Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

16 décembre 2007

La diplomatie selon les détracteurs

La visite officielle du Colonel Khadafi en France aura fait couler beaucoup d'encre, de salive, et dévoilé la pensée profonde de certains en terme de diplomatie et de la vision des relations internationales.

Certes, pour paraphraser Pierre Desproges, la compagnie d'un terroriste pratiquant me met rarement en joie. Mais faut-il toujours s'arc-bouter sur le passé pour construire l'avenir ?

Les déclarations de la resplendissante Rama Yade au matin de la venue du Chef d'Etat Libyen ont été prises comme un coup de semonce dans l'harmonie gouvernementale. Je les vois surtout comme un numéro de cirque : l'un fait les courbettes officielles et protocolaires (le Président), tandis que sa spécialiste (Secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme) met les points sur les "i" : "La France n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits". C'est dit - et bien dit - et sans doute l'apparence des choses est-elle sauve, nul ne pourra ignorer qu'un membre du gouvernement a pleinement pris conscience de la portée de cette visite en France.

En premier lieu, je ne pense pas que les déclarations de Rama Yade puissent avoir une quelconque influence sur la politique intérieure libyenne, et la seule véritable traduction de ces pensées pour avoir de l'effet ne peut passer que par des sanctions politiques et économiques internationales. Or la réalité internationale en est à l'opposé : Khadafi rentre dans le rang, et malgré son passé houleux, se place désormais dans les files des nations fréquentables. Les sanctions ont été levées, et c'est l'intégration au sein du Cartel des Nations qui est l'avenir.

Evidemment, l'opposition, dans son rôle de posture, a martelé l'affront fait aux Droits de l'Homme qu'occasionne cette visite, et qu'en marchandant avec ce tyran, nous bafouons nous-mêmes notre conception de nos libertés, et que le chef de l'état pousse même le cynisme jusqu'à essuyer d'un revers de la main les atrocités du passé pour des milliards d'Euros.

Voilà encore et toujours la problématique socialiste : les milliards d'euros. Et la cause du rejet : le passé.

Goethe disait : Celui qui n'a pas appris la leçon de 3000 ans d'histoire vit au jour le jour.

Inscrivons-nous dans une perspective plus grande que la longueur d'une législature. Faut-il toujours que nous soyons dans une logique d'affrontement avec nos ennemis passés ? Nous serions-nous réconciliés avec les allemands, avec les anglais ? Faut-il toujours que les générations perpétuent les affrontements de leurs aïeux au point que ceux qui s'affrontent encore n'en ont même pas été les acteurs ? La rancune est-elle un moteur d'avenir ? Les victimes des attentats attribués à l'Etat Libyen réclament un devoir de mémoire, et, dans leur logique, cette visite est pour elles une blessure, on les comprend. Mais faut-il sacrifier le destin des nations à la souffrance de 300 familles ? Selon l'opposition, il ne faudrait pas négocier avec la Libye au nom des attentats commis il y a 20 ans, il ne faut pas aller en Chine pour ne pas soutenir le régime, il ne faut pas aller serrer la main de George Bush au nom de la guerre en Irak, il faut fermer la porte à Poutine pour ne pas cautionner les atteintes à la démocratie. On ne parlerait plus à grand monde si on les suivait, et la France se trouverait bien isolée dans sa vertu, tandis que nos concurrents remporteraient les marchés que nous allons conclure là-bas. Les grands principes, c'est beau, mais ça ne nourrit pas les peuples.

Il faut toujours garder à l'esprit que le monde est en perpétuel mouvement, et qu'à tenir de tels raisonnements, il tournerait sans nous. Aujourd'hui la Chine est en passe de devenir, et plus tôt qu'on ne le pense, une super-puissance, et qui s'entoure de peu de principes moraux pour se servir en Afrique pour son développement. Faut-il leur laisser la porte ouverte en Afrique, et laisser les grandes nations industrialisées conclure les contrats à notre place ? N'est-il pas judicieux de revenir mettre un pied solide en Afrique du Nord pour y retrouver une zone d'influence économique opposée à la montée des intérêts chinois ? N'y a-t-il pas intérêt à traiter avec les chinois pour trouver notre part d'activité dans leur développement ? Trente mille emplois durables sur le sol français, ce n'est pas non plus négligeable pour nous. Faire la moue devant le sort de 30 000 personnes dont l'avenir est assuré pour quelques années, c'est aussi se moquer du sort de nos propres ressortissants.
Et les Droits de l'Homme, me dira-t-on. Et c'est là que je veux en venir : aucune nation n'a résisté aux Droits de l'Homme face à une économie de marché développée. Les dragons asiatiques ont fini par céder et s'approchent chaque jour de plus en plus d'une conception plus proche de la notre des Droits de l'Homme. L'élan vient des populations elles-mêmes : les possibilités ouvertes par le marché poussent à prendre conscience des contraintes imposées par le régime. Songeons aux cas de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal, par exemple. La Chine elle-même sera contrainte d'ici peu à lâcher du lest.
Le Président Sarkozy a eu cette déclaration : "Si on traite de la même façon quelqu'un qui fait le chemin de l'abandon du terrorisme, de l'abandon de l'arme nucléaire (...) que ceux qui continuent à vouloir l'arme nucléaire, alors on se met dans une situation de guerre des civilisations qui est la pire des solutions pour le monde [...] Si 26 autres pays (européens) proposent un accord-cadre à la Libye, c'est que je ne dois pas être le seul à partager cette opinion". Seulement, en France, l'opposition est la seule à l'ignorer. Des leçons qui mènent à la guerre, et qui oublient le projet de Communauté de la Méditerranée qui permettrait de faire siéger côte à côte des états antagonistes comme Israël et la Libye... Il faut parler aux gens pour les convaincre. Tenir à l'écart, mépriser, sanctionner, c'est punir le peuple, augmenter son ressentiment à l'égard des puissances économiques.
La dilpômatie, c'est une permanente composition entre des intérêts antagonistes.

De son coté, le dictateur libyen a feint de ne pas entendre les critiques, et il ne fallait pas s'attendre à autre chose. Je ne l'imaginais pas faire amende honorable, ce qui aurait constitué un aveu, et donc une soumission. Mieux, je pense que le battage fait autour de sa visite lui a donné beaucoup plus d'importance qu'il n'aurait jamais dû en avoir.

Commentaires

Bonjour,
Comme toujours des propos de bon sens.
que dire de plus?
Kadhafi en France, l'assassin, le dictateur, le bourreau des infirmières reçut chez nous ; beau sujet d'indignation pour donner de la voix.
Assassin ? certes, mais alors aucune pitié pour les violeurs, tueurs et autres "voyous"
pour lesquels la gauche a beaucoup d'indulgence.....
nous avons des contrats à prendre, et autant le faire plutôt que de laisser la place à nos concurrents mondiaux.
Je me permets un bémol : Un séjour un peu plus court,moins "somptueux"aurait suffi.
Doux mardi
Bernadette

Posté par senioretjournal, 18 décembre 2007 à 12:30

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