Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

09 octobre 2008

Qu'est-ce qui différencie la gauche et la droite ?

Hier soir, l'un des thèmes abordés par l'émission de Frédéric Taddéi "Ce soir ou jamais" sur France 3 était : "La droite est elle toujours de droite ?".

 

Ce thème est révélateur des préjugés qui affectent la droite, préjugés largement diffusés par la gauche qui, loin de comprendre, préfère caricaturer, mais toujours sans préjuger, elle dit qu'elle se l'interdit. Si l'on en croit alors la rumeur publique, la droite serait la partisane de l'ordre et de la sécurité, l'amie intime et servile du capitalisme libéral, l'ennemie du prolétariat, insouciante du sort des pauvres en ne se concentrant que sur celui des patrons, et n'aurait pas d'autre souci que l'enrichissement des classes dirigeantes tout en maintenant volontairement les classes populaires dans la misère pour mieux les asservir. De l'autre côté, la gauche serait l'amie des pauvres et l'ennemie des patrons, rêve de fonder un monde idyllique sans police ni autorité et où les malfaiteurs n'existeraient pas, lutte pour l'anéantissement du capitalisme, serait le chantre de l'égalité des droits, de l'amitié entre les peuples et contre le racisme. Voilà pour la caricature selon la rumeur.
Sauf que dans la réalité des choses, ça ne se passe pas comme ça. Dans chaque catégorie, on trouve des exceptions dans chaque camp et quand l'un des deux camp est au pouvoir, il se trouve confronté à une réalité économique qui le contraint à revoir ses ambitions et ses discours.
Ainsi, hier soir, Marie-France Garaud et Luc Ferry se sont-ils beaucoup affrontés pour trouver finalement peu de différence entre les deux camps, sans répondre à la question : "la droite est elle toujours de droite".

 

J'ai eu l'occasion dans un billet précédent de vous parler du phénomène politique du glissement à gauche, et ce lent glissement transfère peu à peu les idées de la gauche vers la droite. Dans son réalisme et son modernisme, la droite finit, plus ou moins lentement par adopter des valeurs autrefois de gauche. Il faut vivre avec son temps. Cependant, ça ne signifie pas renoncer à ses fondamentaux. Prenons par exemple les 35 heures. Adoptées par la gauche, ni le gouvernement Raffarin, ni Villepin, ni Fillon n'ont eu l'intention de revenir en arrière totalement sur l'acquis social de la durée légale du travail à 35 heures. Mais, en ne renonçant pas à leur principe fondamental de liberté de choix, de liberté du travail, en conservant à l'esprit que le travail est un valeur de la droite et permet à chacun de hisser sa condition sociale vers un mieux, la droite a assoupli le système en permettant des heures supplémentaires mieux payées. On peut en discuter l'efficacité économique, là n'est pas la question. C'est l'intention qui démarque les uns des autres. D'un côté de lit de Procuste, de l'autre la liberté de choix. La droite a finalement intégré les 35 heures dans son projet politique, sans renoncer à ses valeurs qui sont le travail et la liberté.
Autre exemple : la crise financière mondiale.  Le non-interventionnisme est le principe chez les libéraux. Or, on constate que les gouvernements libéraux sont prêts à cracher au bassinet pour renflouer les banques. C'est du pragmatisme : si l'on laisse tomber les banques, il faudra payer les salariés au chômage, et surtout indemniser les épargnants. Ça coûterait bien plus cher que de ne pas sauver ces banques, sans parler des "dommages collatéraux". Les principes c'est bien, la réalité des choses contraint parfois à mettre ses principes dans la poche.
Plus loin dans l'histoire, c'est une chambre ultra et monarchiste qui a créé la IIIè République pour ne pas mettre au pouvoir un Roi qui rêvait de revenir au Droit divin, ayant tiré les leçons de l'époque de Charles X. Le réalisme plutôt que l'idéal.

A l'opposé la gauche préfère tordre le monde à son idéal. Elle rêve d'emploi pour tous et faire diminuer le chômage ? Elle fabrique alors les 35 heures pour partager le travail, s'imaginant que les besoins salariaux sont élastiques, et que le nombre d'emplois est strictement proportionnel au nombre d'heures travaillées. Le lien avec le besoin en masse salariale lié au chiffre d'affaire n'existe pas. Le résultat, prévu par tous les gens qui connaissent un peu la gestion, a été que les 35 heures ont créé un gain de productivité et non une vague d'embauche. Les gouvernants d'alors n'ont oublié une seule chose : comment faire augmenter en même temps le chiffre d'affaires de l'entreprise. Question à laquelle personne ne songe jamais dirait-on... Le constat est clair : ils ont rêvé leur mesure en fonction d'un idéal et non d'une réalité économique. Autre exemple : l'idée fortement généreuse de François MITTERRAND de mener 80 % d'une génération au bac. L'idée semblait généreuse mais elle a provoqué un allongement des études financièrement difficile pour les familles les moins aisées. En outre, sans permettre d'accéder en masse à des emplois mieux rémunérés ça a entraîné une hausse des exigences de qualification pour un même métier. On pouvait autrefois être secrétaire avec un BEP, il faut désormais un BTS, sans gagner un sou de plus : le SMIC. Pour les plus pauvres aucun gain, et même un perte puisqu'il faut financer des études plus longues pour un même résultat. Autrefois un bac permettait d'obtenir facilement du travail, aujourd'hui un Bac+3 est tout juste suffisant pour sortir du lot. En attendant, des tas de métiers dits manuels sont laissés pour compte et ces secteurs cherchent de la main d'œuvre alors qu'on ne sait que faire de tous les gens qui ont des qualifications d'employés, de comptables etc. C'est vrai que c'est mieux de sortir les mains du cambouis, mais comme disait mon grand-père "le chiffre d'affaire de la mine est fabriqué par le pic du mineur, pas par la secrétaire". Et pour embaucher la secrétaire, il faut d'abord que les mineurs sortent du charbon du fond. L'idée d'augmenter la formation de tous était louable en soi, mais les effets pervers sont plus importants que les avantages. Une idée sans conformité avec la réalité.

Je crois pour ma part que la différence principale entre la droite et la gauche tient à un posture fondamentale dans le discours. Pour paraphraser La Bruyère, la gauche a des idées politiques en fonction du monde tel qu'il devrait être, et la droite crée son projet en fonction du monde tel qu'il est. La droite et la gauche ont toutes le deux pour but de mener la société vers le progrès social et vers l'amélioration du niveau de vie. Ce sont les moyens qui diffèrent.

Posté par Zorglub34 à 18:04 - Prospective - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'ai un fils titulaire d'un bac de comptabilité avec mention, qui parle et traduit l'anglais et maitrise parfaitement l'informatique: il travaille à la chaine dans un abattoir de poulets.Il n'y a pas de sot métier, mais il y a des orienteurs dogmatiques....

Posté par legio, 19 octobre 2008 à 02:24

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