12 février 2008
Les victimes et la sanction pénale
Hier, encore une fois, nous avons pu assister par le truchement du petit écran à la révolte des familles suite au verdict rendu dans l'affaire de la passerelle du Queen Mary II.
Le chute d'une passerelle d'accès au Queen Mary II le 15 novembre 2003 sur le chantier de Saint-Nazaire a causé 16 morts et 29 blessés. Evènement assez exceptionnel, la presse avait largement profité de l'émotion provoquée par la disproportion entre la masse gigantesque du navire et les petites vies arrachées tandis qu'elles venaient prendre un moment de rêve.
Une longue instruction a suivi, tâchant de démêler les responsabilités entre le Chantier de l'Atlantique de Saint-Nazaire et la société Endel, constructeur de la passerelle défaillante. D'un côté les Chantiers de l'Atlantique s'en remettaient à la responsabilité d'Endel quant à un défaut de structure de la passerelle, et de l'autre côté, la société Endel spécifiait n'avoir jamais fourni cette passerelle pour accueillir du public, mais pour permettre l'accès à bord de marchandises et de matériel, et que donc, les Chantiers de l'Atlantique auraient détourné l'objet de sa destination initiale.
Toujours est-il que le Tribunal Correctionnel de Saint-Nazaire a rendu son verdict hier et a condamné les deux sociétés solidairement au titre d'un défaut d'organisation dans la chaîne des contrôles pour les Chantiers de l'Atlantique et pour un défaut dans les règles de l'art de la construction de la passerelle pour Endel. Les deux sociétés sont condamnées pénalement à une amende de 177 500 € chacune, et au paiement de 9 500 000 € au titre des dommages et intérêts pour les victimes. Par contre, le Tribunal n'a reconnu aucune responsabilité individuelle et a prononcé la relaxe de tous les salariés mis en examen.
Et c'est là que l'émoi des familles se fait connaître, n'hésitant pas à insulter la justice, à parler de "parodie de justice", constatant que par le jugement la justice admet "que personne n'a tué" leur famille, que ce n'est donc "la faute de personne".
Voilà le problème d'un déficit d'explication des décisions judiciaires, ce que la presse audio-visuelle se garde bien de faire pour continuer à jouer sur la corde sensible bien plus vendeuse que la fibre de l'intelligence.
D'une part, il y a bien eu une condamnation. Les deux sociétés sont condamnées au versement de 177 500 €. Ça c'est l'aspect pénal. Cet aspect ne concerne que la justice. C'est la réponse de la société au trouble social créé par l'infraction. C'est une affaire entre les mis en examen et la justice. La difficulté de distinguer entre les différents intérêts, c'est que lors du procès, les victimes, partie civiles, sont aussi des témoins au procès pénal, afin que le Tribunal apprécie le trouble social. Par la même occasion il apprécie le dommage civil et lors de la procédure, les deux choses ne sont pas assez différenciées.
D'un autre côté, les deux sociétés sont condamnées au versement de plus de 9 500 000 €. Ce n'est pas une somme anodine, soit 211 000 € par victime. C'est une condamnation très lourde que les deux sociétés n'entendent pas contester. Le Tribunal, par application d'une loi récente sur les responsabilités pénales des salariés a retenu qu'aucune faute prise individuellement n'avait causé le dommage, et que seul le concours de plusieurs d'entre elles a pu provoquer le drame. S'il ne retient pas la responsabilité individuelle, il insiste sur la responsabilité des sociétés.
Les victimes semblent effarées par le fait qu'aucune personne physique ne soit condamnée à titre personnel et qu'en fin de compte, personne n'aille en prison tandis que leur famille repose sous terre ou sur un lit d'hôpital. Et ça, c'est très grave, car il règne un esprit de vengeance qui n'est pas à la hauteur d'une justice sereine et équilibrée. Le prison n'est pas un tribut payé au nom des victimes. Le tribunal a par ailleurs condamné les deux sociétés à un préjudice spécial "d'horreur et d'angoisse", qui ne semble être ni plus ni moins qu'un le pretium doloris ordinaire, réécrit dans le but de donner un peu plus de considération aux victimes. Mais ça ne suffit pas les victimes voudraient de la prison, aveuglément, tout comme la mère d'une des victimes de l'accident de la Volvo s'étonnait que l'automobiliste soit encore en vie, elle. Il y a certes la douleur, mais l'aveuglement n'est pas meilleur conseiller. Faut-il revenir au wergeld (prix de l'homme) des Vikings et des Francs, où, lors d'un litige de nature pénale entre deux communautés, on condamnait la communauté responsable à restituer une épouse ou un enfant perdu, à exécuter un des leurs en compensation d'un crime ?
Aucune condamnation ne peut restituer un être perdu ou estropié. Le malheur des victimes ne peut s'atténuer que par l'entourage, l'attention et l'affection des leurs. L'amour est un pansement, la haine et la rancœur sont des agents infectants.
11 février 2008
La TVA "sociale"
Rangée dans l'étagère des mauvaises idées par M. Fabius au soir du deuxième tour des élections législatives, la TVA "sociale" a pris un sérieux coup d'arrêt, au détriment de tous les avantages qu'elle aurait pu procurer.
Evidemment, quand on parle de la TVA on se heurte immédiatement au porte-monnaie de nos concitoyens qui voient d'un très mauvais œil une augmentation des prix qui s'ensuivrait automatiquement. En fait tout ceci souffre d'un manque d'explications, très bien orchestré par M. Fabius, d'ailleurs. On pourra lui reprocher l'ensemble de sa carrière, il en reste tout de même un vieux renard de la politique.
Nous avons la tendance classique de chercher l'argent qui fait défaut à nos politiques publiques dans les poches des entreprises, "là où est l'argent", comme on l'entend souvent. Alors on va taxer le travail, on va taxer la production, on va taxer telle ou telle activité particulière, on crée des fonds de participation (obligatoires, ces participations), des fonds de concours, etc. Et on se dit benoitement :
"- C'est bien, ce sont les entreprises qui payent, et pas les travailleurs."
Sauf que, quand on sait calculer un coût de revient et un prix, ça ne fonctionne pas comme ça.
Une entreprise a pour but de faire de la marge pour faire un bénéfice. Et il y a, pour chaque entreprise un taux de marge minimum en-dessous duquel elle ne doit pas vendre au risque de perdre de l'argent, et donc, à terme, mettre la clef sous la porte. Donc, quand on taxe une entreprise, elle reporte la taxe dans son coût de revient, l'intègre dans son calcul de marge, cette taxe se retrouve dans le prix de vente, et c'est en définitive le consommateur qui paye, salarié le plus souvent.
En définitive, quand on cherche la part de l'entreprise dans la contribution à l'impôt, elle s'est limitée à l'augmentation des fonds nécessaires pour continuer à faire tourner la machine en attendant que les prix de vente rattrapent la mise, et c'est le consommateur qui aura payé. Il n'aura pas vu les taux le concernant augmenter, et constatera une augmentation des prix qu'il attribuera sans hésitation à l'âpreté au gain de nos chefs d'entreprises. Voilà comment nous fonctionnons, sans considérer que ces coûts qu'on ajoute à nos entreprises sont des freins à l'emploi, à l'investissement, au développement de nos entreprises.
Et puis il y a le problème de notre sécurité sociale. La sécurité sociale est financée presque exclusivement par le travail (il y a bien les taxes sur les alcools et le tabac, mais l'état ne les transfère pas régulièrement à la Sécu). Ce sont les patrons et les salariés, selon des taux fixes, corrigés par des parts variables entre salarié et patron selon la branche ou l'entreprise, qui financent la Sécurité Sociale sur la base des salaires. Et là aussi, il y a des habitudes de langage qui faussent les réalités. On parle de brut salarial, on parle de prut patronal, mais en définitive, tout sort de la poche de l'entreprise. La part salariale, elle, est prise au salarié par la Sécu par le système du pré-compte. On déduit de la base salariale brute les cotisations selon des taux établis par les lois de financement. Mais c'est l'entreprise qui va les verser à chaque fin de trimestre.
Plus loin, les charges sociales, puisque c'est ainsi qu'il convient de les appeler, sont elles aussi intégrées dans le coût de revient, dans le taux de marge, dans le prix de vente, et donc... dans le prix TTC. Et oui, nous payons, de fait, de la TVA sur les charges sociales... sur toutes les taxes, d'ailleurs.
Si l'on y réfléchit, le salarié paye des charges sociales sur son salaire brut, et repaye ces charges dans le prix de vente de ce qu'il achète, augmentées de la part patronale et de la TVA sur ces charges, le tout empaqueté sans discernement dans le prix TTC.
Ce mécanisme a été instauré au sortir de la deuxième Guerre Mondiale dans un contexte de reconstruction nationale, le plein emploi et une démographie favorable. La démographie et la situation de l'emploi évoluant au fil des années, le système devenait moins favorable, et c'est par des ajustements des taux, des assiettes de cotisation, d'ajout de nouvelles cotisations qu'on a cherché à compenser les déficits.
La question qu'il est difficile d'aborder, c'est que le financement de la Sécurité Sociale a une influence directe sur notre économie. Chaque augmentation des cotisations a une incidence directe sur le coût du travail et le prix de vente des produits. L'emploi est de plus en plus coûteux, et le prix des marchandises ou services augmente, sans que les salaires suivent nécessairement.
C'en est au point où le système scie la branche sur laquelle il est assis. Dans un contexte d'économie désormais internationale, les entreprises délocalisent leur production vers des pays à moindre coût salarial pour obtenir un prix de revient compétitif à l'international, et chaque emploi transféré à l'étranger est synonyme de besoins supplémentaires en cotisations sociales pour payer les indemnités des chômeurs ou les pensions des pre-retraités. Il devient alors nécessaire d'augmenter les cotisations ou de baisser les indemnités ou des pensions, des prestations de la Sécurité Sociale. Ça aggrave encore le problème de la compétitivité des entreprises françaises par rapport à la concurrence mondiale. C'est un cercle vicieux. La solidarité sociale est financée par un système qui lui nuit. Quel paradoxe !
C'est là que l'intérêt de la TVA se montre. Nous venons de voir que, de fait, nous payons tous dans les produits que nous achetons la solidarité sociale, mais que parallèlement, cela nuit à l'emploi. Tous les produits ? Non, pas les produits importés. Lorsque nous achetons des produits étrangers, ceux-ci ne participent pas à la solidarité sociale. Nous ne payons que de la TVA. L'écart s'accroissant, nous achetons de plus en plus de produits étrangers au détriment des produits nationaux, au point où 40 milliards d'Euros sont partis à l'étranger cette année (chiffre de la balance commerciale de 2007). Non seulement ça nous nuit, mais ça enrichit nos voisins !
Alors, quel intérêt ?
La TVA "sociale" ne peut avoir d'intérêt que si elle est une manière de compenser les charges sociales sur les salaires. Une augmentation de la TVA seule ne peut avoir aucune influence bénéfique sur notre économie, sauf, peut-être, pour le budget de l'état, et encore...
Evidemment, soit on réduit les charges salariales, et ça ne se traduit que par une amélioration du pouvoir d'achat des salariés. Les sommes précomptées étant moindres, les déductions sur le salaire brut sont donc moindres, le salaire net augmente. Mais l'avantage pour les entreprises n'est pas réel. Seul l'effet d'une augmentation du pouvoir d'achat peut participer à relancer quelque peu l'économie, mais ce ne serait pas suffisant.
Il faudrait aussi reduire les cotisations patronales. Là, le risque est que les entreprises ne baissent pas leur prix, et se mettent la différence en poche. Ce risque est effectivement réel. Sauf que dans une économie mondiale concurrentielle, le premier qui baisse les prix en répercutant la baisse peut remporter un marché, et obliger ses concurrents à suivre. Il est également fort problable que les entreprises partagent les gains entre le marché et les actionnaires. L'Allemagne a démontré l'an dernier l'efficacité de la mesure en retrouvant un excédent de la balance commerciale dès la première année.
L'intérêt est de faire baisser les prix de revient de nos produits. A salaire constant, si l'on diminue les charges sociales, on diminue le prix de revient. L'intêret est poour les entreprises qui exportent. Elles auraient le double avantage de vendre moins cher, donc de remporter plus de marchés, donc de se développer, donc de diminuer aussi nos besoins en cotisations sociales. Par ailleurs, les entreprises qui exportent ne sont pas soumises à la TVA, mais celles qui importent payent la TVA. Ce seraient ainsi les entreprises importatrices qui participeraient plus activement à notre solidarité, au lieu de la détruire.
Evidemment, l'argument selon lequel la TVA est injuste pourrait porter. Mais si l'on songe que les assurances, les loyers, la médecine, les crédits sont exempts de TVA, que l'alimentaire et les médicaments sont soumis à des taux réduits (qui échapperaient à cette hausse de la TVA), il faut comprendre que les personnes les plus en difficulté en subiraient moins les effets. Est-il normal de ne faire supporter la solidarité sociale que par ceux qui travaillent, sans demander la contribution de ceux qui profitent du système : ceux qui consomment ? Nous avons une dette qui représente plus de 25 000 € par français, il va falloir songer un jour à la rembourser, et pas seulement au détriment de ceux qui travaillent. Ne vaut-il pas mieux taxer le chiffre d'affaire indirectement avec la TVA que taxer le travail des salariés ?
On nous parle souvent des démocraties scandinaves qui ont un fort taux d'imposition comme modèle social. Oui, ils payent beaucoup d'impôts, mais pas sur le travail : sur la consommation. Ils ont un important impôt sur le revenu : ça handicape moins leurs entreprises.
Songeons que les salaires représentent, en moyenne, 36 % du coût de revient d'un produit. Les charges sur les salaires représentent environ 40 % du brut patronal. Dans le prix de revient, les charges salariales représentent donc : 0,36 X 0,40 = 0,14 soit 14 % du prix de revient. Ainsi, pour 1 point de baisse de charges de salaire, il ne faudrait que 0,14 point de hausse de la TVA pour compenser les besoins. Le salarié, gagnerait 0,5 point de salaire en plus (si la baisse des charges est partagée moitié-moitié entre charges patronales et salariales), et ne payerait que 0,14 points de TVA supplémentaire. Un gain net de 0,36 points.
Par ailleurs, les entreprises payeraient plus d'impôt sur les sociétés puisque l'idée de la mesure est de leur permettre de vendre mieux, et les salariés payeraient sans doute un peu plus d'Impôt sur le Revenu. Donc le bilan pour l'état serait meilleur.
Il est nécessaire que la mesure soit appliquée progressivement afin de ne pas perturber le marché de manière trop brutale, mais de manière significative pour que les entreprises et le salariés y aient un avantage.
Reste à trouver l'équipe politique capable de poser le débat, et qui ait le courage politique d'affronter les huées auxquelles il faut s'attendre, en ayant le soin d'apporter les explications nécessaires...
06 février 2008
Libéralisme
Libéralisme, le mot qui fait honte, le mot qui cumule à lui seul toutes les plaies de l'Occident. La pauvreté, le chômage, la misère sous toutes ses formes seraient les conséquences directes du libéralisme source de précarité, source d'inquiétude, synonyme d'avenir bouché et d'espoir anéanti. Libéralisme, avantage accordé aux entreprises pour qu'elles puissent continuer de saper le système social en préservant leurs dividendes.
On lui accole souvent le préfixe "ultra-" dès fois que les idées précitées ne soient pas assez bien perçues, et ce préfixe qui fait appel aux sentiments les plus radicaux, extrêmistes même, accompagne le fantasme de l'horreur ultime de l'écrasement des masses populaires et salariées vendues aux impératifs d'un marché inhumain. Voilà les conceptions communes du libéralisme dans notre pays.
Or, hormis Alain Madelin (et encore), il n'y a pas le moindre libéral dans la classe politique française. Quelle curiosité tout de même ! Nous avons d'un côté les socialistes en train d'essayer de faire leur rupture idéologique avec le marxisme et la lutte des classes, et les anti-capitalistes, arc-boutés sur les concepts néfastes de "capital" et ses corrolaires (dividendes, actionnaires et actions, etc...). De l'autre côté, nous avons les modérés, tels François Bayrou, autrefois Valery Giscard d'Estaing, Raymond Barre, attachés à l'idée de démocratie sociale, dans laquelle l'état est un régulateur actif. Et puis il y a la nouvelle droite, dite décomplexée, réalistes sur les points à améliorer, mais qui ont du mal à quitter la conception de l'état jacobin centralisateur, toujours enclins à ajouter des tuyaux à l'usine à gaz pour tenter d'améliorer le rendement, mais toujours avec un système où l'état contrôle, définit les règles et pas seulement le cadre, intervient toujours.
Car le libéralisme, ce n'est pas la favorisation des entreprises au détriment des salariés, c'est l'absence d'intervention de l'état dans le marché. Les libéraux réclament des règles pour définir un cadre, et souhaitent que l'état les laisse se débrouiller pour organiser le marché, qu'on cesse de leur imposer la courbure de la banane, la couleur de l'endive, la taille de la courgette ou la hauteur de l'interrupteur. Les libéraux demandent qu'on les laisse travailler et qu'on les sanctionne en cas de faute, et pas qu'on leur demande de passer leur temps à remettre aux normes des installations tous les trois ans parce qu'un salarié s'est blessé à Trifouillis-les-Oies. Normes qui, par ailleurs, ont du mal à être respectées tellement elles sont changeantes, compliquées, onéreuses, inadaptées à certaines activités. On dépense de l'argent pour mettre aux normes, on en dépense encore pour contrôler, et de fait nous n'avons pas moins ni plus d'inconvénients que nos concurrents plus libéraux. Ça coûte simplement plus cher pour faire pareil qu'ailleurs.
Les libéraux pensent que le meilleur appareil de redistribution des richesses, ce n'est pas l'état, mais le marché. Alors que l'état montre son impuissance à redistribuer la richesse parce que d'une part il se sert au passage, et que d'autre part, il est incapable de réagir dans un temps adapté, les libéraux pensent que le marché est plus démocratique et plus juste. Il est plus démocratique puisqu'il est le fruit des volontés du plus grand nombre, plus juste parce que le marché sait toujours accorder le rapport valeur/intérêt (à condition qu'on ne vienne pas le fausser avec des règles provenant du pouvoir), et parce que la liberté prévaut toujours.
Dans notre conception française, libéralisme rime avec "loi du plus fort", "chômage", "délocalisations". Sauf qu'étant l'état le moins le moins libéral, nous avons plus de problèmes que nos concurrents... Nos entreprises connaissent des entraves au développement du fait de contraintes administratives, d'un coût initial de développement important en raison des normes très précises, accompagné d'un risque juridique élevé. Si l'on rajoute une taxation importante du travail et des bénéfices, les entreprises y réfléchissent à deux fois avant de s'étendre. C'est globalement le résultat des réflexions de la commission Attali, rapport rejeté par les anti-libéraux d'une moue de dégoût à la hauteur de l'incompatibilité des conclusions avec leur doctrine. Encore une fois, c'est un rejet par une posture et non par une réflexion. On s'est acharné sur les taxis ou les départements, comme si deux mesures discutables suffisaient à enterrer les 314 autres sans débat.
Dans les pays libéraux, tels les USA ou l'Angleterre, il y a aussi des règles et des contrôles. Des agences privées contrôlent les pratiques des entreprises, des accords de bonne conduite sont conclus entre les entreprises et les associations de défense des consommateurs, et les litiges se règlent devant les tribunaux. Ces pays pratiquent le contrôle a posteriori, c'est à dire une fois que le problème surgit. Nous procèdons au contrôle a priori, sur le simple respect de normes, même lorsqu'il n'y a pas de litige ou de dommage avec un tiers. Nos entreprises calculent leur risque en fonction des amendes encourrues, tandis que les entreprises américaines prennent leur précautions pour éviter une condamnation à des sommes redhibitoires pour la survie de l'entreprise. Ces condamnations sont tellement importantes que les entreprises interviennent en définitive a priori, et celà leur évite de faire n'importe quoi. Le libéralisme, ce n'est pas l'anarchie. Le marché, et la liberté laissée à l'initiative privée, crée lui-même ses contrôles, ses équilibres.
Aux USA, la recherche est financée pour l'essentiel par le privé, tandis que la nôtre, financée par l'état peine à progresser. Le grand nombre de cerveaux exilés en témoigne. Et le nombre de Prix Nobel récoltés par chacun montre de quel côté se situe l'efficacité. L'existence de la Croix-Rouge, des Restos du Coeur, des Compagnons d'Emmaüs, de la ONCE en Espagne démontrent chaque jour et chaque année que le privé est mieux à même que l'état d'apporter des solutions adaptées et souples, y compris dans le champ de la solidarité, qui est pourtant notre cheval de bataille en France. Les fonds de pension américains permettent aux salariés (et anciens salariés) de bénéficier des fruits de la croissance des entreprises, tandis que nous taxons le travail pour payer d'une génération à l'autre les pensions de nos aînés, en subissant les effets démographiques et des aléas de la croissance ou de l'emploi. Nous aurions pu avoir les nôtres en 1995, mais nous avons préféré laisser le soin aux salariés américains de bénéficier de nos efforts par esprit de justice. Nous aurions pu avoir nos fonds de pension se payant sur le fruit de notre propre travail, ce que réclament les syndicats et les anti-libéraux, mais ils les ont refusés par principe. En attendant, les vieux de Miami vivent très bien sur le dos salariés français (entre autres) qui s'échinent au passage à payer aussi les retraites de leurs vieux. Tout autant de sujets impensables en France.
Alors évidemment, il ne s'agit pas de faire un USA-bis à partir des préceptes libéraux. En toute chose, la modération est salutaire. Mais qu'on cesse de parler de libéralisme en France, il n'y en a pas ! En revanche, que les chefs d'entreprises prêchent pour leur paroisse, ça vous paraît anormal ?
04 février 2008
Volvo : coup de frein sur la justice
Le 17 juin 1999, dans une rue à forte pente de Wasselonne (Bas-Rhin), une automobiliste perdait le contrôle de son break Volvo, fauchant trois personnes dont deux y perdent la vie.
L'automobiliste effarée par cet accident clame son innocence, et soutient qu'elle a connu un problème de freins, la pédale ne répondant pas à sa sollicitation. Une querelle d'experts a eu lieu sur le point de savoir si le système de freinage sur la Volvo 850 TDi break automatique était fiable ou non, le constructeur affirmant sa parfaite fiabilité, deux autres conducteurs venant témoigner d'un défaut similaire lorsque le véhicule se trouve dans une forte pente.
Il se trouve que par ailleurs, Volvo a porté de profondes modifications sur le système de freinage depuis lors. On ne peut pas pour autant considérer ces modifications comme une aveu de culpabilité, mais plutôt comme une réponse "par précaution".
Toujours est-il que le Tribunal Correctionnel de Saverne a condamné Volvo comme principal responsable de l'accident qui a coûté la vie à deux enfants de 9 et 10 ans en 1999, infligeant une peine de 200 000 € d'amende à la firme suédoise sur le chef d'homicide involontaire.
Mais voilà que la conductrice est elle aussi condamnée à six mois de prison avec sursis, un an de suspension du permis de conduire et 300 € d'amende au titre de ... défaut de maîtrise du véhicule.
Et ça, c'est la parfaite contradiction de motifs. De deux choses l'une :
- soit le système de freinage de la Volvo était défaillant, et Volvo est condamnée à l'exclusion de la conductrice qui ne peut raisonnablement pas prévoir que ses freins vont lâcher, la défaillance ayant pour elle le caractère de force majeure (imprévisible, irréductible, extérieure). Que le juge réfléchisse in concreto à la manière de maîtriser un véhicule sans frein.
- soit le système de freinage était fiable, et la conductrice doit être condamnée pour homicide involontaire à l'exclusion de Volvo.
Mais parvenir à condamner les deux, c'est soit la volonté de ne pas partager les torts et de condamner tout le monde en bloc, soit la volonté de satisfaire la sécurité routière et les familles de victimes à la fois (famille écœurée du fait que la conductrice soit en liberté, voire en vie), mais ce n'est pas un avis fondé en droit. On dirait que désormais, sur le simple résultat de l'accident, sans discerner des fautes existant ou pas, une condamnation est prononcée. Peu importent les circonstances.
Un camarade de régiment, sur une route départementale secondaire des environs de Sarrebourg, avait glissé à la sortie d'un virage et sa voiture s'était retrouvée dans le champ voisin, embourbée. Le temps d'aller chercher des secours (en l'occurence un tracteur) pour se tirer de ce mauvais pas, un papillon bleu venait sanctionner "un défaut de maîtrise" avec 600 F à la clef à l'époque. De la même manière, un camion couché sur le bas-côté de l'entrée d'un transporteur était orné du papillon bleu du "défaut de maîtrise".
Est-ce que l'accident n'est pas assez ennuyeux pour ne pas subir en plus une sanction ? Est-ce que les gens cherchent l'accident au point qu'il faille créer une infraction pour que les gens n'aient pas d'accident ? Quelle est cette justice qui sanctionne aveuglément des gens qui subissent une situation ?
02 février 2008
Une claque qui porte
Un gamin fait la forte tête, insulte son prof, prend une claque et se fait remuer à juste titre, et c'est son prof qui se retrouve en garde à vue, mis en examen pour "violences volontaires aggravées" et sera jugé en mars.
Voilà bien une évolution malheureuse de nos conceptions de l'éducation. Trente ans plus tôt, personne n'aurait songé à mettre en cause le professeur, et pour bien des enfants, la claque du professeur aurait signifié un doublement du tarif à la maison.
Une cohorte d'institutionnels, en particulier le Procureur de la République, n'ont pas hésité à parler de déchaînement de violence, soulevant un hypothétique problème d'alcool, évoquant même la consommation d'une demi-bouteille la veille. Une demi-bouteille de quoi, on ne sait pas. Et pourtant entre une demi-bouteille de bière et une demi-bouteille de whisky, la différence est énorme. Toute la chaîne de protection de l'enfance s'érige contre cette gifle, permettant à l'enfant de croire qu'il peut se comporter n'importe comment, et qu'il ne risque rien. Heureusement, les enseignants du collège, des parents, d'autres élèves apportent leur soutient à cet enseignant considéré comme "autoritaire mais juste". D'autres au contraire, parlent d'un enseignant maniaque de l'ordre. Voilà bien la problématique : quelles sont les limites de l'autorité et de l'éducation sans douleur ?
Je me souviens d'une visite de ma mère à mon institutrice quand j'étais au CE2. Elle est allée trouver mon enseignante car elle me trouvait agité à la maison, et voulait confronter son avis avec celui de la maîtresse. Or celle-ci a blêmi à la venue de ma mère, se tordant dans ses petits souliers en attendant les récriminations à son endroit. Mais dans la conversation, ma mère glisse :
"- Vous savez, s'il est insupportable, n'hésitez pas ! Vous pouvez le gifler en cas de besoin"
La maîtresse, recouvrant ses couleurs :
- Ah ? Il ne vous a pas dit ?
- Pas dit quoi ?
- Ben justement, ... hier,... il n'a pas été très sage, et j'ai été obligée de lui mettre une claque.
Ma mère se tournant vers moi :
- La maîtresse t'a mis une gifle hier ?
Moi, ne pouvant nier, et du bout des lèvres, regardant piteusement mes chaussures :
- oui ...
Et vlan, sans autre forme de procès, une autre claque venait approuver la sanction, tandis que la maîtresse retrouvait son sourire.
Pour mes parents, la maîtresse avait raison parce qu'elle est la maîtresse, sans discussion possible. Et pour ma part, je m'étais bien gardé de confier à mes parents la gifle reçue, sûr du résultat. Et si d'aventure je m'étais permis le "Connard" que l'élève a sorti, mon père m'aurait ramené à l'école par la peau des fesses pour que je présente publiquement mes excuses au prof.
Mais c'est l'inverse qui se produit. Un fils de gendarme mal élevé est protégé par son père qui devrait pourtant connaître les règles de la discipline qui sont elles aussi en vigueur dans la caserne. Comme a dit Luc Ferry sur RTL : "ça serait plutôt aux parents de présenter leurs excuses à l'enseignant". Oui, s'excuser de l'impolitesse de cet enfant, du manque de respect, de leur échec sur un point d'éducation.
Oh, j'entends déjà les récriminations des personnes favorables à l'éducation sans violence, celle qui fait perdre des heures de palabres là où une claque règle tout en trente secondes, et qui fait faire de la discipline dans les classes à la place des cours. Combien de fois peut-on voir des parents, dans les salles d'attente, dans les magasins, les super-marchés, dire à leur enfant "ne fais pas ça", sans que l'enfant ne s'en émeuve plus que ça. On en voit même souvent qui continuent leur bêtise rien que pour vérifier qu'il ne leur arrivera rien d'autre qu'une petite remontrance. En le manège dure : "ne fais pas ça, je t'ai dit", et le gamin continue, achève sa bêtise et ça se termine par : " je t'avais dit de ne pas faire ça. Tu sais que maman n'aime pas quand tu fais des bêtises". Vous pensez bien que l'enfant s'en tape. Le "métier" d'un enfant, c'est de trouver des limites pour se construire. Quand les limites sont si faibles, comment voulez-vous qu'il les trouve les limites ? Alors il va plus loin la fois suivante, histoire de voir si la limite est là.
Pourrait-on corréler ceci aux nombreux problèmes que rencontrent les adolescents et dont tout le monde s'accorde à dire qu'ils manquent de repère ? Evidemment, on lie ça à la société, histoire de dédouaner les parents. Mais ce sont eux qui sont en cause !
J'ai un ami qui a un fils de 5 ans et qui est une véritable terreur. Son père est en déplacement de deux à cinq jours par semaine. Quand papa n'est pas là, il file doux avec maman. Maman, quand elle a dit non, il ne faut pas lui faire dire trois fois. Le troisième non s'accompagne d'une fessée, et l'enfant obtempère avant. Quand Papa est là, le petit fait littéralement ce qu'il veut. J'en ai discuté avec le père qui m'a fait deux objections :
- je ne suis pas là de la semaine, je ne veux pas rentrer le week-end uniquement pour faire le père fouettard, j'ai envie de profiter de mes enfants.
- regarde, toi, tes parents ont été sévères avec toi, est-ce que tu voudrais infliger ça à ton fils ?
Ceci, à mon sens explique très bien le déficit d'éducation, et en particulier des pères. On n'est pas un père que le week-end, on l'est toute la semaine, même absent. Et on ne profite pas de ses enfants, ce ne sont pas des jouets ou des animaux, ou des amis de passage. Il faut les éduquer tous les jours, quelles que soient les circonstances. Au préalable, il faut avoir instauré sa propre autorité, afin que, même absent, l'enfant redoute l'autorité parentale, qu'elle qu'en soit le bord, Papa ou Maman. Là, l'enfant se retranche derrière son père lorsque la mère est en phase d'autorité. Ce qui cause des conflits même entre les parents. Le petit en est même au point où il teste son père en faisant volontairement des bêtises, avec un regard provocant qui m'aurait valu à lui seul une gifle. Le père a beau lui dire "non", l'enfant va au bout de son geste, et rien ne vient le sanctionner. Au contraire, son père lui alors trouve une activité pour qu'il soit sage. Donc la bêtise est une source de récompense. Le monde à l'envers, avec les meilleures intentions du monde. Un jour, cet ami a confié, le temps d'une après-midi son fils à un autre de mes amis, sans enfant lui. Le petit a voulu faire son mariole, mais mon ami n'a pas cédé au manège et le petit a été obéissant toute l'après-midi. Au retour de son père, le petit lui a sauté au cou en lui disant :
- Je suis content que tu reviennes, ici c'est pas comme avec toi, je peux pas faire ce que je veux.
Tout est dit. L'enfant sait les limites, il les a parfaitement comprises. Pourquoi ? Parce qu'il a compris que s'il n'obtempérait pas il risquait une sanction simple et efficace : une fessée au pire, une sévère engueulade au mieux. Il n'en a même pas reçu une seule, la menace étant certaine, ça lui a suffi. A l'inverse, avec son père, il sait qu'il ne risque rien.
Pour son second argument, je m'étonne toujours... Mes parents ont été parfois sévères, certes. Mais pour l'essentiel, ils ont été justes, et j'avoue que je leur en ai fait baver. J'ai pris quelques claques un peu fortes quelques fois, c'est vrai. Mais entre "trop fort" et rien du tout, il y a toute une palette de comportements possibles. Je vois dans cet argument, le même esprit que celui des prosélytes de l'éducation sans contrainte : ils n'ont pas accepté celle qu'ils ont subie, pire, ne l'ont pas encore comprise, et se comportent en totale réaction, agissant à l'opposé complet. Il y a finalement autant de "névroses" au bout, elles sont juste symétriques, si j'ose dire.
Je suis heureux qu'un mouvement collectif vienne en soutien du malheureux prof. J'espère que les syndicats de l'enseignement, d'ordinaire tellement enclins à faire appel à la solidarité, viendront en aide à ce prof. Je suis heureux des trois jours d'exclusions infligés à l'enfant, et je trouve que c'est pas cher payé. Je souhaite que le prof soit purement et simplement relaxé. J'espère que cet incident sera l'occasion de remettre à plat les principes d'éducation sans douleur, qui montrent chaque jour leur limite.