Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

16 janvier 2008

Tout, tout de suite, et pas comme ça !

Promis, annoncé comme but du mandat présidentiel, le pouvoir d'achat semble être la déception de l'espoir des Français en ce début 2008. Or les Français sont déçus, le Père Noël n'est pas encore passé.

Le Français est un enfant capricieux, impatient et ingrat. Trente ans de politique désastreuse pour les salariés et les entreprises, trente ans de politique de subvention de la pauvreté financée par le travail ont fini par mettre la France à genoux, et voilà que les Français souhaiteraient que les choses se soient transformées en huit mois. Quelle esprit raisonnable peut penser qu'un délai si court peut changer significativement les choses, surtout quand, au même moment, une flamblée des prix des matières premières vient sérieusement écorner le pouvoir d'achat ? Voilà que les Français, athées et laïcs souvent revendiqués, attendent le miracle.

A l'écoute des différents intervenants (politiques, syndicalistes, journalistes, simples citoyens) dans les médias, rien n'aurait été fait pour le pouvoir d'achat, et la preuve, c'est qu'à l'heure actuelle les Français le voient regresser. Le paquet fiscal aurait déjà montré ses limites, toujours auréolé de son "cadeau aux riches", comme si cette seule mesure était la seule possible, définitive, signant l'aveu cinglant d'un échec retentissant. Les mesures annoncées ne seraient pas non plus de nature à mener vers le progrès, si l'on en croit les détracteurs. Le slogan "travailler plus pour gagner plus" serait devenu obsolète.

Faisons le bilan :

- le recours aux heures supplémentaires est un moyen direct d'augmenter les feuilles de paye tout en allégeant la pression fiscale sur les salaires, ce dont les entreprises françaises souffrent. L'écueil serait la lourdeur administrative quant à la mise en place de la mesure dans les entreprises. Pour 2007, le coût n'aurait été que de 250 millions d'euros, mais pour le seul dernier trimestre. Pour une mesure naissante, même si le succès escompté n'est pas en rapport avec la réalité, c'est tout de même autant dans les poches des salariés.
- la monétisation des RTT serait inefficace. Je ne vois pas en quoi se faire payer les RTT qu'on est dans l'impossiblité de prendre plutot que de les laisser sur un compte épargne temps (CET) ne serait pas une manière de rendre aux salariés l'argent qu'on leur doit.
- l'augmentation de la participation dans les entreprises est une manière de lier directement l'effort des salariés aux résultats des entreprises, mesure que les syndicats appelent de leurs vœux depuis plusieurs années, légitime de surcroît. Le calcul reste à déterminer, mais il ne faut pas s'attendre à des merveilles. Mais ça sera toujours ça de plus.
- le remplacement d'un fonctionnaire sur deux devrait, à terme, baisser les besoins de l'état, et la moitié des gains de productivité seraient redistribués aux fonctionnaires, par des augmentations. Moins d'impôts nécessaires à terme, donc soit du pouvoir d'achat ou des possibilités nouvelles d'arbitrage. J'ai lu un calcul erroné ( voir ici : http://caderange.canalblog.com/archives/2008/01/15/7456678.html#comments ) qui montrerait que le remplacement d'un fonctionnaire sur deux ne génèrerait aucune économie, mais se fonde sur une base de calcul fausse : il est comparé le salaire d'un jeune fonctionnaire aux retraites des deux partants. Or il faut analyser la masse globale c'est à dire, les nouveaux fonctionnaires, les nouveaux retraités dela fonction publique, et déduire les décès !
- 355 millions d'euros vont être libérés pour payer les jours de RTT à l'hôpital, ce qui est un minimum quand on sait le dévouement du personnel hospitalier et des médecins. Mais déjà, le sympathique Dr Pelloux ralait parce qu'on oubliait le personnel para-médical. Ne peut-on pas traiter les problèmes un par un ? Si l'on traite tous les cas en même temps, on râle contre le manque d'adaptation à chaque corps de métier, et si l'on traite cas par cas, on râle parce qu'on oublie les autres... Il faudrait se calmer un peu, non ?

Certes, tout ceci ne va pas changer nos vies du jour au lendemain, mais qui peut raisonnablement croire que l'on peut tout changer d'un coup de baguette magique ?

Les Français attendent qu'une décision venue d'en haut oblige les patrons à des augmentations de salaire significatives. Or le salaire est du domaine du contractuel, et le pouvoir ne peut rien à ce sujet, sauf à encore piocher dans les caisses de l'état en subventionnant, ou à imposer encore aux entreprises des gains de productivité (augmentation de salaire plus concurrence mondiale égale obligation de faire des gains de productivité), donc synonymes de licenciements, et à coup sûr, d'une inflation importante. 26 ans de Chirac et de Mitterrand ont montré l'inefficacité de ces politiques.
La réalité économique montre qu'il faut permettre à l'économie française de se libérer, sans faire peser la charge un peu plus sur les entreprises, sans entamer les recettes fiscales pour honorer les engagements de l'état. Le "paquet fiscal" a été conforme à ce principe : les heures supplémentaires éxonérées de charge et d'impôt sur le revenu ne sont pas une dépense supplémentaire, mais une recette qui n'a pas lieu, et ce tout en libérant à la fois une quantité de travail, et des richesses qui n'auraient sans doute pas été créées sans la mesure. Le coût pour les caisses de l'état n'est pas si important que ça, même si l'on chiffre à 6 milliards d'euros la mesure. De fait, c'est un renoncement sur les recettes fiscales provenant de l'acroissement du PIB, et non pas une dépense supplémentaire à PIB constant, dans la mesure où, à l'avenir les entreprises seront incitées à recourir plus généralement qu'à l'heure actuelle aux heures supplémentaires. Et si l'on songe que les 6 milliards seront en large partie dépensés en France, c'est, pour une part, des recettes fiscales en TVA ou impôts sur les sociétés qui reviendront.

Mais est-ce tout ce qu'on peut faire ? Est-ce que seules les politiques fiscales sont efficaces ?

Hier, une réforme du contrat de travail a été adoptée par 4 syndicats sur 5 (la CGT restant encore et toujours dans l'immobilisme et l'aveuglement). Par la libération de contraintes légales excessives, on peut aussi libérer l'emploi, donc aussi le pouvoir d'achat. Chaque chômeur de moins demandera moins de cotisations aux ASSEDICS et peut-être pourra-t-on aussi baisser les taux de cotisation un jour, en rendant la différence sur la feuille de paye (lorsqu'on baisse une cotisation sur le brut salarial, le net augmente mécaniquement), et cotisera aussi pour les retraites.
Une refonte totale du système fiscal en France est en cours d'élaboration. C'est une réforme de fond, qui, si elle est bien menée, peut relancer l'économie française, et permettre de relever le défi du pouvoir d'achat. Je suis personnellement très favorable à la subsitution de certaines charges sociales par la TVA (je ferai un billet à ce sujet bientôt), et certains calculs montrent que salariés, entreprises et état s'y retrouveraient.
Cependant, les réformes de fond ne se font pas en huit mois, et ne peuvent pas porter leurs fruits en aussi peu de temps. On reproche déjà le trop grand nombre de dossiers ouverts qui ne permet pas de lisibilité, mais il faudrait que le reste ait déjà été fait, sans changement trop brusque, sans mécontenter personne, pareil, mais mieux. L'agitation générale montre que l'opinion considère que le mandat est déjà sa fin, alors qu'il ne fait que commencer, et que seules le premières mesures d'urgence sont le programme.
Dimanche soir, Hervé Guaino a tenté d'apporter une explication sur la politique du gouvernement, mais M. Pierre Moscovici, qui d'ordinaire est plus mesuré, n'a eu de cesse d'interrompre son interlocuteur, ne lui permettant pas d'expliquer clairement les choses, tout en lui reprochant son manque de lisibilité, et en insistant sur l'inexistance des mesures à effet immédiat, sans en proposer une seule, comme d'ordinaire. Et en plus, M. Guaino tentant d'expliquer l'action du gouvernement, M. Moscovici lui a reproché de vouloir donner des leçons à ses adversaires. Quand on explique quelque chose, soit on donne des leçons, soit "on a tout compris" de nos jours...
Quand on a subi un échec cuisant comme ceux de 2002 et 2007, quand on n'a pas su refonder son idéologie, quand on n'a rien à proposer en échange, on est en droit de prendre toutes les leçons, et en devoir de les écouter.

Posté par Zorglub34 à 13:00 - La France qui gagne - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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