Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

31 décembre 2007

Etre français en 2008

Qu'est-ce qui différencie un français d'un étranger en 2008 ? Hormis la langue, évidemment.

L'idée du modèle français, nous dit-on. Mais quel est-il ce modèle français ?
Je le vois pour ma part comme étant une série de revendications :
- le droit d'être instruit par l'éducation nationale malgré soi
- le devoir d'avoir un travail rémunéré, subi, vécu comme une contrainte et en aucun cas un épanouissement
- la responsabilité d'un tiers à toute faute, surtout si la responsabilité personnelle est engagée
- l'absence de remise en cause de ses propres fautes ou échecs
- le rejet de l'économie de marché tout en trouvant normal son confort
- la revendication de l'état maman : qui pardonne, qui compense et réconforte.
- le rejet de la police : la police ne doit pas agir par la force, par la ruse, et ne doit pas faire preuve d'autorité.
- le recours à l'état comme redistributeur de richesses
- une sécurité sociale ruineuse et déresponsabilisante
- un régime de retraite qui est une condamnation pour chaque génération à subir les effets démographiques de la précédente.
- une fiscalité qui défavorise les actifs au profit des inactifs
- la considération de la société et de l'économie comme figée une fois pour toutes quand le reste du monde avance et change
- une défiance à l'évolution des sciences et des techniques (OGM, nanotechnologies, nucléaire, etc)
- l'endoctrinement sur l'effet de serre
- une culture générale inexistante

Voilà une série de considérations qui sont le carcan qui fige la France dans son immobilisme. Les années Mitterrand ont cru pouvoir créer une société de la générosité et de la passion, c'est à dire le contraire de la justice et de la raison. Ma génération vit dans cette erreur comme si c'était une réalité avérée, sans voir que c'est cette conception qui est notre échec. Chirac n'a rien fait pour faire disparaître cette idéologie. D'ailleurs, il n'a pas fait grand chose.
Aujourd'hui les adultes de mon âge sont des enfants. Il faut tout leur dire pour les prévenir, il faut réfléchir à leur place. Quand on est un professionnel, il faut réfléchir à la place des consommateurs, et anticiper leurs erreurs. Mais comment peut-on imaginer les erreurs de quelqu'un ? Certaines sont possibles, mais devant l'imagination fertile de la bétise, comment tout prévoir ? Qu'importe, le professionnel devait prévoir. L'adulte ? Un enfant.
Nous n'avons aucune culture économique. Une partie de l'opinion publique, que les médias suivent par clientèlisme, considère que l'économie de marché est une marche vers l'horreur, oubliant les efforts de leurs ancêtres qui, par leur travail, leur permet de bénéficier de leur confort actuel. Les trente glorieuses ont fait oublier que la vie n'est facile pour personne, sauf pour la génération d'après-guerre qui a bénéficié de conditions favorables (reconstruction, plein-emploi, revolution industrielle, etc). Tout devait être facile pour toujours. On a distribué des largesses, sans considérer l'avenir, endettant nos enfants. Comme c'est facile. Et maintenant que la facture arrive, plus personne ne comprend où est passé l'argent. Il est dans les poches de nos parents, de nos proches. Nous sommes tous bénéficiaires et responsables de la dette publique.
Alors on désigne les "riches", comme on a autrefois désigné les juifs, les arabes... Pourtant le calcul montre que l'abolition des riches ne permet pas de régler les problèmes :

http://caderange.canalblog.com/archives/2007/12/14/7123284.html#comments

Cet article montre que les riches ne peuvent pas, à eux seuls, rendre l'argent "qu'on leur aurait donné" et qui auraient "pillé" les richesses qui revenaient aux pauvres. Non, supprimer les riches, ne servirait à rien, sauf à couper la branche sur laquelle nous sommes assis.
Alors on taxe, il faut bien maintenir le niveau de vie. On taxe qui ? Les riches, c'est "social" et électoral. On taxe ceux qui travaillent : les salariés. Un pauvre smicard touche péniblement 1000 euros. Mais pour son patron, c'est 1850 € à débourser. Plus de 40 % de taxation, un scandale ! 40 % qui permettraient à chacun de mettre les priorités dans l'ordre qui lui convient. 40 % qui feraient de nous un pays riche. 40 % de pouvoir d'achat pour le salarié ou 40 % de compétitivité pour l'entreprise qui pourait alors vendre moins cher, donc plus, donc créer plus d'emplois, donc faire baisser les besoins des assedics, des allocations de la CAF.
Mais non, en France, on ne comprend rien au plan comptable. On ne comprend pas que ces taxes sont payées par le consommateur dans le prix de vente. Et quand on parle de TVA sociale, rêvée par les patrons, suggérée par les syndicats de cadre, l'opinion publique est contre. Elle le voit comme un impôt injuste, aveugle. Est-il utile ? Ce n'est pas la question. Pourrait-il servir l'économie ? Ce n'est pas la question, on vous a dit !
Je reviendrai sur la TVA dans un prochain billet.
On oublie en France qu'on ne tond pas les riches comme on peut tondre les pauvres. Les riches sont mobiles, pas les pauvres. Les riches peuvent se délocaliser pour payer moins d'impôts. Les pauvres sont contraints à subir, et à subir également les délocalisations des riches. Le réflexe est toujours le même : il faut taxer les entreprises qui délocalisent, histoire de les faire partir plus vite. On oublie que lorsqu'un riche préfère partir pour ne payer que 50 % de son revenu au lieu de 60 %, la différence est de 60 %, pas 10 %...
On oublie que si les entreprises licencient alors qu'elles font des bénéfices, c'est pour s'ajuster à la concurrence mondiale, pour être compétitif avec le reste du monde qui a bien moins de contraintes financières, faute de quoi, il n'y aura plus de bénéfices à l'avenir, et à terme, plus d'entreprise. Je me souviens des salariés de Bata qui manifestaient contre la fermeture de leur usine chaussés de Nike...
On rejette la société du fric tout en en réclamant plus, et en reprochant aux entreprises de ne penser qu'au lucre. On oublie que l'entreprise est faite pour le lucre, sinon on ne la crée pas.
On rejette l'ultra-libéralisme des hommes politiques français, alors qu'aucun homme politique n'est ultra-libéral. Il n'y a que des libéraux modérés, tous attachés à l'état centralisateur, jacobin. On oublie que le libéralisme anglais et américain a permis à ces deux pays d'avoir le meilleur niveau de vie de la planète, même si c'est loin d'être parfait. On préfère s'attacher à des détails de leur mode de vie, comme leur système de santé, pour le rejeter en bloc.

J'arrête là la liste, non exhaustive loin s'en faut, des points qu'il faudra faire changer dans les mentalités pour que la France revienne sur le chemin d'une croissance suffisante, pour retrouver un niveau de vie qu'elle mérite.

Posté par Zorglub34 à 16:54 - La France qui gagne - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Comment fait-on ?

Pour une fois, je vois quelqu'un qui a des arguments. J'en profite...
Je ne vois pas tout à fait la société comme vous, mais peu importe.
Je suis salariée à 1000 euros comme vous dites. Je vois mon porte-monnaie se vider à vue d'oeil et je ne sais pas quoi y faire.
Alors, je me dis que vous avez peut-être raison, qu'il faut tout changer, pourquoi pas ? Après tout, s'il n'y avait plus les cotisations sociales tout reviendrait dans ma poche, libre à moi d'établir mes priorités.
Sauf qu'il y a un tout petit problème. Si on fait sauter le système, qui va payer pour les inactifs (retraités actuels, chômeurs...) ?

Posté par Gerri, 10 janvier 2008 à 22:31

J'y reviendrai lors d'un prochain billet que vous pourrez lire si vous me faites l'amabilité de revenir me lire.

Merci pour vos commentaires.

Posté par Z, 10 janvier 2008 à 23:47

Beaucoup de "on", "on rejette", "on oublie", "ma génération".

Ces généralités me choquent, parce que je n'ai pour habitude que de les entendre de la bouche de gens qui se croit à se point supérieur, qu'ils estiment avoir tout compris à tout.

Vous oubliez que si des entreprises qui font des bénéfices licencient, c'est aussi (surtout?) pour satisfaire un actionnariat qui se fiche bien souvent lui même de l'entreprise. Vous oubliez qu'ainsi elles se tirent elles même des balles dans les pieds. Parce que plus de chômeurs, de revenus bas, c'est aussi moins de consommateurs.

Vous oubliez qu'un bon niveau de vie (que la France possède), n'est rien si il ne s'accompagne pas d'une bonne qualité de vie et qu'en cela, nos regards doivent se tourner vers d'autre pays que ceux que vous citez, notamment, pas si loin de chez nous, la Norvège, la Suède...

Baisser les taxes sur les entreprises? Je suis totalement pour. Mais je ne vais pas aller jusqu'à m'imaginer que ça évitera les dé localisations, et surement pas que ça permettrait d'augmenter les revenus des salariés. Non. Ça permettra d'augmenter les revenus de l'actionnariat, les bénéfices de l'entreprises, oui. Mais quelle entreprise, aujourd'hui, fait profiter d'une hausse de ses bénéfices à ses salariés?

Il n'y a plus d'entrepreneurs qui songerait a redistribuer ses bénéfices "en bas", pour le bien être de son entreprise, parce que c'est une politique de long terme. Et que les actionnaires veulent du court terme.

Mais les actionnaires, ça ne consomme que fort peu. Tout comme les riches plus globalement. Seul les classes les plus basses profitent d'une augmentation de leur revenus pour consommer plus et donc faire fonctionner l'économie et les entreprises elle même. C'est le cercle vertueux.

Mais en l'absence d'entrepreneur, de vision à long terme, quand l'entreprise n'appartient plus à celui qui la dirige, quand on ne plus faire face à la concurrence d'autres pays, croyez vous vraiment que le libéralisme peut nous sauver?

Je n'y crois plus, pour ma part. C'est un modèle essoufflé, qui fonctionnait un temps, et qui ne fonctionne plus face à ses dérives.

Il est peut être temps de changer, oui, mais de changer réellement, plutôt que d'essayer d'appliquer sans cesse un modèle qui ne fonctionne pas...

Posté par Couette, 11 janvier 2008 à 18:39

Merci de garder vos habitudes de gens qui se croient supérieurs pour vous. Ces "on" sont les pronoms personnels qui conviennent lorsqu'on utilise un style intdéterminé. Réfléchir et partager le fruit de sa réflexion est encore possible, sans que ça ne soit ni une vérité absolue, ni que ce soit considéré comme des généralités sans fond.
Le fait que vous soyez choquée par le fait que d'autres ont tout compris doit-il :
- interdire de tout comprendre sans vous ?
- laisser penser que votre incompréhension est la seule attitude qui vaille ?

Les entreprises font des bénéfices pour leurs actionnaires. J'ai dit que les enterprises ne sont créées que pour le lucre, qu'il s'agisse d'un patron unique, ou d'actionnaires. Sans bénéfice on ne crée pas l'entreprise, ce n'est pas de la philanthropie. Maintenant que la porte ouverte est enfoncée, réfléchissons au pourquoi de licenciements alors qu'une entreprise fait des bénéfices. On peut imaginer que la compétition avec la concurrence oblige à moderniser les chaines de production, que l'acroissement des charges financières fiscales obligent à refonder la chaine de production pour permettre de maintenir l'entreprise dans un situation à faire encore des bénéfices, qu'il vaut mieux moderniser avant de perdre des parts de marché, et pas après.
Maintenant que vous avez compris que les entreprises pensent d'abord à leurs actionnaires, pensez-vous qu'il faille continuer de pourchasser les entreprises en nous laissant les chômeurs, ou pensez-vous qu'il serait raisonnable de rendre attractif l'actionnariat en France ?

Les chomeurs sont des consommateurs, oui. Où est le problème ? L'attitude est bien franco-française. Les entreprises qui délocalisent sont assez grandes pour trouver des compensations de marché ailleurs qu'en France, et quelques milliers de clients en moins, ça ne leur fait rien... Rendons plus compétitif le coût du travail en France, ça sera un raison qui pourra conduire certaines entreprises à maintenir leurs chaînes de production en France... Et ça peut se faire non pas au détriment du salarié, mais au prix d'une baisse des charges sur le salaire.

Les modèles scandinaves obtiennent de bons résultats avec une fiscalité non pas tournée vers le travail, mais vers la consommation, et ont des économies axées sur quelques grandes firmes et des technologies de pointe. C'est plus facile à organiser dans des pays de moins de 10 millions d'habitants que dans un pays aussi divers que la France.

Parlons des taxes sur les entreprises. J'ai parlé quant à moi des taxes sur les salaires, même si elles sont payées par les entreprises. Si l'on baisse sur les charges la part salariale, le salaire de référence étant le brut salarial, le salaire net va remonter mécaniquement. C'est la part attribué à l'Urssaf qui va baisser, sans rien changer à la part des bénéfices. Si l'on baisse les parts patronnales, c'est le coût de production qui baisse. Donc l'entreprise peut vendre moins cher et le salarié s'y retrouve en pouvoir d'achat.
Aujourd'hui les entreprises ne redistribuent pas les bénéfices parce que la fiscalité n'y incite pas, et parce qu'en 1995, quand Alain Juppé a proposé que les salariés aient plus facilement accès à l'actionnariat, les syndicats l'ont refusé, arguant du caractère aléatoire des revenus ainsi générés. Tant pis, on ne peut pas réclamer ce qu'on a si férocement refusé auparavant. Les salariés ont ce qu'il ont demandé : un salaire.

Quant au libéralisme, on range un peu tout (et surtout n'importe quoi) dans ce mot. Certains y mettent de la sauvagerie sociale, d'autres la dérèglementation, d'autres la loi du Talion et certans ne seraient pas loi d'y mettre l'esclavagisme... Alors que la libéralisme, c'est la liberté du marché comme modèle d'organisation, encadrée pour en minimiser les écueils, et avec le minimum d'intervention de l'état. Les libéraux ont compris depuis longtemps l'intéret de bien traiter leurs salariés, mais jamais au point d'y laisser soi-même sa chemise.
Vous dites que les actionnaires consomment fort peu. Je pense que c'est une erreur. Les actionnaires sont des gens comme tout le monde, et s'ils sont riches, ils consomment plus que la moyenne. Mais pas toujours en France, je vous le concède. D'autre part cous dites :"quand on ne peut plus faire face à la concurrence d'autres pays". C'est là que je vous retroune la question : comment ont fait l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie (du moins pour le Nord) pour y parvenir ? Nous avons des solutions, nous avons des atouts à faire valoir en France, et nous avons surtout des handicaps que nous pourrions parfaitement compenser, même éliminer, avec un certain courage politique. Vous dites enfin que le modèle ne fonctionne pas, or il fonctionne. Il fonctionne très bien dans les pays que je viens de citer, mais il convient de l'adapter. Il n'y aucun modèle définitif.
Nous sommes sans doutes conduits à ne plus avoir de grandes industries, mais nous pouvons avoir des industries de très haute technologie, des sociétés de service qui ne sont pas délocalisables. Vous avez raisonné pour les quelques enteprises du CAC 40, mais il y a des millions de PME qui représentent la majorité des salariés français, qui pourraient plus facilement se relever, se développer, embaucher, avec des libertés plus importantes.

Posté par Z, 12 janvier 2008 à 11:07

Une petite piste à propos des délicalisations : pourquoi la France est-elle malgré tout parmi les pays cibles des IDE (Investissements Directs Etrangers)?
C'est donc qu'elle reste un pays attractif ?

D'où question suivante : si la France reste attractive et que les compagnies licensient. Où va l'argent ? (bon ok j'admets c'est une question de pure mauvaise foi. Greffier, ne notez pas la question ;) ).


Vous dites qu'un "professionnel doit réfléchir à la place du consommateur". C'est un monde passionnant que vous nous décrivez-là (phrase au 3e degré de l'ironie) !

En fait je crois comprendre votre phrase (corrigez-moi si je me trompe) : les français ne pensent pas suffisamment en fonction du monde qui les entoure et font comme s'ils étaient en autarcie.
ce qui n'est pas faux par certains aspects (journal TV très peu européen, ignorance plus ou moins totale de qui sont nos nouveaux membres de l'UE27, clichés sur les USA etc, ...). Une solution pour changer ça ?

ci-dessous des liens sur les IDE
http://www.finances.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/ministre/defs_cext/investissement.pdf
http://www.industrie.gouv.fr/sessi/cpci/cpci2007/f5-5.pdf

Posté par John Rambo, 21 mars 2008 à 12:34

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