Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

06 février 2008

Libéralisme

Libéralisme, le mot qui fait honte, le mot qui cumule à lui seul toutes les plaies de l'Occident. La pauvreté, le chômage, la misère sous toutes ses formes seraient les conséquences directes du libéralisme source de précarité, source d'inquiétude, synonyme d'avenir bouché et d'espoir anéanti. Libéralisme, avantage accordé aux entreprises pour qu'elles puissent continuer de saper le système social en préservant leurs dividendes.
On lui accole souvent le préfixe "ultra-" dès fois que les idées précitées ne soient pas assez bien perçues, et ce préfixe qui fait appel aux sentiments les plus radicaux, extrêmistes même, accompagne le fantasme de l'horreur ultime de l'écrasement des masses populaires et salariées vendues aux impératifs d'un marché inhumain. Voilà les conceptions communes du libéralisme dans notre pays.

Or, hormis Alain Madelin (et encore), il n'y a pas le moindre libéral dans la classe politique française. Quelle curiosité tout de même ! Nous avons d'un côté les socialistes en train d'essayer de faire leur rupture idéologique avec le marxisme et la lutte des classes, et les anti-capitalistes, arc-boutés sur les concepts néfastes de "capital" et ses corrolaires (dividendes, actionnaires et actions, etc...). De l'autre côté, nous avons les modérés, tels François Bayrou, autrefois Valery Giscard d'Estaing, Raymond Barre, attachés à l'idée de démocratie sociale, dans laquelle l'état est un régulateur actif. Et puis il y a la nouvelle droite, dite décomplexée, réalistes sur les points à améliorer, mais qui ont du mal à quitter la conception de l'état jacobin centralisateur, toujours enclins à ajouter des tuyaux à l'usine à gaz pour tenter d'améliorer le rendement, mais toujours avec un système où l'état contrôle, définit les règles et pas seulement le cadre, intervient toujours.
Car le libéralisme, ce n'est pas la favorisation des entreprises au détriment des salariés, c'est l'absence d'intervention de l'état dans le marché. Les libéraux réclament des règles pour définir un cadre, et souhaitent que l'état les laisse se débrouiller pour organiser le marché, qu'on cesse de leur imposer la courbure de la banane, la couleur de l'endive, la taille de la courgette ou la hauteur de l'interrupteur. Les libéraux demandent qu'on les laisse travailler et qu'on les sanctionne en cas de faute, et pas qu'on leur demande de passer leur temps à remettre aux normes des installations tous les trois ans parce qu'un salarié s'est blessé à Trifouillis-les-Oies. Normes qui, par ailleurs, ont du mal à être respectées tellement elles sont changeantes, compliquées, onéreuses, inadaptées à certaines activités. On dépense de l'argent pour mettre aux normes, on en dépense encore pour contrôler, et de fait nous n'avons pas moins ni plus d'inconvénients que nos concurrents plus libéraux. Ça coûte simplement plus cher pour faire pareil qu'ailleurs.
Les libéraux pensent que le meilleur appareil de redistribution des richesses, ce n'est pas l'état, mais le marché. Alors que l'état montre son impuissance à redistribuer la richesse parce que d'une part il se sert au passage, et que d'autre part, il est incapable de réagir dans un temps adapté, les libéraux pensent que le marché est plus démocratique et plus juste. Il est plus démocratique puisqu'il est le fruit des volontés du plus grand nombre, plus juste parce que le marché sait toujours accorder le rapport valeur/intérêt (à condition qu'on ne vienne pas le fausser avec des règles provenant du pouvoir), et parce que la liberté prévaut toujours.

Dans notre conception française, libéralisme rime avec "loi du plus fort", "chômage", "délocalisations". Sauf qu'étant l'état le moins le moins libéral, nous avons plus de problèmes que nos concurrents... Nos entreprises connaissent des entraves au développement du fait de contraintes administratives, d'un coût initial de développement important en raison des normes très précises, accompagné d'un risque juridique élevé. Si l'on rajoute une taxation importante du travail et des bénéfices, les entreprises y réfléchissent à deux fois avant de s'étendre. C'est globalement le résultat des réflexions de la commission Attali, rapport rejeté par les anti-libéraux d'une moue de dégoût à la hauteur de l'incompatibilité des conclusions avec leur doctrine. Encore une fois, c'est un rejet par une posture et non par une réflexion. On s'est acharné sur les taxis ou les départements, comme si deux mesures discutables suffisaient à enterrer les 314 autres sans débat.
Dans les pays libéraux, tels les USA ou l'Angleterre, il y a aussi des règles et des contrôles. Des agences privées contrôlent les pratiques des entreprises, des accords de bonne conduite sont conclus entre les entreprises et les associations de défense des consommateurs, et les litiges se règlent devant les tribunaux. Ces pays pratiquent le contrôle a posteriori, c'est à dire une fois que le problème surgit. Nous procèdons au contrôle a priori, sur le simple respect de normes, même lorsqu'il n'y a pas de litige ou de dommage avec un tiers. Nos entreprises calculent leur risque en fonction des amendes encourrues, tandis que les entreprises américaines prennent leur précautions pour éviter une condamnation à des sommes redhibitoires pour la survie de l'entreprise. Ces condamnations sont tellement importantes que les entreprises interviennent en définitive a priori, et celà leur évite de faire n'importe quoi. Le libéralisme, ce n'est pas l'anarchie. Le marché, et la liberté laissée à l'initiative privée, crée lui-même ses contrôles, ses équilibres.
Aux USA, la recherche est financée pour l'essentiel par le privé, tandis que la nôtre, financée par l'état peine à progresser. Le grand nombre de cerveaux exilés en témoigne. Et le nombre de Prix Nobel récoltés par chacun montre de quel côté se situe l'efficacité. L'existence de la Croix-Rouge, des Restos du Coeur, des Compagnons d'Emmaüs, de la ONCE en Espagne démontrent chaque jour et chaque année que le privé est mieux à même que l'état d'apporter des solutions adaptées et souples, y compris dans le champ de la solidarité, qui est pourtant notre cheval de bataille en France. Les fonds de pension américains permettent aux salariés (et anciens salariés) de bénéficier des fruits de la croissance des entreprises, tandis que nous taxons le travail pour payer d'une génération à l'autre les pensions de nos aînés, en subissant les effets démographiques et des aléas de la croissance ou de l'emploi. Nous aurions pu avoir les nôtres en 1995, mais nous avons préféré laisser le soin aux salariés américains de bénéficier de nos efforts par esprit de justice. Nous aurions pu avoir nos fonds de pension se payant sur le fruit de notre propre travail, ce que réclament les syndicats et les anti-libéraux, mais ils les ont refusés par principe. En attendant, les vieux de Miami vivent très bien sur le dos salariés français (entre autres) qui s'échinent au passage à payer aussi les retraites de leurs vieux. Tout autant de sujets impensables en France.

Alors évidemment, il ne s'agit pas de faire un USA-bis à partir des préceptes libéraux. En toute chose, la modération est salutaire. Mais qu'on cesse de parler de libéralisme en France, il n'y en a pas ! En revanche, que les chefs d'entreprises prêchent pour leur paroisse, ça vous paraît anormal ?

Posté par Zorglub34 à 15:47 - Prospective - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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