Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

21 mars 2008

Le droit de mourir dignement

La mort avant-hier de Chantal Sebire soulève à nouveau le problème qui avait été déjà évoqué à l'occasion de la disparition de Vincent Humbert : le droit de mettre fin à ses jours pour abréger ses propres souffrances.

A une époque qui a fait tant de progrès qu'elle permet de laisser survivre les cas les plus désespérés tant la médecine est performante, notre société se trouve confrontée à deux intérêts antagonistes : faire vivre ou laisser mourir. Voilà bien le dilemme éthique auquel se trouve confrontée la France, et auquel les Belges, les Suisses, les Néerlandais ont déjà répondu avec plus de célérité, d'humanité et d'efficacité, tandis que nous nous perdons en conjectures, palabres, et autres faux-fuyants qui permettent aux autorités de rester sourdes et aveugles à la réalité des souffrances.
On perçoit très bien que la majorité de la population est plutôt favorable à l'euthanasie active et que beaucoup d'entre nous  souhaiteraient même en bénéficier le cas échéant, chacun percevant bien qu'une mort lente et douloureuse n'est pas une fin de vie digne.
La loi dite Leonetti (on a souvent le tort d'intituler les lois par le nom de leur auteur alors que chaque loi comporte un numéro et un titre bien précis) permet l'euthanasie passive, par abstention de soin et de nourriture, et l'administration d'antalgiques pour atténuer la souffrance du malade, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ce dispositif permet d'administrer à un malade en fin de vie une dose de médicament ayant le pouvoir d'endormir le patient, jusqu'à ce qu'il meure de faim ou de soif. Et l'on nous dit que cette loi est un progrès !

Résumons-nous : un médecin peut donner une dose de cheval à un patient jusqu'à ce qu'il meure de faim ou de soif, mais ne peut pas lui donner une dose mortelle d'un médicament qui soulagerait non seulement les souffrances du patient mais aussi celle de son entourage ! Parce que c'est ce qui est apparu au cours des différents reportages : le patient souhaite un moment solennel lors duquel il se donnera la mort entouré des siens à un moment choisi. La solution établie par la loi Léonetti ne permet que de choisir le moment de l'endormissement du malade, et impose quelques jours d'attente jusqu'à la mort. Doit-il y avoir un délai expiatoire ? La France ne souhaite pas, dirait-on, considérer la mort comme une libération de la souffrance, et instiller l'idée qu'une mort douce est possible.

En Belgique, un dose dix fois supérieure à la dose mortelle de barbituriques est administrée au malade qui prend sa potion le jour décidé. Pas d'esclandre, pas d'abus pour le moment. En pendant ce temps, nous déblatérons, nous considérant comme le pays des Droits de l'Homme.

Considérons les antagonismes : comment ne pas ouvrir une brèche dans la législation sur l'homicide en autorisant l'euthanasie ? Voilà la question de droit qui est posée à nos hommes politiques. On fait appel à des médecins pour répondre à un problème politique, juridique. On va chercher des justifications techniques, on va nous pondre un dispositif alambiqué qui ne trouvera que peu d'intérêt.
Pour ma part, voici le dispositif auquel j'ai déjà songé : le souci est de ne pas permettre de maquiller des assassinats en euthanasie active. Procédons alors à l'envers : autorisons l'euthanasie active cas par cas. Il faut évidemment une loi pour ça.
Imaginons qu'un dispositif légal permette à un malade, s'il le peut physiquement, ou à un collège composé du Conseil de Famille (l'ensemble des descendants, ascendants, collatéraux du malade), les équipes médicales, le personnel soignant (infirmières, aide-soignantes, etc) et un psychiatre, de déposer une requête auprès du Tribunal Correctionnel du lieu de résidence du malade afin d'autoriser l'euthanasie. Une audience réunissant tous les protagonistes, en présence du Procureur de la République, examinerait l'état du malade, le bien fondé de la requête afin qu'il n'y ait aucun doute sur l'état de souffrance du malade et de l'irréversibilité de la pathologie et de l'incapacité de la médecine à la traiter, et, bien sûr, la volonté du patient de mettre fin à ses douleurs. A l'issue de l'audience, le Tribunal Correctionnel autoriserait ou non l'euthanasie selon un mode d'administration mortifère que le malade aurait choisi avec les équipes médicales, dans un délai imposé, avec la présence d'un médecin, d'au moins un membre de l'entourage (certains n'ont pas de famille). Toute entorse aux prescriptions du Tribunal Correctionnel devrait entraîner des poursuites pénales.
Si l'on ne veut pas craindre de devoir réparer a posteriori les excès de l'euthanasie active, agissons a priori. Cessons de croire que la mort est un passage expiatoire et comprenons qu'abréger les souffrances d'un proche avant de le voir sombrer dans une déchéance est aussi un acte d'amour.

Posté par Zorglub34 à 11:19 - Prospective - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1