28 novembre 2007
Petition anti- bébé téléphage
Voilà encore un mal bien français, et qui illustre notre capacité permanente à ne rien comprendre, à faire beaucoup de bruit pour rien. Pourtant cette pétition est belge.
Selon toute une ribambelle d'associations, fédérations, syndicats, collectifs et autres groupements de gens qui ont envie de se révolter, l'ouverture d'une chaîne de télévision à l'adresse des tout-petits de 6 mois à 3 ans met gravement l'enfance en danger et donc : "il est urgent de se mobiliser pour la création d’un moratoire qui interdise à de telles chaînes de diffuser des programmes pour tout petits en continu, 24H sur 24"
Voilà bien l'attitude française simple : In-ter-dire.
Dans toute économie de marché, sans besoin d'interdire, ce qui ne marche pas disparaît de soi-même. Sans télé-spectateurs, plus de chaîne. Pas compliqué. Il suffit d'appeler au boycott, et l'échec de la chaîne leur donnera satisfaction. Non, il faut que la revendication soit comminatoire, le reflet d'une sanction exigée par la vindicte humaine : non seulement il faut l'échec, mais il faut la sanction, celle de l'autorité.
Les spécialistes signataires de la pétition font remarquer que "nous savons aujourd’hui que le développement d’un jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec les différents objets qu’il rencontre", et qu' "il est à craindre que le temps passé par l’enfant devant les émissions d’une chaîne de télévision - qui rassurera les parents parce qu’elle est présentée comme fabriquée pour les tout-petits – ne l’éloigne des activités motrices, exploratoires et interhumaines, fondamentales pour son développement à cet âge". Rien de bien différent avec les mêmes devant TF1 ou M6. Peut-être le ton des menaces et de coups de feu des séries en moins ...
"Il est à craindre que l’installation d’un tout-petit devant un écran ne réduise son sentiment de pouvoir agir sur le monde et ne l’enkyste dans un statut de spectateur du monde." Et là, je me pose encore la question : est-ce que cette pétition ne s'adresse pas plus aux parents qu'aux créateurs de la chaîne ou les pouvoirs publics ? C'est comme si j'entendais une association de diététique dire qu'il faut interdire la confiture parce que si l'on en mange trop on risque de grossir. Tout n'est qu'une question de mesure, c'est l'excès qui est néfaste. D'ailleurs la pétition souligne "que les programmes proposés par cette chaîne existent déjà sous la forme de DVD, qui ont l’avantage de proposer une durée limitée, il est à craindre que la création d’une chaîne émettant en continu 24 heures sur 24 n’incite les parents à l’utiliser comme un moyen facile d’endormir leur enfant", évoquant même l'installation d'une télé dans la chambre du nourrisson, comme moyen d'endormissement de l'enfant. Ce ne seraient les parents qu'il faudrait rééduquer ? Il faut leur rappeler qu'il faut qu'ils s'occupent de leur enfant ? Quand on a un enfant c'est pour s'en occuper, il me semble, pas pour le confier à une boite (la machine qui va éduquer nos enfants, selon Homer SIMPSON).
Encore une pétition qui montre qu'en France, quand il y a un souci dans une catégorie (ici les parents de jeunes enfants), on fait encore appel aux pouvoirs publics (l'état-maman) pour la protéger. Il ne faut surtout pas montrer le problème qui pourrait mettre cette catégorie en porte-à-faux, qui pourrait se sentir "humiliée", "blessée dans sa dignité", bref le nez dans son caca... Il vaut mieux aller chercher la responsabilité de celui qui a exercé sa liberté, dès fois que la bêtise triomphe. Quand même les psychiatres, les psychologues, les éducateurs préfèrent interdire plutôt qu'éduquer...
27 novembre 2007
Villiers-le-Bel
Vu dans "Le Monde" :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-982827,0.html
Je me demande si la presse n'est pas complice des émeutes, et ne colporte pas le message de haine.
Dans un accident où tout porte à croire qu'il s'agit d'un banal et malencontreux accident de la route, toute la dialectique consiste à montrer que la police est responsable de ces deux morts.
D'abord les éléments :
- deux jeunes roulent à vive allure sur la voie publique avec un véhicule interdit
- ils roulent visiblement au-dessus des vitesses réglementaires
- ils ne portent pas de casque
- en refusant une priorité à droite, ils heurtent tous les deux un véhicule qui s'avère être de la police et décèdent sur le coup
- selon un témoignage diffusé hier soir sur TF1, les policiers ont d'abord cherché à porter secours aux deux victimes en pratiquant un massage cardiaque
- l'arrivée de voisins furieux contre eux, les menaçant les a contraint à ne pas rester sur place, et les voilà accusés de "non-assistance à personne en danger", alors qu'ils ont été contraints de prendre la fuite pour sauver leur vie. Un rapport de l'IGS constaterait que la destruction du véhicule aurait commise par des voisins et non par le choc. Selon un d'jeun's entendu sur France Info : "Ces bouffons ont fui alors que les pompiers étaient là depuis une demi-heure, y a non-assitance à personne en danger !".
- de nombreux témoignages confirment l'hostilité des jeunes contre les deux policiers.
Ensuite la relation des faits par le Monde :
- le Monde se délecte de rapporter des "faits de guerre", réels soient-ils ;
- le Monde se place objectivement du côté des émeutiers et ne traite pas un mot des policiers dans cet article, et s'émeut à peine des 60 blessés dont 5 gravement atteints ;
- l'article ne dit pas un mot sur la caractère accidentel possible de ces deux morts ;
- l'article fait l'apologie de la violence et semble les légitimer ;
- à aucun moment l'article ne pose une question sur l'organisation d'une telle émeute qui n'est pas si simple en si peu de temps
- l'article finit par ces mots, citant Rachid Adda, conseiller régional (MRC) d'Ile-de-France : "Aujourd'hui, mes enfants je leur dis : quand tu vois la police, tu t'enfuis".
Si ça, c'est pas de l'incitation à la haine... policière.
Je croyais que le but d'un journal, c'est d'éclairer pour, si possible, un monde meilleur. Je pensais qu'il était du devoir d'un journaliste de rester neutre et d'apporter au lecteur en toutes circonstances les éléments lui permettant de se faire sa propre opinion. Je pensais que, dans leur "déontologie", l'idée d'apporter la lumière permet d'obtenir la paix. Or cet article apporte le feu et l'obscurantisme.
Songe-t-on à apporter des éléments d'apaisement ? Non. Evoque-t-on une réaction excessive, injuste, aveugle ? Non. Les émeutiers ont raison a priori, parce qu'ils sont jeunes, parce qu'ils souffrent. Un bonus de bonne gueule.
Deux choses sont à ne jamais oublier :
- aucune misère ne peut justifier la violence dans la République
- la police est là pour maintenir l'ordre, quand bien même les bisounours de gauche tentent de lui faire remplir le rôle de nounou.
Comme en 2005, après la mort des deux jeunes décédés de leur propre faute, et uniquement de leur propre faute, on tente de rejeter la faute sur la police. Je n'ai nulle part entendu la presse rappeler qu'on peut être responsable de ses propres fautes, que le rôle de la police est de maintenir l'ordre et de poursuivre les délinquants, et que rien ne saurait légitimer de telles émeutes pour de tels motifs.
Si l'on acceptait cet état de fait, autant dissoudre la police, elle ne servirait plus à rien.
Ceux qui disent que le gouvernement n'a rien compris aux émeutes de 2005 doivent comprendre que les émeutiers non plus n'ont rien compris à 2005. La violence n'est pas une solution. Et le prétexte est fallacieux.
Est-il normal de propager une discours anti-flics quand les causes de l'accident n'ont aucun lien avec des actes policiers ?
Les réactions des habitants du quartier auraient-elles été les mêmes si un quidam avait été à l'origine du même accident ?
26 novembre 2007
Les poilus résistent encore
Les deux derniers poilus refusent les obsèques nationales.
Lazare Ponticelli (110 ans) : "Je refuse ces obsèques nationales. Ce n'est pas juste d'attendre le dernier poilu. C'est un affront fait à tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu'ils méritaient. On n'a rien fait pour eux. Ils se sont battus comme moi. Ils avaient droit à un geste de leur vivant... Même un petit geste aurait suffi."
Voilà bien un mal français : l'égalitarisme.
Comment aurait-on pu attribuer des obsèques nationales à tous les combattants de la Première Guerre Mondiale ? Nous aurions été en jour de deuil national presque sans discontinuer des décennies. Pour peu qu'on rajoute encore ceux de la Seconde Guerre Mondiale, il n'y aurait pas eu beaucoup de gens au travail pour reconstruire le pays depuis 1945 ...
Lorsque le nombre des derniers poilus en passé en dessous de la barre fatidique des 5 individus, l'idée est venue de célébrer des obsèques nationales au dernier des poilus, permettant de rendre un hommage à tous les autres à travers le dernier. Pour ma part, je trouve l'idée très bonne, et justement, de rendre l'hommage qui manque aux autres. Ces obsèques ne seraient pas seulement celles du dernier poilu, mais aussi les obsèques de la Première Guerre Mondiale qui se verrait definitivement entrer dans l'Histoire, faute de témoignage vivant, et celles de tous les autres poilus, anonymes, célèbres, héroïques ou martyrs.
Mais non, ces deux derniers poilus refusent cet hommage par solidarité avec leurs camarades qui n'ont pas reçu tel hommage. Leur réaction solidaire est bien compréhensible, mais faut-il toujours tout juger sous le prisme de l'égalité ? Comprennent-ils que cet hommage n'est pas que le leur, mais celui de toute la France à tous les poilus ? Comprennent-ils que ça dépasse leur simple personne ? Si les prédecesseurs ont commis l'erreur de ne pas rendre assez hommage aux poilus, faut-il que par égalité on perpétue l'erreur ?
Résultat : pas d'hommage aux autres. C'est ça, la France qui gagne.
Les Pots de Noël dans le colimateur
Vu ce jour sur le site d'Europe1 :
"Pots" de Noël : la direction est responsable en cas d'abus d'alcool
[url]http://www.europe1.fr/informations/articles/767401/pots-de-noel--la-direction-est-responsable-en-cas-d-abus-d-alcoo.html[/url]
C'est pas que je sois un partisan de l'alcool au travail, mais je me demande s'il n'y a pas un intégrisme de certains...
Je m'explique.
A l'intérieur d'une entreprise, il y a des gens qui se fréquentent, et parfois même qui s'apprécient (si, si, j'en connais). Il me parait normal que ces gens souhaitent faire ce que des tas d'autres gens font entre eux et hors des limites de l'entreprise sans avoir le moindre souci, et pour la majorité, avec le sens de la mesure : boire un verre ensemble pour partager, fêter, vivre ensemble et humaniser les relations de travail.
Mais voilà, le Code du Travail interdit la consommation d'alcool sur le lieu de travail... Et donc la responsabilité du chef d'entreprise pourrait être engagée si l'un des salariés venait à avoir un accident sur le chemin du retour à son domicile suite à une consommation d'alcool trop importante.
Je comprends bien le but sanitaire, les besoins légaux de sécurité et d'hygiène au travail, mais...
Ça m'inspire deux ou trois reflexions :
- est-ce que les salariés peuvent avoir un comportement autonome qui, même si l'on se trouve dans l'enceinte de l'entreprise, permet de considérer le salarié qui aurait trop bu comme responsable de sa propre faute ? Je doute qu'un chef d'entreprise incite ses salariés à se pochtronner... et quand bien même, le salarié n'a-t-il plus de libre arbitre ?
- ne peut-on pas distinguer entre l'accomplissement normal des tâches du salarié et un comportement exceptionnel du salarié dans l'entreprise à l'occasion d'une fête ?
- ne finit-on pas d'abattre le peu de relations sociales et de traditions qui restent dans ce pays ?
- cette responsabilité tendant à éveiller la vigilance des chefs d'entreprise ne va-t-elle pas non plus contibuer à deshumaniser un peu plus les relations du travail, et accroître encore le sentiment de toute puissance néfaste qu'on porte aux patrons ?
- est-ce qu'une fois dans ce pays, on poura considérer que les gens sont libres et responsables de leurs propres conneries, sans aller chercher la responsabilité d'un tiers qui n'a pas toujours la capacité ou la maîtrise technique pour agir sur les comportements humains individuels ?
- faudra-t-il toujours que nous soyons considérés comme des enfants irresponsables, et que pour pallier nos incapacités on recherche des responsabilités abusives auprès des patrons ou de la police (papa) ou de l'Etat ou de l'école (maman) ?
La télé est anxyogène
C'est cette idée qui me trotte dans la tête depuis hier soir.
Hier soir, une stupide panne électrique dans le local technique du lotissement nous a tous privés à la fois de chasse d'eau, mais aussi, et je cherche encore le lien, de télé. Qu'à cela ne tienne, un apéro, un bédo, et nous avons sorti le yam, histoire de passer le temps.
Et le temps est passé très vite, tellement vite qu'il était plus de 21 heures quand nous avons décidé que nous avions faim, sans être dirigés par l'horloge télévisuelle qu'est la grand messe du 20 heures. Nous avons momentanément perdu le fil du temps, ignorants que nous étions de sa marche en avant forcée, rythmée par les réveils, les montres, les feux-rouges, les heures d'embauchage et de débauchage, l'heure de l'école, l'heure de manger, l'heure de regarder la télé.
Mais surtout, ce que nous avons remarqué, c'est que nous étions détendus, heureux même. Nous n'avons pas eu à subir entre 19 et 21 heures les constantes imprécations de la télé qui vous ramènent au rang de nullité parfaite si vous ne savez pas faire tourner une roue sur TF1, accompagnées des cris de joie extatique de la dernière écervelée parce qu'elle a trouvé un M dans “Maman", ni les anathèmes que vous encourez si vous n'êtes pas au courant de la propagande alarmiste de Canal+ ou de France 3, ou a subir les consternantes vannes de la bande à Ruquier qui ont tendance (et je suis gentil) à se poser comme des guides de la pensée correcte du service public. Et pas de 20 heures non plus, pas de bourrage de crâne "parce que le monde va pas bien, les français vont pas bien, et moi-même, je ne me sens pas très en forme" et "rendez-vous compte vous êtes heureux alors que tous ces gens souffrent, alors ne vous plaignez pas, allez bosser, payez vos impôts, fermez-là, sauf pour nous aider à vous enfoncer encore un peu, là, vous pouvez nous aider", ni les angoissantes turpitudes des habitants du Mistral.
Non, je ne suis rien de tout ça, je suis un gars qui est allé un peu à l'école et à la fac, insensible à la morale de gauche qui s'arrête à l'apparence des choses et pas à leur fonctionnement, libéral (et non ultra-libéral, mais ça j'y reviendrai bientôt), et surtout quelqu'un qui a simplement envie de se fendre la tronche quand il rentre le soir chez lui. J'en ai marre des séries télé qui traquent des criminels, j'en ai marre aussi du ton solenel des séries sentimentales où tout est grave, j'en ai marre des séquences archi-coupées où aucun plan n'est plus long que deux secondes des émissions pour d'jeun's. Même France 3 dans ses reportages de Thalassa ou "des Racines et des Ailes" parvient à instiller ce ton anxiogène, celui qui culpabilise le téléspectateur parce qu'il ne se rend pas compte de la pauvreté à l'autre bout du monde, de la misère sexuelle des ours en basse provence, des conditions de travail affreuses des gens venus de partout, des risques du réchauffement de la planète qui a commencé il y a 10 000 ans et qu'on s'en rend compte depuis 3 ans...
Privé malgré moi de la télé, je crois que je vais m'en priver encore, et souvent. La télé rend con, on le savait, mais dans ces cas là, on s'en rend encore mieux compte. Ce soir, on refait un yam !