10 novembre 2008
Tempête dans un verre d'eau
Ça y est, la dernière ligne droite annonçant le sprint vers le poste de Premier Secrétaire du Parti Socialiste est en vue La course au titre est lancée, faisant encore une fois étalage de la faiblesse politique du parti à la rose. Car fort de plusieurs têtes, aucune ne semble être pleine.
On a cru Bertrand Delanoë bien lancé, jouant de sa popularité bien assise de Maire de Paris. Mais n'en joue pas comme Jacques Chirac en son temps qui veut. Le Maire de Paris, en se positionnant comme "libéral politique", s'est attiré les foudres de son aile gauche. On l'a vu, l'amalgame est de mise même entre socialistes, et utiliser un gros mot comme "libéral" lui a été presque fatal. Oser employer ce mot réservé à la droite, tout en osant s'affirmer indépendant, voire libre, libre même de s'affranchir de la ligne politique du PS (mais quelle est-elle ?), voilà qui a suscité bien des émois. Le Maire de Paris en a perdu sa place de favori dans l'investiture à la rue de Solférino.
A l'opposé, dans le style, Madame Royal nous a offert un bal de la Reine, et s'est offert, sans doute, le prix du faux-cul de l'année. Venant annoncer son retrait dans le combat pour succéder à François Hollande, elle a avoué "ne pas en faire un préalable". On pourrait penser qu'il s'agissait chez elle d'un peu de bon sens, mais pourquoi ce meeting aux allures de one-woman show à Bercy, alors ? De qui faisait-elle la promotion, alors ? Curieuse manière de promouvoir la "fra-ter-ni-té", en évinçant ses collègues.... De fait, elle ne sera sans doute pas Premier Secrétaire du PS, laissant la place à Vincent Peillon qui serait plus à même de rassembler sur son nom les différentes sensibilités au sein du PS.
Martine Aubry a fait jeu égal avec B. Delanoë, et pour une figure quasi-absente pendant plusieurs années, on peut trouver la performance assez stupéfiante. Auréolée des 35 heures, affirmée dans une position radicale, elle a l'image de la femme incorruptible, loin des manigances des appareils politiques. Mais a-t-elle une chance ? N'a-t-elle pas été la main secourable à Ségolène Royal pour empêcher Delanoë de l'emporter au premier tour ?
Reste Benoit Hammon, qui réalise près de 20 % sur l'aile gauche du parti. Le Monsieur Plus du PS fricote avec le discours du Nouveau Parti Anticapitaliste d'Olivier Besancenot. "Plus de", "autrement", "mieux", sans dire comment ni quoi, c'est la rhétorique qui plait à la gauche de la gauche. Quand un votant sur cinq se rapproche de la radicalité, à l'opposé de Delanoë ou Royal, quelle unité peut-il y avoir dans ce parti ?
Mais au-delà des personnes, la méthode est formidable. Dans les partis politiques en Europe, ou ailleurs, un homme (homme au sens large, ça peut aussi être une femme) présente son programme et suscite l'adhésion. Il tire ensuite avec lui le parti vers la victoire électorale. Le leader se fait faire un costume de chef à sa taille, et l'endosse avec l'appui de sa base. Ça, c'est hors du PS.
Au PS, on vote un programme, mais comme il y a beaucoup de programmes venant de divers courants, on vote des synthèses de programmes. Ensuite, comme aucune n'a la majorité, on vote pour savoir qui va le mieux représenter ce programme qui ne convient plus à personne. Et comme celui qui est à la tête du Parti n'est pas forcément à l'aise avec un discours qui n'est pas forcément le sien, il est très contesté. Il est aussi contesté par ceux qui sont représentés par un bout de leur programme dans la synthèse. Alors pour les élections, on désigne quelqu'un qui n'est pas le leader du Parti pour aller chercher la victoire. Mais le chef du parti, qui avait déjà lorgné sur le poste en retire des aigreurs personnelles, et a tendance à ne pas soutenir franchement le candidat. Et à la fin tout le monde perd.
Imaginez qu'un leader politique soit obligé d'endosser un costume taillé non sur ses propres mesures, mais des mesures de tout le monde : le tour de taille de l'un, la longueur du bras droit de l'autre, une autre longueur pour le bras gauche, etc. Et il faudrait que ce costume lui seille à merveille !
Ça vous rappelle quelque chose ? Eh bien, ils vont remettre ça ! Ségolène Royal, qui est en mesure de prendre la tête du PS pour aller jusqu'à son objectif personnel, c'est à dire l'élection présidentielle, va certainement laisser la place à Vincent Peillon, sans renoncer à sa candidature en 2012. Sans doute veut-elle s'épargner les coups pendant la durée du mandat actuel. Mais peut-on s'imaginer gagner en évitant les coups, et sans vouloir s'affirmer en tant que chef ? Madame Royal a sans doute trop envie de plébiscite.
Commentaires
Vous avez raison ce spectacle est pitoyable.Comment l'électeur qui réfléchi un tant soit peu peut avoir confiance dans cet appareil.C'est la basse cour en folie.Un pays démocratique a besoin d'un pouvoir fort et d'une opposition forte.Il faut qu'elle soit positive et constructive.Pour l'instant en France on tourne au grand guignol orchestré par les médias.
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