Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

02 février 2008

Une claque qui porte

Un gamin fait la forte tête, insulte son prof, prend une claque et se fait remuer à juste titre, et c'est son prof qui se retrouve en garde à vue, mis en examen pour "violences volontaires aggravées" et sera jugé en mars.
Voilà bien une évolution malheureuse de nos conceptions de l'éducation. Trente ans plus tôt, personne n'aurait songé à mettre en cause le professeur, et pour bien des enfants, la claque du professeur aurait signifié un doublement du tarif à la maison.
Une cohorte d'institutionnels, en particulier le Procureur de la République, n'ont pas hésité à parler de déchaînement de violence, soulevant un hypothétique problème d'alcool, évoquant même la consommation d'une demi-bouteille la veille. Une demi-bouteille de quoi, on ne sait pas. Et pourtant entre une demi-bouteille de bière et une demi-bouteille de whisky, la différence est énorme. Toute la chaîne de protection de l'enfance s'érige contre cette gifle, permettant à l'enfant de croire qu'il peut se comporter n'importe comment, et qu'il ne risque rien. Heureusement, les enseignants du collège, des parents, d'autres élèves apportent leur soutient à cet enseignant considéré comme "autoritaire mais juste". D'autres au contraire, parlent d'un enseignant maniaque de l'ordre. Voilà bien la problématique : quelles sont les limites de l'autorité et de l'éducation sans douleur ?

Je me souviens d'une visite de ma mère à mon institutrice quand j'étais au CE2. Elle est allée trouver mon enseignante car elle me trouvait agité à la maison, et voulait confronter son avis avec celui de la maîtresse. Or celle-ci a blêmi à la venue de ma mère, se tordant dans ses petits souliers en attendant les récriminations à son endroit. Mais dans la conversation, ma mère glisse :
"- Vous savez, s'il est insupportable, n'hésitez pas ! Vous pouvez le gifler en cas de besoin"
La maîtresse, recouvrant ses couleurs :
- Ah ? Il ne vous a pas dit ?
- Pas dit quoi ?
- Ben justement, ... hier,... il n'a pas été très sage, et j'ai été obligée de lui mettre une claque.
Ma mère se tournant vers moi :
- La maîtresse t'a mis une gifle hier ?
Moi, ne pouvant nier, et du bout des lèvres, regardant piteusement mes chaussures :
- oui ...
Et vlan, sans autre forme de procès, une autre claque venait approuver la sanction, tandis que la maîtresse retrouvait son sourire.

Pour mes parents, la maîtresse avait raison parce qu'elle est la maîtresse, sans discussion possible. Et pour ma part, je m'étais bien gardé de confier à mes parents la gifle reçue, sûr du résultat. Et si d'aventure je m'étais permis le "Connard" que l'élève a sorti, mon père m'aurait ramené à l'école par la peau des fesses pour que je présente publiquement mes excuses au prof.
Mais c'est l'inverse qui se produit. Un fils de gendarme mal élevé est protégé par son père qui devrait pourtant connaître les règles de la discipline qui sont elles aussi en vigueur dans la caserne. Comme a dit Luc Ferry sur RTL : "ça serait plutôt aux parents de présenter leurs excuses à l'enseignant". Oui, s'excuser de l'impolitesse de cet enfant, du manque de respect, de leur échec sur un point d'éducation.

Oh, j'entends déjà les récriminations des personnes favorables à l'éducation sans violence, celle qui fait perdre des heures de palabres là où une claque règle tout en trente secondes, et qui fait faire de la discipline dans les classes à la place des cours. Combien de fois peut-on voir des parents, dans les salles d'attente, dans les magasins, les super-marchés, dire à leur enfant "ne fais pas ça", sans que l'enfant ne s'en émeuve plus que ça. On en voit même souvent qui continuent leur bêtise rien que pour vérifier qu'il ne leur arrivera rien d'autre qu'une petite remontrance. En le manège dure : "ne fais pas ça, je t'ai dit", et le gamin continue, achève sa bêtise et ça se termine par : " je t'avais dit de ne pas faire ça. Tu sais que maman n'aime pas quand tu fais des bêtises". Vous pensez bien que l'enfant s'en tape. Le "métier" d'un enfant, c'est de trouver des limites pour se construire. Quand les limites sont si faibles, comment voulez-vous qu'il les trouve les limites ? Alors il va plus loin la fois suivante, histoire de voir si la limite est là.
Pourrait-on corréler ceci aux nombreux problèmes que rencontrent les adolescents et dont tout le monde s'accorde à dire qu'ils manquent de repère ? Evidemment, on lie ça à la société, histoire de dédouaner les parents. Mais ce sont eux qui sont en cause !
J'ai un ami qui a un fils de 5 ans et qui est une véritable terreur. Son père est en déplacement de deux à cinq jours par semaine. Quand papa n'est pas là, il file doux avec maman. Maman, quand elle a dit non, il ne faut pas lui faire dire trois fois. Le troisième non s'accompagne d'une fessée, et l'enfant obtempère avant. Quand Papa est là, le petit fait littéralement ce qu'il veut. J'en ai discuté avec le père qui m'a fait deux objections :
- je ne suis pas là de la semaine, je ne veux pas rentrer le week-end uniquement pour faire le père fouettard, j'ai envie de profiter de mes enfants.
- regarde, toi, tes parents ont été sévères avec toi, est-ce que tu voudrais infliger ça à ton fils ?
Ceci, à mon sens explique très bien le déficit d'éducation, et en particulier des pères. On n'est pas un père que le week-end, on l'est toute la semaine, même absent. Et on ne profite pas de ses enfants, ce ne sont pas des jouets ou des animaux, ou des amis de passage. Il faut les éduquer tous les jours, quelles que soient les circonstances. Au préalable, il faut avoir instauré sa propre autorité, afin que, même absent, l'enfant redoute l'autorité parentale, qu'elle qu'en soit le bord, Papa ou Maman. Là, l'enfant se retranche derrière son père lorsque la mère est en phase d'autorité. Ce qui cause des conflits même entre les parents. Le petit en est même au point où il teste son père en faisant volontairement des bêtises, avec un regard provocant qui m'aurait valu à lui seul une gifle. Le père a beau lui dire "non", l'enfant va au bout de son geste, et rien ne vient le sanctionner. Au contraire, son père lui alors trouve une activité pour qu'il soit sage. Donc la bêtise est une source de récompense. Le monde à l'envers, avec les meilleures intentions du monde. Un jour, cet ami a confié, le temps d'une après-midi son fils à un autre de mes amis, sans enfant lui. Le petit a voulu faire son mariole, mais mon ami n'a pas cédé au manège et le petit a été obéissant toute l'après-midi. Au retour de son père, le petit lui a sauté au cou en lui disant :
- Je suis content que tu reviennes, ici c'est pas comme avec toi, je peux pas faire ce que je veux.

Tout est dit. L'enfant sait les limites, il les a parfaitement comprises. Pourquoi ? Parce qu'il a compris que s'il n'obtempérait pas il risquait une sanction simple et efficace : une fessée au pire, une sévère engueulade au mieux. Il n'en a même pas reçu une seule, la menace étant certaine, ça lui a suffi. A l'inverse, avec son père, il sait qu'il ne risque rien.

Pour son second argument, je m'étonne toujours... Mes parents ont été parfois sévères, certes. Mais pour l'essentiel, ils ont été justes, et j'avoue que je leur en ai fait baver. J'ai pris quelques claques un peu fortes quelques fois, c'est vrai. Mais entre "trop fort" et rien du tout, il y a toute une palette de comportements possibles. Je vois dans cet argument, le même esprit que celui des prosélytes de l'éducation sans contrainte : ils n'ont pas accepté celle qu'ils ont subie, pire, ne l'ont pas encore comprise, et se comportent en totale réaction, agissant à l'opposé complet. Il y a finalement autant de "névroses" au bout, elles sont juste symétriques, si j'ose dire.

Je suis heureux qu'un mouvement collectif vienne en soutien du malheureux prof. J'espère que les syndicats de l'enseignement, d'ordinaire tellement enclins à faire appel à la solidarité, viendront en aide à ce prof. Je suis heureux des trois jours d'exclusions infligés à l'enfant, et je trouve que c'est pas cher payé. Je souhaite que le prof soit purement et simplement relaxé. J'espère que cet incident sera l'occasion de remettre à plat les principes d'éducation sans douleur, qui montrent chaque jour leur limite.

Posté par Zorglub34 à 13:06 - Quand il faut gueuler - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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