28 janvier 2008
La fin du glissement à gauche
Depuis la Révolution Française, l'évolution des idées politiques a connu le phénomène du glissement à gauche. Toute idée politique nouvelle, issue généralement des forces de progrès de gauche, se voyait progressivement adoptée, de proche en proche, à l'ensemble de la classe politique. Plus personne ne remettrait en cause la République, idée pourtant à gauche en 1871 dans une Assemblée Ultra, personne ne remettrait en cause la liberté syndicale, idée de gauche en 1884 imposée par Pierre Waldeck-Rousseau, ou même les congés payés de Léon Blum et du Front Populaire en 1936, pour ne citer que ces exemples. "La politique est remplie d'utopies enfin réalisées", entend parfois ça ou là.
Par extension, les idées des forces progrès étant adoptées par l'ensemble de la classe politique, il fallait aux forces de progrès de nouvelles idées, toujours plus à gauche. On a longtemps pensé que ce mouvement ne connaîtrait sans doute pas de fin.
Le marxisme et le communisme ont été, au cours du XXè siècle des idéaux à atteindre. Pied à pied, ces mouvements sont parvenus à obtenir des acquis sociaux, créant autour d'eux une forte adhésion, jusqu'à des scores de plus de 30 % lors des premières élections d'après la seconde guerre mondiale. Même si la création du Mur de Berlin a provoqué une opposition de blocs pendant la Guerre Froide, l'élan était créé, et la dynamique, quoique ralentie par les efforts américains, persistait. Les progrès sociaux n'ont pas cessé, tirés de l'avant par les forces de progrès.
Mais voilà qu'en 1990 chute le Mur de Berlin, et surgit la révélation des atrocités pressenties par certains du régime communiste, et la réalité de l'échec de l'idéologie. Le communisme n'a fait qu'affamer, détruire, emprisonner au mépris des peuples qu'il était censé protéger. Dans sa lutte contre le capitalisme, le régime soviétique a fait comme son adversaire, mais en oubliant son peuple : une course effrénée à l'armement et à la domination du monde, voire de l'espace, mais tandis que le bloc occidental améliorait son niveau de vie, le peuple du bloc communiste souffrait et prenait du retard. Le constat fut patent : le communisme ne fonctionne pas. On peut discuter des raisons de l'échec, du détournement de l'idéal par certains à leur profit, le constat est là.
Au-delà de ce constat, c'est le but à atteindre qui a disparu. Hors du communisme, toutes les revendications socialistes ou syndicales n'étaient que des aménagements ou des corrections des inconvénients de l'économie de marché. Le communisme proposait la rupture avec le capitalisme et le marché. Que peut-on imaginer plus à gauche ?
Le résultat fut immédiatement significatif avec un effondrement rapide des scores du Parti Communiste Français, passant d'environ 15,35 % à l'époque de Georges Marchais à l'élection de 1981, à un tout petit 1,93 % pour Marie-Georges Buffet en 2007, et des résultats similaires lors des législatives, au point où il fallu abaisser le nombre de députés requis pour constituer un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale en 1993 afin de permettre au PCF de survivre.
En 1997, la gauche plurielle a fait encore illusion, prônant le partage du travail dans son projet des 35 heures. 35 heures dont les partisans imaginaient créer des emplois, ce qui ne s'est traduit que par des gains de productivité dans l'immense majorité des entreprises (rédacteur d'accords de RTT en 2000, je n'ai observé que le création de 6 emplois pour 217 entreprises). La déception fut grande, et la dispersion des forces de gauche créa le choc de du 21 avril 2002.
Et c'est depuis lors que le glissement à gauche s'est arrêté. Il n'y a plus d'idée nouvelle propre à la gauche, pas même une gauche radicale, anti-capitaliste, qui ne propose rien de nouveau, et surtout n'explique pas comment elle compte sortir du capitalisme. Dans la gauche traditionnelle, plus rien de nouveau à part les mots "plus juste", "plus social", "contre l'ultra-libéralisme". Comment ? On ne sait.
Hors de la France, les forces de progrès, syndicats en tête, ont fait leur auto-critique, et sont sortis de l'idéal marxiste. Ils acceptent l'économie de marché, et s'arragent pour en tirer les marrons du feu. Ainsi l'Allemagne, l'Espagne, l'Angleterre connaissent un dialogue social plus serein et efficace que le nôtre, stérile, arc-boûté sur des principes morts.
Le glissement à gauche a connu sa limite, c'est désormais dans le champ de l'économie de marché que doit avoir lieu le progrès.
Commentaires
Intéressante analyse
Z.
J'adhère volontiers à ton analyse. l'observation de l'évolution des mentalités est assez fine. J'ajouterais pour ma part que si le glissement à gauche semble s'être stoppé pour nombre de politique dit de "progrès", j'ai l'impression que ce glissement ne s'est toujours pas arrêté pour les forces dites "conservatrices".
GM
C'est en effet le principal changement de ces dernières années.
Les forces de progrès sont devenues conservatrices d'une part parce qu'elles sont au bout de leur idéologie, et parce qu'elles pratiquent la politique du "ça pourrait être pire". Les forces d'initiative (pour ne pas dire "de progrès") sont à droite, désormais.
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