Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

24 janvier 2008

Le droit de grève et l'intérêt de nuire à autrui

La grève de ce jour des fonctionnaires permet de mettre en place le nouveau système d'accueil des élèves lors des grèves de l'Education Nationale. Enfin un dispositif permet aux parents de ne pas se retrouver à prendre des congés ou des RTT pour garder leurs enfants pendant que les enseignants manifestent (ou restent tranquillement chez eux). Le dispositif prévoit que les municipalités pourront recevoir une somme forfaitaire de 90 € par tranche de 15 élèves gardés, somme prélevée sur les salaires qu'auraient dû percevoir les enseignants grévistes s'ils avaient travaillé. Mesure facile, efficace, peu onéreuse.

Mais voilà que les syndicats, toujours aussi fins et nuancés, entendent alerter l'opinion sur :
- l'atteinte au droit de grève que constitue ce dispositif
- le détournement de fonds publics instauré par la même occasion.

Voilà bien la preuve, s'il fallait encore devoir l'apporter, que le droit de grève en France, n'est pas seulement une manière de revendiquer contre son employeur, mais un moyen d'ennuyer toute la population pour obtenir satisfaction. Ni plus, ni moins qu'une conception proche du chantage.

Analysons bien les choses. Lorsque les enseignants font grève, le but devrait être de protester contre l'état à propos des conditions de travail ou de salaire (passons sur la conception ultra-extensive de ces notions qui bien souvent sont hors du cadre légal). Seule la relation employeur-salarié est concernée. Il se trouve que par incidence, la population est concernée puisqu'il faut bien faire quelque chose des enfants, et que tout le monde n'a pas la possibilité ou les moyens de faire garder les enfants par un tiers. Or, le premier argument montre que loin de s'en satisfaire (loin des considérations des enfants, ou de leurs parents), les syndicats enseignants s'indignent du fait que ce dispositif atténue les effets de leur grève. Ils ne peuvent pas prendre en otage la population.
Alors même que je n'étais pas pour dire que les cheminots prenaient la population en otage, le fait qu'un dispositif extérieur à l'Education Nationale qui permette d'atténuer les effets de la grève soit perçu comme une atteinte à ce droit fondamental montre bien que le droit de grève est associé à l'intention de nuire. Les cheminots n'ont rien fait d'autre que d'exercer leur droit, même si les conséquences ont été importantes pour une grande partie de la population. C'est le revers d'une situation de monopole de ces entreprises : lorsqu'elles sont en grève, elles paralysent tout le pays. Chacun trouve un moyen de substitution privé pour se rendre à son travail. Mais comment trouver une alternative à l'école publique ? Le ministre Darcos a trouvé une solution qui n'atteint pas le droit de grève. Le personnel en charge de la garde des enfants n'est pas chargé de faire des heures de cours. Est-ce que les enseignants hurlent aux atteintes au droit de grève en raison de l'existence des nounous ? Non, ils viennent de perdre un moyen de pression sur la population. Déjà, lors des grèves des étudiants, beaucoup des grévistes confondaient grève et blocage, et ce fut le principal point d'achoppement entre les étudiants entre eux, qui a aboutit à la réouverture des facs, heureusement.

Deuxième argument : les fonds publics utilisés seront ceux prévus pour les traitements des enseignants qui n'auront pas travaillé, et cela constituerait un détournement de fonds public. Je ne crois pas que cet argent appartienne aux syndicats ni aux fonctionnaires puisqu'ils n'ont pas travaillé, et il me semble normal que l'état utilise l'économie réalisée pour financer l'accueil des enfants. Ce n'est rien de plus qu'une bonne gestion. Mais on dirait que l'espoir de se voir payer les jours de grève s'envole enfin dans l'esprit des grévistes.

On voit bien que le droit de grève est devenu le droit à outrepasser le Code Pénal. On l'a constaté souvent ces dernières années avec les piquets de grève dans les entreprises, les séquestrations de dirigeants, la destruction de l'outil de travail ou d'une partie de la production dans quelques usines. Légitimées par la grève, et jamais pourchassées par souci de ne pas exacerber les tensions sociales, ces exactions sont devenues des normes.

On peut espérer que le nouveau dispositif atténue l'esprit pourfendeur des fonctionnaires de l'Education Nationale, et que cela permette enfin d'envisager les réformes urgentes de notre école.

Posté par Zorglub34 à 17:59 - Intégristes de tout poil - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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