Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

21 avril 2008

Quand le sport devient source de conflit diplomatique

La traversée de la Flamme Olympique à Paris a suscité bien des émois, des commentaires, et des interrogations.

Sous l'impulsion de Robert Menard de Reporter Sans Frontières un certain nombre d'opposants sont venus manifester leur hostilité au régime chinois et à ses emprisonnements arbitraires, et à la répression des mouvements de protestation au Tibet.

Je regrette que le symbole de la Flamme Olympique ait été à ce point détourné à des fins idéologiques et politiques. Que ce symbole d'union et d'universalité soit pris en otage par les opposants au régime chinois, qu'on ait confondu l'Universalité de la Flamme Olympique et le symbole des jeux à Pekin me semble bien triste et finalement peu respectueux des valeurs de paix du sport. La Flamme Olympique n'est pas chinoise, elle est.. olympique.

Je suis aussi assez interdit par l'attitude de Robert Menard qui semble vouloir intimer des leçons de politique internationale aux dirigeants français. Comme disait Pierre Desproges, il est facile de critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago. La réalité des intrications de la politique internationale, les réalités historiques imposent un peu plus de mesure et de componction avant de porter un jugement définitif. Il me parait tout aussi facile de critiquer une situation politique en caricaturant les parties au conflit, en prenant le Tibet comme faire-valoir idéologique, et en ne s'arrêtant que sur les quelques dernières années pour juger de l'ensemble des relations vieilles de plusieurs siècles entre deux entités. J'ai toujours une certaine réticence à aller hurler avec les loups, spécialement quand ils sont nombreux et que les discours semblent trop simplistes. Avant de condamner trop vite la Chine, j'ai cherché à écouter d'autres sons de cloche.

D'abord celui de Georges Frêche, spécialiste de l'évolution des idées politiques (c'était sa chaire à l'Université de Montpellier),
et sinophile averti. Il rappelle qu'au cours du Ier siècle, c'est le Tibet qui a envahi la Chine et que le Tibet est chinois depuis le XIVè siècle.
Ensuite Jean-Louis Melanchon. D'ordinaire, je n'ai pas beaucoup de sympathie pour ce sénateur qui manipule plutôt un langage de rhétorique sans fondement idéologique autre que "ce que fait le droite c'est mal, il faut faire mieux", mais sans rien proposer de concret. Sur le cas tibetain, il a remis quelques éléments en perspective qui me semblent effectivement aller dans le sens d'une meilleure compréhension du problème. Sans contredire Georges Frêche, il rappelle que lors de la Révolution Populaire, le Tibet est entré dans la Chine Populaire, et que le Dalaï Lama en était Vice-Président jusqu'en 1959. Que grâce à la Chine Populaire, la servage a été aboli au Tibet et que la Chine y a apporté des éléments de liberté plus proches que l'on ne croit des Droits de l'Homme. L'éducation, la liberté, même réduite au sens chinois, sont entrées au Tibet qui n'en était qu'au stade que nous connaissions avant la Révolution Française. D'autre part, il relève qu'à aucun moment la presse n'a relevé que les manifestations tibetaines étaient purement hostiles aux commerçants chinois et profondément ancrées de racisme, et qu'à aucun moment n'ont été évoqués les véritables lynchages de victimes chinoises.
L'Occident a pris parti, et Reporter Sans Frontière en tête, pour la population contre la Police. En France, on prend toujours parti contre la Police.
M. Melanchon rappelle qu'aucun état ne reconnait le Tibet comme un état indépendant, soulignant par exemple que dans une commission internationale qui traite des territoires occupés, le Tibet n'y figure pas alors que notre Nouvelle-Calédonie en fait partie. De fait, la Chine se trouve devant le Tibet comme nous devant la Vendée en 1793... Personne ne conteste plus le fait que la Vendée est française. Idem pour la Corse, la Bretagne, le Pays Basque... De fait, nous n'avons pas tant de leçon que ça à donner...

Il y a quelques semaines, l'indépendance du Kosovo a suscité un grand émoi en Serbie. Imaginons que l'ensemble de la communauté internationale demande l'indépendance du Tibet. C'est 25 % du territoire de la Chine qui lui serait amputé ? Et les chinois le vivraient bien ? La libération de ces territoires seraient une aubaine pour les Etats-Unis qui pourraient largement investir ces terres arables, et mettre la main sur l'eau qui se déverse en Chine. 80 % de l'eau de Chine provient du Tibet.
En cherchant les intérêts économiques, on trouve souvent la motivation des grands discours idéologiques un peu trop emphatiques.
Et puis, il y a la question de l'efficacité. Le boycott de la cérémonie d'ouverture serait-il efficace ? A part un affront fait à la population chinoise, je ne pense pas que le pouvoir chinois soit très sensible à ce genre de protestation, et que ça ne porte pas grand effet sur les libertés. En revanche, les manifestations d'hostilité envers la France et ses intérêts économiques ont déjà débuté, en particulier Carrefour qui est le leader en matière de grande distribution en Chine. Une aubaine pour ses concurrents, américains notamment.
Que faut-il faire ? La question est effectivement délicate. La question des Droits de l'Homme se pose en Chine comme une réalité difficile. Mais que faire contre une puissance économique telle que la Chine qui porte la croissance du monde, et qui devient, bien plus tôt que prévu, l'élément incontournable des négociations mondiales. Quelles protestations ont fait céder l'URSS auparavant ? Aucune. C'est le goût de la liberté occidentale qui a poussé les populations à obtenir leur libération. Quand l'URSS a cédé, se transformant provisoirement en CEI puis en explosant en états indépendants, la vague de libéralisme qui a envahi ces peuples a surtout laissé la place à la corruption et aux mafias. La Chine fait sa transition lente entre l'économie communiste et le libéralisme. Comme sous le Second Empire, les libertés sont à la traîne des avancées économiques. Il faut parvenir à un certain niveau avant de pouvoir lâcher du lest. La Chine est sur cette voie, leçon de l'échec d'Eltsine, et l'augmentation du niveau de vie des chinois sera l'appel d'air vers plus de démocratie et de libertés. La communauté internationale ne peut que se borner à faire des rappels à l'ordre et ne peut rien contre un peuple souverain.

Enfin, voici une interview de Jean-Luc Melanchon sur France Culture : écoutez le ton hargneux et donneur de leçons du journaliste. C'est inamissible pour une station qui est d'une part de Service Public, qui d'autre part se prétend pluraliste, et qui faillit à son devoir de neutralité propre à un journaliste (ou qui se prétend l'être).

http://www.dailymotion.com/video/x4y657_melenchon-tibet-france-culture_news

Ici une vidéo d'une interview sur France-Info :
http://www.dailymotion.com/video/x4yjzk_parlonsnet-n7-jl-melenchon-tibet_news

Je trouve les nuances faites par M. Melanchon plutôt saines et justes, et que le discours binaire des journalistes est trop simpliste pour être complètement honnête.

La diplomatie selon la Presse, c'est la Guerre Mondiale...

Posté par Zorglub34 à 16:52 - La connerie de la télé - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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