27 octobre 2008
Des milliards pour les banques
En ces temps difficiles, alors que le monde financier connaît une crise que certains disent sans précédent, on nous jette à la tête des milliards d'euros ou de dollars, qui doivent sauver le système. Tandis que certains n'hésitent pas à parler de l'échec du capitalisme, montrant leur incompétence ou leur mauvaise foi - est-ce qu'on peut parler de l'échec de l'automobile quand il y a un carambolage ou des centaines de kilomètres de bouchon ? - et que d'autres confrontent ces milliards faits en cadeau aux banques en les comparant au prix de la faim dans le monde, qui a réellement expliqué l'intérêt de ce plan ?
Evidemment, pour tous ceux qui ne savent pas compter, qui ont une vision de l'état dans sa prodigalité, il ne fait aucun doute que cet argent sera versé gratuitement aux banques. On a tellement habitué les gens à obtenir des sommes de l'état sans contre-partie qu'il leur semble évident que ce sera la même chose pour les "riches", avec le sentiment de la double injustice qui consiste à prêter plus facilement aux riches qu'aux pauvres qui en ont besoin eux, et pire, qu'on leur "donne" cet argent en le faisant payer par le contribuable. Car telle est la question : d'où sort-on ces milliards alors que le Président a dit que "les caisses sont vides".
On peut reprocher à nos élus de ne pas avoir expliqué le mécanisme, et pour comprendre moi-même, il m'a tout de même fallu bien lire entre les lignes. A l'inverse on peut imaginer que ce silence était volontaire, histoire de ne pas ajouter du cynisme à la misère. Car de fait, cette crise est une opportunité financière rare pour un état.
Les banques sont dans une situation financière difficile, dans la mesure où elles ne se prêtent plus d'argent entre elles, craignant pour la solvabilité de leur débiteur, ou en raison du manque de liquidités du créancier. La situation se fige, et il n'y a pas tant de manière d'agir :
- faire entrer de l'argent frais par soit la liquidation d'actifs (vente de biens) ou par augmentation du capital
- obtenir des garanties afin de calmer la frilosité des banques.
Stratégiquement, vendre des biens maintenant, alors que la plupart des cours sont au plus bas, c'est délicat. Ça risque même d'aggraver la situation de la banque. Donc il faut faire rentrer de l'argent dans le capital. Or, si les grands groupes financiers sont en difficulté, ils vont hésiter à racheter des banques dont les actifs peuvent être frelatés dont une proportion que l'on ignore toujours. Reste l'état.
Alors d'où sort l'argent. L'état va emprunter de l'argent à des banques (du genre Banque Centrale Européenne) ou à des fonds étrangers (fonds souverains de quelques nouveaux pays riches). En contre-partie, elle va payer un intérêt.
De cet argent, elle va entrer dans des capitaux des banques. Donc la contre-partie de cet emprunt sera des parts sociales d'entreprises achetées à des cours très bas (toutes les banques sont actuellement sous-évaluées). Donc, d'une part l'état va toucher chaque année un dividende (car même en cette année de crise, bien des banques vont tout de même réaliser un bénéfice). Ce sera une première manière de rémunérer l'emprunt effectué. Deuxièmement, quand la situation des banques se sera améliorée, le cours des parts sociales sera monté et l'état aura réalisé une bonne plus-value, qui devrait rendre l'opération largement bénéficiaire. Le plan serait de 40 milliards d'euros. Soit environ 80 % du produit de l'impôt sur le revenu une année, ou 80 % des intérêts annuels de la dette. Gageons qu'il devrait permettre à l'état de rentrer dans ses sous.
De l'autre côté, l'état s'est engagé à hauteur de 320 millions d'euros (en gros, un budget annuel de l'état) pour garantir les emprunts des banques entre elles. De fait, l'état se porte caution des emprunts des banques entre elles. Donc, la certitude d'avoir à décaisser ces 320 milliards n'est pas établie. Il faudra au préalable que les difficultés des banques à rembourser leurs crédits soient avérées. Ensuite l'état versera les sommes dues, en n'oubliant pas de se retourner contre la banque défaillante. Et ça non plus, ça n'est pas gratuit. Un mécanisme du type de celui des assurances est mis en place afin de rémunérer le service. Ainsi, en échange de cette garantie, les banques vont payer une cotisation qui, si elle est bien calculée, devrait permettre à l'état de gagner de l'argent, même s'il devait être amené à combler quelques crédits, et à tout le moins à compenser les intérêts des emprunts souscrits pour subvenir aux défaillances de banques. En se retournant contre la banque défaillante, l'état devrait encore récupérer au moins une partie du capital versé.
Donc on le voit, cette opération peut conduire à 3 moyens directs pour que l'état gagne de l'argent pendant la crise et que ces 360 milliards ne sont pas un simple cadeau gratuit aux banques sur le dos du contribuable, mais un investissement financier sur le dos des banquiers.
Evidemment, on ne voit pas Ségolène Royal, qui parle de "nationalisation des banques", voyant un triomphe des idées socialistes, venir expliquer que l'état va se comporter comme les financiers qu'elle décrie et a fortiori pour sauver le système qu'elle considère comme mort, avec les méthodes qu'elle réprouve. Soit elle est incompétente, ce que je ne pense pas, soit elle prend ses électeurs pour des imbéciles en leur disant ce qu'ils veulent entendre, ce que je crois plus volontiers. Ça manque tout de même d'honnêteté vis à vis de son électorat. Mentir pour son propre intérêt au mépris de la vérité, on dirait un élu de droite ...
De son côté, le gouvernement n'a pas fait grand chose non plus pour venir expliquer. Il faut dire aussi que toute explication de plus de 26 secondes étant hors des formats audio-visuels, le journaliste sacrifiant sa mission d'information à l'audience, il est tout de même difficile d'expliquer les choses. Le Président de la République avait donné ces explications lors de la conférence de presse annonçant le plan, mais ce qu'en ont relayé les médias, pour l'essentiel, c'était les montants. Pour le mécanisme, c'est réservé à une élite, sans doute. Il ne faut pas noyer l'auditeur ou le téléspectateur, manière indirecte de nous faire passer pour des abrutis. Et expliquer pourrait nous faire voter en conscience...
Alors du coup, on nous oppose ces milliards refusés aux pauvres mais accordés aux riches. Sauf que donner des milliards pour sauver l'argent de tous, ce n'est pas le même coût que de donner directement des milliards aux pauvres, mais sans contrepartie. C'est la différence entre investir et dépenser. Une notion difficile à appréhender au PS, ou à l'extrême gauche qui préfère véhiculer le populisme. Ça assoit certainement mieux la base électorale.
Mais aller expliquer ça à quelqu'un qui ne sait pas compter, qui ne comprend rien à la finance, qui en est resté à la prodigalité de l'état en guise de philosophie, et pour qui les réalités du mondes devraient ressembler à un 24 décembre à 23 heures... : un anti-capitaliste par exemple... Que voulez-vous qu'il comprenne alors qu'il mélange tout, et que le message ambiant le maintient dans son ignorance ?
Commentaires
Je me pose la question de savoir si effectivement les socialistes et autres gauchisant ont réellement compris la mesure, car ils persistent dans leur propos négatifs et je ne crois pas que ce soit seulement dogmatique.Le seul ayant reconnu le bien fondé de la mesure c'est Strauss Khan. Ce déficit d'information a été compris par le gouvernement qui voudrait créer des programmes courts à la tv pour justement expliquer ses actions sans passer par le filtre déformant des médias. Je pense que ce serait utile car malheureusement la fréquentation de votre blog n'est pas ce qu'elle devrait être....je plaisante mais c'est un peu vrai.Cordialement.
pitoyable
pitoyable analyse d'une crise, qui si il est bien vrai quelle n'est pas comprise par des "anticapitaliste ignorant" mais surtout en souffrance, elle ne l'est pas non plus par les liberaux eux-meme ! si non ! elle ne serait pas arriver... ou bien meme deja resolu !
le probleme vient du fait que la destruction de l'homme par l'homme n'a toujours entrainer que la destruction de l'homme par l'homme ! certaint extremiste de gauches sortent de grandes ecoles, possede des master etc ! qui a raison ? les partageur ? les exploiteur ? le fait est que les riches sont moin toucher que les pauvres dans cette crise et qu'une foules qui defilent en riant et en chantant peux preter a sourir...mais 12 millions de personnes defilant dans les rues et qui meurent de faim...! et c'est la que la loi de la nature reprend ses droit! car c'est ce systeme inventer par les riches, qui a fait que les pauvres sont baucoup plus nombreux...vraiment baucoup plus nombreux ! quant a reformé ce mecanisme finalement devenus incompatible avec un monde moderne :
" les grandes choses doivent parfois porté un masque affreux et terrifiant, afin de s'inscrir dans le coeur et la memoire des hommes " F.N
> Enlil : avez-vous de meilleures explications à donner que ma "pitoyable analyse" ? Si vous avez lu, il ne s'agit pas de l'analyse de la crise, mais du montage financier entrepris par l'état pour tenter d'en sortir. Je n'ai pas apporté le moindre jugement sur la crise en elle-même. Partant de cette erreur, je me permets de mettre un sérieux doute sur la qualité de votre jugement.
Hormis votre galimatias indigent, sorte de discours mécanique imprégné de doctrine anti-capitalisme et de misérabilisme de bon aloi, avez-vous un raisonnement qui pourrait apporter un éclairage ?
Il est bien beau de dire, "y avait qu'à", c'est tellement facile. Tellement plus facile quand on reste hermétique à tout raisonnement et qu'on rejette la faute sur les autres en se disant qu'ils sont tous nuls, et sans avoir rien à proposer en échange.
Parce que la "loi de la nature", c'est la loi du plus fort, la loi de la jungle, bien pire encore que ce que vous redoutez.
Le capitalisme et l'économie de marché ont diminué la pauvreté dans le monde pour deux milliards d'être humains pendant que l'humanité croissait d'un autre milliard en même temps... Songez-y.
Ben voyons
Juste pour savoir : comment ce fait il que BNP PARIBAS (par exemple) vienne pleurer au guichet Etat après avoir affirmé qu'elle n'était pas en danger et surtout pour ensuite dire qu'elle a l'intention de racheter Fortis ? L'explication la plus simple me conviendra parfaitement.
Valjean.
Je n'ai pas connaissance de cette information.
Rien ne dit non plus que l'état ait accordé un financement à cette fin.
Je n'ai pas la prétention d'expliquer les agissements financiers des banques, mais j'ai juste voulu expliquer le montage financier du sauvetage de banques face à la rumeur que c'est "sans contre-partie", alors qu'il n'en est rien.
Je peux imaginer que, même sans problème de solvabilité propre à la banque, la BNP ait du mal à trouver des partenaires financiers et des liquidités pour participer à une acquisition dans un contexte où le crédit est bloqué, et qu'elle demande le secours des garanties à l'état. Ça ne me parait pas extraordinaire, vu que c'est la logique de l'opération. Ce qui me semble plus douteux, c'est que ces garanties puissent être accordées dans le cadre d'une acquisition alors qu'elles sont censées garantir des crédits à leurs clients.
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