31 janvier 2008
La droite décomplexée
Je lisais il y a quelques jours un billet d'un blogueur faisant un portrait de la "droite décomplexée". Selon lui, la droite décomplexée est composée de "gagne-petit", de "bras-cassés", d'"envieux", serait dépourvue de neurones et j'en passe.
A la base, l'expression "droite décomplexée" me hérisse. Je ne sais pas qui est le crétin qui l'a inventée, mais il faut lui laisser une place au Panthéon de la connerie.
Bon sang, qu'est-ce qui justifierait que la droite doive être complexée ? Quel déshonneur, quel trouble social y a-t-il à être de droite, à le revendiquer sans s'en cacher ? Quelle morale imposerait de se conformer aux valeurs de gauche comme seule vertu ? A-t-on jamais entendu les gens de droite parler de "gauche crétinisée" ou "sclérosée" ? Quel honneur y a-t-il à insulter l'adversaire ? Le fait même qu'on la considère désormais décomplexée montre bien qu'elle a été conspuée par ses contradicteurs, qui sont pourtant les apôtres de la tolérance, du respect de la différence, ardents défenseurs de la démocratie et du pluralisme, incapables de discrimination. Encore une fois les discours ne sont pas étayés par les actes.
Je n'ai jamais entendu la moindre personne de droite se revendiquer de droite comme une qualité en soi, mais toujours en se référant aux valeurs qui sont les siennes : le travail, le mérite, la liberté, la responsabilité individuelle. A l'opposé, être de gauche suffit à s'offrir un sauf-conduit moral. Et c'est la droite qui serait hautaine, méprisante ?
Parce que si ça s'arretait à ça, encore. Mais il n'y a pas de politique possible que celle qui n'est pas "libérale". Dès qu'on fait une once de mouvement en faveur des entreprises on se trouve taxé de libéral, comme si ce mot était une infâmie. Il leur faut du "social". Le même social qui, dans leur conception, subventionne la pauvreté par ponction sur les riches qui, las de se faire ponctionner préfèrent aller gagner de l'argent ailleurs qu'en France. Ça fait 26 ans qu'on fait ça et que ça s'aggrave, mais ça ne fait rien, il faut continuer. Et de dire ça, c'est du populisme, voire de l'ultra-libéralisme. Jamais le moindre recul, jamais le moindre doute. Si l'on explique que les entreprises ont besoin de gagner de l'argent, on nous renvoie "les milliards d'exonérations de charges sociales qui n'ont pas empêché les délocalisations", en raisonnant pour une centaine d'entreprises de taille mondiale en se moquant des millions de PME qui pourraient se développer et absorber à elles seules le chômage. Tous les chefs d'entreprises réclament qu'on les libère un peu, et parce qu'ils sont chefs d'entreprise, ils sont systématiquement rejetés (mais il n'y a aucun ostracisme chez les gens de gauche, c'est eux qui le disent, voyons !). On ne les écoute surtout pas, dès fois qu'on leur permette de se développer et créer des emplois. Avant les emplois on pense à leurs bénéfices, mais il n'y a pas un brin de jalousie ou d'envie chez les gens de gauche, c'est eux qui l'ont dit ! Pour ma part, je ne connais pas d'entreprise qui crée des emplois sans faire de bénéfice, mais c'est du populisme ultra-libéral... Surtout n'écoutons pas ceux qui savent comment faire, et demandons plutôt à la première Madame Michu rencontrée sur le trottoir ce qu'elle en pense, elle, dès fois qu'on trouve le Prix Nobel d'économie sur le bord de la route.
Imaginez :
- J'ai mal au doigt
- Ben, desserre l'étau ...
- Ah non, c'est ultra-libéral ! Au contraire, je vais mettre un tour de plus.
Voilà le niveau.
On conspue la mondialisation, que nous sommes les seuls au monde à désigner ainsi, comme si notre problème était le reste du monde. Les autres appellent ça globalisation. Et tandis que toutes les économies du monde se mettent au diapason de l'économie mondiale, nous sommes les seuls au monde à penser que l'économie de marché est une mauvaise chose. La population mondiale a cru de presque 2 milliards d'êtres en 25 ans, faisant disparaître la famine pour un autre milliard d'humains, mais ce n'est pas suffisant parce que le français ne sait pas si son modèle social peut survivre. Le français serait prêt à demander au reste du monde de changer pour d'adapter à lui, comme Stan Laurel dans "les conscrits" faisait changer le pas du régiment pour d'adapter au sien. L'inde crée chaque année une France de cadre moyens, et le Français voudrait qu'on la freine pour payer sa sécu... 64 millions d'êtres humains contre 6 milliards 600 millions ...