! 40 % qui permettraient à chacun de mettre les priorités dans l'ordre qui lui convient. 40 % qui feraient de nous un pays riche. 40 % de pouvoir d'achat pour le salarié ou 40 % de compétitivité pour l'entreprise qui pourait alors vendre moins cher, donc plus, donc créer plus d'emplois, donc faire baisser les besoins des assedics, des allocations de la CAF.
Mais non, en France, on ne comprend rien au plan comptable. On ne comprend pas que ces taxes sont payées par le consommateur dans le prix de vente. Et quand on parle de TVA sociale, rêvée par les patrons, suggérée par les syndicats de cadre, l'opinion publique est contre. Elle le voit comme un impôt injuste, aveugle. Est-il utile ? Ce n'est pas la question. Pourrait-il servir l'économie ? Ce n'est pas la question, on vous a dit !
Je reviendrai sur la TVA dans un prochain billet.
On oublie en France qu'on ne tond pas les riches comme on peut tondre les pauvres. Les riches sont mobiles, pas les pauvres. Les riches peuvent se délocaliser pour payer moins d'impôts. Les pauvres sont contraints à subir, et à subir également les délocalisations des riches. Le réflexe est toujours le même : il faut taxer les entreprises qui délocalisent, histoire de les faire partir plus vite. On oublie que lorsqu'un riche préfère partir pour ne payer que 50 % de son revenu au lieu de 60 %, la différence est de 60 %, pas 10 %...
On oublie que si les entreprises licencient alors qu'elles font des bénéfices, c'est pour s'ajuster à la concurrence mondiale, pour être compétitif avec le reste du monde qui a bien moins de contraintes financières, faute de quoi, il n'y aura plus de bénéfices à l'avenir, et à terme, plus d'entreprise. Je me souviens des salariés de Bata qui manifestaient contre la fermeture de leur usine chaussés de Nike...
On rejette la société du fric tout en en réclamant plus, et en reprochant aux entreprises de ne penser qu'au lucre. On oublie que l'entreprise est faite pour le lucre, sinon on ne la crée pas.
On rejette l'ultra-libéralisme des hommes politiques français, alors qu'aucun homme politique n'est ultra-libéral. Il n'y a que des libéraux modérés, tous attachés à l'état centralisateur, jacobin. On oublie que le libéralisme anglais et américain a permis à ces deux pays d'avoir le meilleur niveau de vie de la planète, même si c'est loin d'être parfait. On préfère s'attacher à des détails de leur mode de vie, comme leur système de santé, pour le rejeter en bloc.
J'arrête là la liste, non exhaustive loin s'en faut, des points qu'il faudra faire changer dans les mentalités pour que la France revienne sur le chemin d'une croissance suffisante, pour retrouver un niveau de vie qu'elle mérite.
26 novembre 2007
Les poilus résistent encore
Les deux derniers poilus refusent les obsèques nationales.
Lazare Ponticelli (110 ans) : "Je refuse ces obsèques nationales. Ce n'est pas juste d'attendre le dernier poilu. C'est un affront fait à tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu'ils méritaient. On n'a rien fait pour eux. Ils se sont battus comme moi. Ils avaient droit à un geste de leur vivant... Même un petit geste aurait suffi."
Voilà bien un mal français : l'égalitarisme.
Comment aurait-on pu attribuer des obsèques nationales à tous les combattants de la Première Guerre Mondiale ? Nous aurions été en jour de deuil national presque sans discontinuer des décennies. Pour peu qu'on rajoute encore ceux de la Seconde Guerre Mondiale, il n'y aurait pas eu beaucoup de gens au travail pour reconstruire le pays depuis 1945 ...
Lorsque le nombre des derniers poilus en passé en dessous de la barre fatidique des 5 individus, l'idée est venue de célébrer des obsèques nationales au dernier des poilus, permettant de rendre un hommage à tous les autres à travers le dernier. Pour ma part, je trouve l'idée très bonne, et justement, de rendre l'hommage qui manque aux autres. Ces obsèques ne seraient pas seulement celles du dernier poilu, mais aussi les obsèques de la Première Guerre Mondiale qui se verrait definitivement entrer dans l'Histoire, faute de témoignage vivant, et celles de tous les autres poilus, anonymes, célèbres, héroïques ou martyrs.
Mais non, ces deux derniers poilus refusent cet hommage par solidarité avec leurs camarades qui n'ont pas reçu tel hommage. Leur réaction solidaire est bien compréhensible, mais faut-il toujours tout juger sous le prisme de l'égalité ? Comprennent-ils que cet hommage n'est pas que le leur, mais celui de toute la France à tous les poilus ? Comprennent-ils que ça dépasse leur simple personne ? Si les prédecesseurs ont commis l'erreur de ne pas rendre assez hommage aux poilus, faut-il que par égalité on perpétue l'erreur ?
Résultat : pas d'hommage aux autres. C'est ça, la France qui gagne.