Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

13 novembre 2008

Discrimination et égalité

Depuis l'élection de Barrack Obama à l'élection américaine, voilà qu'au-delà des espoirs de voir une Amérique plus conforme à son image de terre d'élection pour rêveur en quête de fortune, la question de l'égalité des chances s'est aiguisée, suscitant des convoitises dans le vieux continent, et en particulier en France : pourquoi est-ce possible là-bas et pas ici, comment ont-ils fait, que doit-on en retenir, et comment y apporter des solutions ?
Et comme toujours dans ce genre de cas, on discute comme si la vieille Europe et la jeune Amérique étaient sociologiquement identiques, comme si rien ne les distinguait culturellement, se limitant aux appareils politiques, aux institutions et à la législation pour faire des éléments de comparaison. Or, justement, une des premières différences, c'est la composition ethnique de l'Amérique. Autant la presse a su y songer en campagne pour traquer les signes de victoire d'Obama en décortiquant la composition électorale de l'Amérique, autant elle l'oublie pour comprendre pourquoi nos "minorités visibles" n'ont pas la même réussite.

Il faut d'abord considérer qu'à la différence de la France, les Etats-Unis, c'est plus d'un tiers de noirs et latinos. Nous en sommes très loin avec nos 15 % d'immigrés "visibles". Statistiquement, nous avons deux fois moins de chance de voir quelqu'un issu d'une minorité parvenir à de hautes responsabilités, et ce chiffre augmente quand on songe que plus une minorité est réduite, moins elle a de chances qu'un de ses membres soit élu. C'est un effet direct de la loi du nombre, sans même considérer les questions de discrimination. Rajoutons l'effet provenant du racisme ou des conservatismes ambiants, ostracismes en tout genre, et il est certain que nous avons moins de chance de voir des "minorités visibles" accéder aux postes politiques à la suite d'élections.
Prenons également en compte que si le combat américain contre la ségrégation semble récent, le discours du pasteur Martin Luther King est de 1964, et la lutte démarrant en Alabama datant de la même époque. Il a fallu quarante ans de combat pour que les discrimination s'atténuent, à défaut de cesser. Or, historiquement, nous ne vivons dans la conscience de notre diversité que depuis quelques années, "Touche pas à mon pote", le MRAP sont nés dans les années 80, soit il y a moins de trente ans. Il faut encore une peu pousser les générations pour que le travail entrepris ici porte ses fruits comme là-bas.

Il y a aussi la question du bonhomme. Barrack Obama permet à son électorat blanc une identification grâce à son métissage, son niveau d'éducation, son élocution et sa culture. Le type a un charisme indéniable, de l'élégance. Et surtout, un mode de vie identique aux blancs. Est-ce qu'un autre candidat qui n'aurait pas été métis, qui aurait plus revendiqué sa négritude, qui aurait plus conservé dans son art de vivre des codes d'identification au peuple noir aurait été élu ? On ne le saura jamais, mais je ne l'imagine pas.
De notre côté de l'Atlantique, personne pour le moment ne parait réunir les qualités d'Obama dans notre horizon politique, tout bord confondu. Est-ce un problème de formation ? L'exemple de Rama Yade montre qu'on peut-être administrateur au Sénat, l'un des concours les plus difficile en France — bien plus que l'ENA — et être d'origine sénégalaise. Est-ce que ces minorités ont la même envie de conquête du pouvoir une fois qu'elles ont accédé à des formations supérieures ? On considère souvent à tort que ces sociologies sont les mêmes. Or je ne pense pas qu'en tant qu'immigré accédant pour la première fois à la formation supérieure on réfléchisse de la même manière que les gens du cru. A-t-on plus envie d'asseoir d'abord sa propre situation matérielle avant d'entrer dans le combat idéologique, ou le contraire ? La génération suivante verra certainement monter des hommes politiques issus de la diversité, et accéder aux plus hautes fonctions. C'est un élément à prendre en considération. Elément qui peut expliquer que les minorités visibles le soient moins dans les élites de la politique.

Car il s'agit effectivement d'un souci dans le monde politique. La popularité de Yannick Noah montre que ce n'est pas un souci provenant de la population. De même Audrey Pulvar, Karine Lemarchand, Harry Roselmack, Vanessa Dolmen montrent que la télévision a déjà franchi le cap. Par le passé, Rachid Arab a été un excellent présentateur du journal (parlant un français bien supérieur à ses confrères, soit dit en passant), et est aujourd'hui membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. Ce ne sont quelques noms, mais à bien y regarder dans les reportages de la télévision, bon nombre de correspondants sont issus de l'immigration, de la jeune génération née en France. Le mouvement est au moins enclenché de ce côté là. Je connais moi-même des chirurgiens, des avocats, des chefs d'entreprises venus de l'immigration et ni leur clientèle, ni leurs confrères ne semblent faire grand cas de leur origine, à quelques imbéciles près, comme toujours.
Je salue Benoit Hamon, imité par Manuel Valls, qui a bien souligné l'attitude des partis politiques, et du PS en particulier, qui, soucieux de remporter les sièges, n'osent pas le risque de l'immigration sur leurs fiefs, et ont tendance à envoyer au casse-pipe les candidats provenant de l'immigration. Ceux-là même qui ont de beaux discours sont les premiers à ne pas prendre de risques et à ne pas mettre en actes leurs préceptes et exhortations.

Et puis il y a le cas des femmes. Handicapées par leurs grossesses, elles subissent de la discrimination à l'embauche. Tout le monde a plutôt bien analysé les raisons des différences de salaires, des discriminations à l'embauche. Le marché est têtu, il ne semble guère évoluer.
On parle moins des métiers où entrer est difficile pour un homme, comme le milieu de la petite enfance, par exemple. Là aussi, sous l'aspect politique se cache peut-être aussi une sociologie différente. Sous prétexte que nous sommes égaux, hommes et femmes, avons-nous pour autant les mêmes velléités politiques ? Si l'on considère que nous sommes différents, peut-on imaginer que les femmes n'ont pas la même soif de pouvoir que les hommes ? L'élection législative de 1997 a montré un chiffre que personne n'a remarqué. Sur 6000 candidats à l'élection, seules 2000 femmes avaient fait actes de candidature. A l'époque où l'on commençait déjà à parler de parité, le chiffre m'a semblé éloquent. Si l'on retire les candidats des 4 grandes formations, soit environ 2000 candidats, il ne restait plus que 4000 candidats. A songer que chaque grande formation avait essayé d'approcher la parité, il fallait encore retirer 1000 femmes aux 2000 candidates. Soit donc, hors des grands appareils politiques, 1000 femmes pour 4000 candidats ! Une femme pour trois hommes. Ne peut-on y voir là la mesure de l'appétit des hommes à conquérir le pouvoir, ou au contraire, le peu d'attirance pour le pouvoir chez les femmes ?
Il ne s'agit pas pour moi de disculper les hommes ou de négliger le phénomène, voire de justifier l'inacceptable, mais de souligner que certaines pistes de réflexion peuvent apporter une partie de réponse. Quand j'entends qu'il y a de la discrimination chez les patrons avec trop peu de femmes, j'ai un peu envie de rire. Pour moi qui l'ai été, devenir patron est un acte purement personnel, un engagement réfléchi et les seules contraintes que j'y ai vues sont l'argent et la peur. Peut-être me dira-t-on que certaines femmes ne prennent pas cet engagement à cause des circonstances tenant à leur famille, à l'éducation de leurs enfants. J'en ai pourtant assez connu qui n'ont pas hésité et ont réussi, même avec un enfant très jeune lorsqu'elles se lançaient. Et quant à cette réserve, n'est-ce pas là la différence entre les hommes et femmes qui se concrétise en terme de chiffres ?
Les métiers ne sont pas barrés, mais avons-nous tous envie des mêmes choses dans les mêmes proportions ? Voilà un élément de réflexion que je n'ai jamais entendu ou lu. A l'inverse les hommes ne s'émeuvent que très peu qu'il y a si peu d'hommes chez les mercières, les assistantes maternelles, les esthéticiennes, les sages-femmes. Les femmes ne réclament pas de devenir déménageur ou manœuvre dans le BTP. Preuve que nous sommes différents et n'avons pas strictement les mêmes aspirations. Si celles-ci sont volontairement caricaturales, ne peut-on trouver des explications similaires dans d'autres cas ?

Et puis, il y a un dernier point qui m'agace. C'est qu'on confonde la représentation et la représentativité. L'Assemblée Nationale est la représentation de la France, mais pas dans sa représentativité. Elle représente, c'est à dire qu'elle est munie d'un mandat au nom des Français. Jamais un mandataire n'a eu besoin de ressembler à son mandant pour exécuter son mandat. Quand un député est élu, il représente — dans le sens où il va donner son consentement pour eux — l'ensemble des électeurs de sa circonscription : blancs, noirs, arabes, juifs, hommes, femmes, homosexuels, hétéros, gauchers, droitiers, blonds, athées, handicapés, valides, riches, pauvres, etc. Et il ne peut pas être tous à la fois. Ainsi, il est stupide de demander à nos représentants de ressembler collectivement à notre population alors que nous les élisons un à un par circonscription.
Ou alors un jour, on finira par devoir voter obligatoirement dans une quelconque circonscription pour une femme noire handicapée homosexuelle bouddhiste gauchère blonde aux yeux bleus et riche afin qu'elle puisse remplir un quota légal. Est-ce que la démocratie y aura gagné ?

Posté par Zorglub34 à 15:17 - Prospective - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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