06 octobre 2008
Justice et rumeur
Hier, on nous annonçait lamise en examen d'un médecin du SAMU qui avait pratiqué des "gestes douteux" à l'encontre d'une malade de 87 ans qui avait subi un malaise dans le salon de sa coiffeuse. Un médecin voisin a donné les premiers soins le temps que les secours arrivent. Les pompiers sont intervenus bientôt relayés par le SAMU.
Mais un "témoin" aurait signalé que le médecin aurait eu des "gestes douteux" sur la pauvre femme qui n'a hélas pas survécu à son malaise. Les regards se tournent aussitôt vers le médecin aussitôt empreints de suspicion. Les mauvais agissements dudit médecin auraient provoqué la mort de la malade. Or, selon le médecin voisin, rien d'anormal n'aurait été constaté par lui, jugeant qu'aucune faute n'a été commise.
Mais voilà que la justice s'en empare, convoque le médecin, le suspend, le met en garde à vue. L'opprobre tombe sur lui comme la misère sur les pauvres.
Et voilà que ce matin, on apprend la réalité des choses. Après avoir pratiqué les bons gestes médicaux, y compris ceux de la réanimation, les médecins ont constaté que leurs efforts étaient vains. Chose courante, le corps sans vie de la malade a présenté des spasmes de la mâchoire, derniers résidus électrique d'une vie qui s'en va. Le médecin a alors comprimé la mâchoire afin que les services funèbres puissent présenter une dépouille convenable à la famille.
Et pour l'accusateur, dont on ignore le nom, c'est ce geste qui aurait provoqué la disparition de la pauvre femme.
La presse relate cet incident ce matin, et pas un mot d'excuse pour ce malheureux médecin qui n'a eu que ce geste, certes impressionnant pour le profane, certes cynique face à la mort, mais d'un professionnalisme sans faille. De son côté la justice n'a pas hésité à suspendre le médecin et à le mettre en garde à vue pour des gestes dont elle a eu vent par un "témoin" (de l'équipe du SAMU parait-il) dont les connaissances ne permettent pas de juger le travail du médecin. Et cette manière de tirer d'abord et se renseigner ensuite, sans considération pour la personne, sans considération du principe de la présomption d'innocence. N'eut-il pas été plus simple de simplement convoquer le médecin pour qu'il s'explique avant de procéder à ces sanctions ? Y avait-il urgence à le suspendre aussitôt, et à le placer en garde à vue sur la seule foi d'un incompétent ? Est-ce que tout cela valait 48 heures de garde à vue et pas un simple interrogatoire dans le cadre d'un enquête préalable ?
Cette même justice qui clame haut et fort sa vocation d'indépendance et de légitimité, qui n'hésite pas à rappeler les principes, en particulier la présomption d'innocence, ferait mieux parfois de mettre en pratique les discours.
Commentaires
Il me semble aussi qu'une enquête préliminaire aurait permis de mettre en évidence l'absence de faits délictueux.Avec le nouveau code de procédure pénale il est plus difficile pour le policier qui n'a pas suffisament d'éléments de mettre la personne soupçonnée en garde à vue.Une garde à vue de 24 h avec une audition faite par des opj pas forcément au fait des problèmes de mort clinique c'est déjà beaucoup, la prolongation accodée de 24 h supplémentaires parait alors excessive et je ne vois pas ce qu'elle peut apporter de plus à la manifestation de la vérité.Mais c'est vrai que seuls certains magistrats détiennent "la vérité" et savent si la loi est bonne ou pas et si elle doit être appliquée ou pas,un peu comme si une puissance divine les avaient désignés pour détenir ce fantastique pouvoir de décider ce qui est bien ou mal.Le mot excuse ne fait pas partie de leur vocabulaire....
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