Journal d'un fou

Les fous disent n'importe quoi. Et je vais pas me gêner.

02 mai 2008

Le mythe de Mai 1968

Nous voici donc en Mai 2008. 40 ans se sont écoulés depuis les "évènements" de Mai 1968, et au-delà des films relatant la petite histoire de 1968 vue du combat idéologique de chacun, force est de constater que l'héritage de 1968 est assez délité, et que les effets que l'on subit encore sont des plus critiquables.

Je suis de la génération née juste après, dans le début des années 70. Petit j'ai toujours entendu parler de 1968 comme d'un évènement social majeur, fondamental pour les uns, dramatique pour les autres. On m'a expliqué, j'ai lu, j'ai appris, j'ai écouté, encore, encore, encore... Difficile de se faire un avis quand on est adolescent épris de liberté voire libertaire, insoumis et rebelle. Mais l'âge venant, et la perception des contraintes et des nécessités de la vie collective s'améliorant, le bilan de mai 1968 s'est sérieusement écorné dans mon esprit ces dernières années.
J'ai souvent entendu parler d'une gigantesque avancée dans les libertés. Il est vrai que sortant du carcan puritain des années victoriennes perpétué par l'austérité de la fin de la guerre, les années 50 avaient sans doute quelque chose de plus rétrograde que les années folles, plus permissives. La mécanisation, la nouvelle ère de production à plein emploi, la reconstruction ouvrait de nouveaux champs possibles : un avenir certain, du travail, du confort, du bien-être. Foin des années d'austérité imposée par les mères depuis la fin de la guerre, fin de la rigueur morale imposée par les pères, puisqu'ils ont su si bien travaillé, prenons le pactole, et au revoir. Même pas merci. La génération 68 sera la première à dire "merde" à ses aînés et dira "merde" ensuite à ses enfants. Voilà ce qu'on idolâtre, qu'on célèbre comme une avancée.

Merde aux parents :

Outre les revendications ouvrières qui étaient justifiées mais excessives pour être acceptées en totalité, c'est au discours qu'il faut s'intéresser. Un vent libertaire, teinté de carmagnole et de chant du partisan règne en France. On affronte la police sur les barricades, on brûle, on conspue l'état bourgeois. Il faut détruire la société capitaliste pour reconstruire une société collectiviste. Alors même que les communistes en France passent à côté de mai 1968, les trotkistes, les maoistes, les futurs
Krivinistes et leurs Communistes Révolutionnaires s'emparent de l'idéal de société et tentent d'imposer leur modèle, collectiviste, participatif, démocratique. Le rejet en bloc des institutions (police, armée, travail, autorité, argent, mariage) ne distingue pas. Une jeunesse rêve éveillée, persuadée de lendemains "cheguevaresques" et d'ivresse perpétuelle libérée des
contraintes imposées par leurs aînés.

"Il est interdit d'interdire" sera le leitmotiv de cette période. Cet oxymore préfigure en lui-même la contradiction de l'idéologie. Sur ce vent de liberté on va construire de nouvelles méthodes, des nouveaux cadres à la société.
La relation à l'autorité doit-être consentie. La police est ennemie et non plus protectrice. L'école doit être un lieu d'épanouissement de la personnalité. Le mariage est archaïque. L'image du père est brisée. On promeut la place de la femme (sur ce point l'avancée est bénéfique). Le travail est un asservissement au capital au détriment de l'épanouissement personnel. La révolution sexuelle est prônée. La société de consommation est rejetée (déjà).
Tous les fondamentaux volent en éclat, et ces idées sont adoptées par toute une génération, sans remise en question, jamais, tournant le dos aux générations antérieures et tout ce qu'elles ont construit, les unes après les autres.

Merde aux enfants :

Voilà qu'après mai 68, les idées sont tenaces, et fort des préceptes exprimés lors des évènements, notre société va appliquer ses nouvelles règles.
L'école doit être un lieu d'épanouissement ? Désormais le savoir ne vient plus d'en haut, mais doit être participatif. On débat, on discute, on parlemente. Qu'apprend-on ? Beaucoup de palabres, peu de choses en fin de compte. Les méthodes d'apprentissages sont revues, par rejet de l'ancien, et s'instaurent de nouvelles méthodes de "lecture" dont on voit aujourd'hui les fruits. Le calcul est rébarbatif ? On instaure de nouvelles méthodes que personne ne comprend, et qui n'auront aucune efficacité. La grammaire, les conjugaisons, la syntaxe ? Dépassées. Tant est si bien que les jeunes ne savent plus la différence entre "être et "avoir" (bravo pour le rejet de la société de consommation).
L'autorité doit être consentie ?  Celle du père est rejetée dans l'idée de libre épanouissement de l'enfant, éduqué devant la télé. L'instituteur n'est plus une figure mais un copain, et les débordements se multiplient. C'est finalement devant le poste que l'épanouissement se fait. Le flic est définitivement l'empêcheur de faire son petit délit tranquillement, comme une entrave à la liberté de violer les lois en paix. D'ailleurs toute la réglementation des contrôles de l'administration prévoit toujours une porte de sortie à la demande des groupes de pression issus de 1968, sous couvert de trop forte atteinte aux libertés, celle de contourner la loi au mépris de l'administration (empêchement de confronter des fichiers, fichiers volontairement partiels pour les rendre inefficaces etc). La fraude est un sport national.
Le mariage est archaïque ? La liberté sexuelle est de rigueur ?  Combien de familles recomposées ? Combien de pères absents ? Combien d'enfants sans repère dans une famille dite "monoparentale" ? Combien d'éducateurs nécessaires pour combler le déficit familial ?
L'épanouissement personnel de l'enfant ? Une manière à peine voilée de préférer s'occuper de soi, sans avoir à transmettre des valeurs, des savoirs, des règles. Les enfants ne subissent plus l'autorité des parents et parallèlement se multiplient les délits commis par les mineurs, les échecs scolaires. Mais il est plus simple de désigner la pauvreté croissante que les "valeurs" transmises, ou leur absence justement.

Pendant ce temps là, la génération de 1968 use et abuse de sa liberté, liberté de ne pas s'occuper des siens, liberté de s'occuper de soi. Elle réclame toujours plus, demande à l'état de se substituer à elle et son incurie, rejette la faute sur le système qu'elle exploite loin de son idéal de rejet de la société de consommation tout en s'en tenant pour victime, oubliant sa responsabilité de "libre-arbitre". Les déficits publics sont creusés depuis 30 ans pour satisfaire cet électorat et à son unique profit, laissant à notre génération le soin de combler la dette. Notre génération, éduquée sur le même modèle, est en passe d'en faire autant avec les suivantes.

Le bilan c'est une société qui a rejeté les valeurs de ses aînés, sans avoir été capable de construire d'autres valeurs, sauf celles de l'individualisme qu'elle rejette et dont elle rend responsable la société marchande.
Ce sont des écoles qui ne savent plus faire apprendre, et où l'on se perd en conjectures pour savoir si on doit enseigner l'histoire chronologiquement ou comme une globalité (personnellement, je ne vois pas comment on peut faire percevoir la globalité sans la chronologie), où l'on songe du bout des lèvres dans les ministères, pour ne pas heurter les enseignants restés campés sur leur erreur, à réinstaurer les bases de la lecture et du calcul à l'école primaire, alors que ça n'aurait jamais dû cesser d'être. Une école où l'on apprend à exécuter des procédures sans réflexion, où le savoir n'est pas un moyen d'apprendre et comprendre mieux, mais un matériau pour trouver un travail.
Ce sont des parents qui se comportent comme leurs enfants, au point où l'on parle de post-adolescence allant jusqu'à la trentaine, tellement il devenu difficile de distinguer les générations par leur attitude, et chacun n'a plus la place qui lui revient.
C'est un jeunisme effréné qui rejette tout ce qui est ancien, c'est à dire l'an dernier, voire le mois dernier, sans chercher à comprendre ou regarder, et ,sans se soucier du savoir des plus anciens, réinventent le monde, les erreurs de l'inexpérience en plus. Qui n'apprend pas les leçons de 3000 ans d'histoire vit au jour le jour, disait Goethe. Il suffit de regarder les émissions de télévision pour se rendre compte de l'inculture totale des gens, plus intéressés à paraître cool et jeune, qu'intelligent.
C'est une violence constante d'une jeunesse perdue, hagarde, criant son désespoir de n'avoir pas été guidée. Violence à la hauteur de la sauvagerie qu'on instaure en n'inculquant pas de règle, en laissant croire que l'épanouissement personnel fera le travail à la place des parents. Une jeunesse qui prend pour repère des marques commerciales, les seules à transmettre des valeurs, qui ne croit plus qu'au fric et au réchauffement de la planète.
C'est une époque où tout le monde a tellement la parole que plus personne ne s'écoute, et où l'on écoute surtout pas ceux qui détiennent le savoir. Et au milieu de ça, les manipulations, les contre-vérités sont des armes pour faire bouger les masses apeurées.

Et c'est ça qu'il faudrait célébrer ?

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21 avril 2008

Quand le sport devient source de conflit diplomatique

La traversée de la Flamme Olympique à Paris a suscité bien des émois, des commentaires, et des interrogations.

Sous l'impulsion de Robert Menard de Reporter Sans Frontières un certain nombre d'opposants sont venus manifester leur hostilité au régime chinois et à ses emprisonnements arbitraires, et à la répression des mouvements de protestation au Tibet.

Je regrette que le symbole de la Flamme Olympique ait été à ce point détourné à des fins idéologiques et politiques. Que ce symbole d'union et d'universalité soit pris en otage par les opposants au régime chinois, qu'on ait confondu l'Universalité de la Flamme Olympique et le symbole des jeux à Pekin me semble bien triste et finalement peu respectueux des valeurs de paix du sport. La Flamme Olympique n'est pas chinoise, elle est.. olympique.

Je suis aussi assez interdit par l'attitude de Robert Menard qui semble vouloir intimer des leçons de politique internationale aux dirigeants français. Comme disait Pierre Desproges, il est facile de critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago. La réalité des intrications de la politique internationale, les réalités historiques imposent un peu plus de mesure et de componction avant de porter un jugement définitif. Il me parait tout aussi facile de critiquer une situation politique en caricaturant les parties au conflit, en prenant le Tibet comme faire-valoir idéologique, et en ne s'arrêtant que sur les quelques dernières années pour juger de l'ensemble des relations vieilles de plusieurs siècles entre deux entités. J'ai toujours une certaine réticence à aller hurler avec les loups, spécialement quand ils sont nombreux et que les discours semblent trop simplistes. Avant de condamner trop vite la Chine, j'ai cherché à écouter d'autres sons de cloche.

D'abord celui de Georges Frêche, spécialiste de l'évolution des idées politiques (c'était sa chaire à l'Université de Montpellier),
et sinophile averti. Il rappelle qu'au cours du Ier siècle, c'est le Tibet qui a envahi la Chine et que le Tibet est chinois depuis le XIVè siècle.
Ensuite Jean-Louis Melanchon. D'ordinaire, je n'ai pas beaucoup de sympathie pour ce sénateur qui manipule plutôt un langage de rhétorique sans fondement idéologique autre que "ce que fait le droite c'est mal, il faut faire mieux", mais sans rien proposer de concret. Sur le cas tibetain, il a remis quelques éléments en perspective qui me semblent effectivement aller dans le sens d'une meilleure compréhension du problème. Sans contredire Georges Frêche, il rappelle que lors de la Révolution Populaire, le Tibet est entré dans la Chine Populaire, et que le Dalaï Lama en était Vice-Président jusqu'en 1959. Que grâce à la Chine Populaire, la servage a été aboli au Tibet et que la Chine y a apporté des éléments de liberté plus proches que l'on ne croit des Droits de l'Homme. L'éducation, la liberté, même réduite au sens chinois, sont entrées au Tibet qui n'en était qu'au stade que nous connaissions avant la Révolution Française. D'autre part, il relève qu'à aucun moment la presse n'a relevé que les manifestations tibetaines étaient purement hostiles aux commerçants chinois et profondément ancrées de racisme, et qu'à aucun moment n'ont été évoqués les véritables lynchages de victimes chinoises.
L'Occident a pris parti, et Reporter Sans Frontière en tête, pour la population contre la Police. En France, on prend toujours parti contre la Police.
M. Melanchon rappelle qu'aucun état ne reconnait le Tibet comme un état indépendant, soulignant par exemple que dans une commission internationale qui traite des territoires occupés, le Tibet n'y figure pas alors que notre Nouvelle-Calédonie en fait partie. De fait, la Chine se trouve devant le Tibet comme nous devant la Vendée en 1793... Personne ne conteste plus le fait que la Vendée est française. Idem pour la Corse, la Bretagne, le Pays Basque... De fait, nous n'avons pas tant de leçon que ça à donner...

Il y a quelques semaines, l'indépendance du Kosovo a suscité un grand émoi en Serbie. Imaginons que l'ensemble de la communauté internationale demande l'indépendance du Tibet. C'est 25 % du territoire de la Chine qui lui serait amputé ? Et les chinois le vivraient bien ? La libération de ces territoires seraient une aubaine pour les Etats-Unis qui pourraient largement investir ces terres arables, et mettre la main sur l'eau qui se déverse en Chine. 80 % de l'eau de Chine provient du Tibet.
En cherchant les intérêts économiques, on trouve souvent la motivation des grands discours idéologiques un peu trop emphatiques.
Et puis, il y a la question de l'efficacité. Le boycott de la cérémonie d'ouverture serait-il efficace ? A part un affront fait à la population chinoise, je ne pense pas que le pouvoir chinois soit très sensible à ce genre de protestation, et que ça ne porte pas grand effet sur les libertés. En revanche, les manifestations d'hostilité envers la France et ses intérêts économiques ont déjà débuté, en particulier Carrefour qui est le leader en matière de grande distribution en Chine. Une aubaine pour ses concurrents, américains notamment.
Que faut-il faire ? La question est effectivement délicate. La question des Droits de l'Homme se pose en Chine comme une réalité difficile. Mais que faire contre une puissance économique telle que la Chine qui porte la croissance du monde, et qui devient, bien plus tôt que prévu, l'élément incontournable des négociations mondiales. Quelles protestations ont fait céder l'URSS auparavant ? Aucune. C'est le goût de la liberté occidentale qui a poussé les populations à obtenir leur libération. Quand l'URSS a cédé, se transformant provisoirement en CEI puis en explosant en états indépendants, la vague de libéralisme qui a envahi ces peuples a surtout laissé la place à la corruption et aux mafias. La Chine fait sa transition lente entre l'économie communiste et le libéralisme. Comme sous le Second Empire, les libertés sont à la traîne des avancées économiques. Il faut parvenir à un certain niveau avant de pouvoir lâcher du lest. La Chine est sur cette voie, leçon de l'échec d'Eltsine, et l'augmentation du niveau de vie des chinois sera l'appel d'air vers plus de démocratie et de libertés. La communauté internationale ne peut que se borner à faire des rappels à l'ordre et ne peut rien contre un peuple souverain.

Enfin, voici une interview de Jean-Luc Melanchon sur France Culture : écoutez le ton hargneux et donneur de leçons du journaliste. C'est inamissible pour une station qui est d'une part de Service Public, qui d'autre part se prétend pluraliste, et qui faillit à son devoir de neutralité propre à un journaliste (ou qui se prétend l'être).

http://www.dailymotion.com/video/x4y657_melenchon-tibet-france-culture_news

Ici une vidéo d'une interview sur France-Info :
http://www.dailymotion.com/video/x4yjzk_parlonsnet-n7-jl-melenchon-tibet_news

Je trouve les nuances faites par M. Melanchon plutôt saines et justes, et que le discours binaire des journalistes est trop simpliste pour être complètement honnête.

La diplomatie selon la Presse, c'est la Guerre Mondiale...

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04 avril 2008

Soutien à Arnaud Libert

Après tous ceux qui hurlent avec les loups, qui se gargarisent de mots comme "déontologie", "éthique", "droits", qui se retranchent derrière des règlements, des textes qui permettent à tous ceux qui ne veulent pas jouer le jeu de la société de toujours s'en sortir, au tour de ceux qui approuvent Arnaud Libert et qui comprennent que son action a le mérite de l'efficacité et d'une réalité bien loin des convictions des ténors de la pédagogie dans les salons parisiens de dire leur soutien à ARNAUD LIBERT.

Arnaud Libert a eu l'intelligence et le courage d'agir dans l'intérêt des jeunes et pas dans le sien propre. Si les détracteurs d'Arnaud Libert avaient encore une idée précise de ce qu'est l'autorité, de son utilité, de ses bienfaits, peut-être que lui n'aurait pas eu à intervenir comme la voiture balai de l'éducation. Si au lieu de penser que l'adolescent est capable de se construire lui-même, aveu plus ou moins détourné de l'incompétence ou à tout le moins de l'inutilité des éducateurs, la philosophie était de penser que dire "non" à un ado est une manière de l'aider à construire ses limites, de lui donner des repères, et que ce "non", il faut l'appuyer par une autorité, alors sans doute, Gianni n'aurait pas perdu pied à l'école, et Arnaud Libert n'aurait pas eu à intervenir.
Si Gianni n'avait pas été perdu par l'école et sa famille, si au lieu de le laisser sortir sans contrôle (contrôle qu'il refuse tout simplement sans que ça n'ait de répercution sur lui, sans sanction), s'il on lui avait inculqué tout bonnement qu'il risque quelque chose à défier l'autorité, alors il n'aurait pas eu besoin des remontrances méritées par Arnaud Libert ! Mais réinstaurer l'idée d'autorité à un gamin de 16 ans n'est pas chose facile, et nécessite parfois une démonstration de force lorsque plus rien ni personne n'a d'emprise sur lui.
Il est bien beau de se retrancher derrière une idéologie qui n'a jamais apporté le moindre bienfait collectif, et qui ne fait que démontrer chaque jour le besoin croissant en éducateur pour rattraper les erreurs accumulées par le passé, en les perpétuant, et en se satisfaisant du cas du jeune sauvé pour mille abandonnés.
Il est bien beau de perdre six mois à expliquer à un jeune ce qu'il comprendrait bien plus vite avec une paire de gifles. Ça fait gagner du temps et de l'argent à tout le monde (sauf aux éducateurs).

On parle de la violence d'Arnaud ? Arnaud a eu des gestes très intimidants pour Gianni, parce qu'il faut lui faire comprendre - et vite, puisque visiblement, ce n'est pas d'hier que Gianni est en relation avec Arnaud - qu'il ne peut pas avoir le dessus sur les adultes, et qu'il faudra bien qu'il plie ! Ces méthodes sont violentes ? Je préfère cette violence là à celle qui consiste à laisser l'adolescent s'enfoncer doucement, la violence sourde qui ne gronde pas, qui ne crie pas, qui approuve le jeune en le renforçant dans son sentiment de victime, en s'apitoyant sur lui en guise d'aide, cette violence sourde sur les jeunes qui refuse de leur donner les repères qu'ils demandent à corps et à cris, cette violence là est pour moi la plus grave. Et certains détracteurs d'Arnaud seraient bien à même de remettre en question les préceptes de leurs méthodes et de reconsidérer sérieusement l'efficacité psychologique de leur doctrine.
J'ai même lu le commentaire indigné concernant le fait que Gianni ait été obligé de rentrer chez lui en chaussettes, tout ça parce que le merdeux ne voulait pas continuer son stage, mais n'avait pas songé à prendre des chaussures de rechange. Le chef de la sécurité lui a demandé de rendre les rangers, rien de plus normal. Devant un merdeux qui ne veut pas travailler, il faut bien à un moment donné lui faire comprendre qu'il ne peut pas gagner à tous les coups. J'espère que cette petite humiliation lui aura servi de leçon au moins. Il est rentré chez lui en chaussettes, aussi nu que sa vie, préfiguration de ce qui peut l'attendre à l'avenir en continuant sur cette voie. Bel exemple, belle leçon !

Tous les éducateurs  qui s'indignent des méthodes d'Arnaud Libert devraient au contraire prendre exemple sur lui, sur son investissement, sur les déclics qu'il utilise pour faire réagir un gamin amorphe, désabusé. Vu leurs résultats, je me demande s'il serait pas plus rentable de les payer au chômage, pendant ce temps là au moins, ils ne détruiraient pas la mentalité des gosses, et on obtiendrait les mêmes résultats.

Pour toutes ces raisons, et pour tous les autres Gianni, soutenons Arnaud Libert !

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21 mars 2008

Le droit de mourir dignement

La mort avant-hier de Chantal Sebire soulève à nouveau le problème qui avait été déjà évoqué à l'occasion de la disparition de Vincent Humbert : le droit de mettre fin à ses jours pour abréger ses propres souffrances.

A une époque qui a fait tant de progrès qu'elle permet de laisser survivre les cas les plus désespérés tant la médecine est performante, notre société se trouve confrontée à deux intérêts antagonistes : faire vivre ou laisser mourir. Voilà bien le dilemme éthique auquel se trouve confrontée la France, et auquel les Belges, les Suisses, les Néerlandais ont déjà répondu avec plus de célérité, d'humanité et d'efficacité, tandis que nous nous perdons en conjectures, palabres, et autres faux-fuyants qui permettent aux autorités de rester sourdes et aveugles à la réalité des souffrances.
On perçoit très bien que la majorité de la population est plutôt favorable à l'euthanasie active et que beaucoup d'entre nous  souhaiteraient même en bénéficier le cas échéant, chacun percevant bien qu'une mort lente et douloureuse n'est pas une fin de vie digne.
La loi dite Leonetti (on a souvent le tort d'intituler les lois par le nom de leur auteur alors que chaque loi comporte un numéro et un titre bien précis) permet l'euthanasie passive, par abstention de soin et de nourriture, et l'administration d'antalgiques pour atténuer la souffrance du malade, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ce dispositif permet d'administrer à un malade en fin de vie une dose de médicament ayant le pouvoir d'endormir le patient, jusqu'à ce qu'il meure de faim ou de soif. Et l'on nous dit que cette loi est un progrès !

Résumons-nous : un médecin peut donner une dose de cheval à un patient jusqu'à ce qu'il meure de faim ou de soif, mais ne peut pas lui donner une dose mortelle d'un médicament qui soulagerait non seulement les souffrances du patient mais aussi celle de son entourage ! Parce que c'est ce qui est apparu au cours des différents reportages : le patient souhaite un moment solennel lors duquel il se donnera la mort entouré des siens à un moment choisi. La solution établie par la loi Léonetti ne permet que de choisir le moment de l'endormissement du malade, et impose quelques jours d'attente jusqu'à la mort. Doit-il y avoir un délai expiatoire ? La France ne souhaite pas, dirait-on, considérer la mort comme une libération de la souffrance, et instiller l'idée qu'une mort douce est possible.

En Belgique, un dose dix fois supérieure à la dose mortelle de barbituriques est administrée au malade qui prend sa potion le jour décidé. Pas d'esclandre, pas d'abus pour le moment. En pendant ce temps, nous déblatérons, nous considérant comme le pays des Droits de l'Homme.

Considérons les antagonismes : comment ne pas ouvrir une brèche dans la législation sur l'homicide en autorisant l'euthanasie ? Voilà la question de droit qui est posée à nos hommes politiques. On fait appel à des médecins pour répondre à un problème politique, juridique. On va chercher des justifications techniques, on va nous pondre un dispositif alambiqué qui ne trouvera que peu d'intérêt.
Pour ma part, voici le dispositif auquel j'ai déjà songé : le souci est de ne pas permettre de maquiller des assassinats en euthanasie active. Procédons alors à l'envers : autorisons l'euthanasie active cas par cas. Il faut évidemment une loi pour ça.
Imaginons qu'un dispositif légal permette à un malade, s'il le peut physiquement, ou à un collège composé du Conseil de Famille (l'ensemble des descendants, ascendants, collatéraux du malade), les équipes médicales, le personnel soignant (infirmières, aide-soignantes, etc) et un psychiatre, de déposer une requête auprès du Tribunal Correctionnel du lieu de résidence du malade afin d'autoriser l'euthanasie. Une audience réunissant tous les protagonistes, en présence du Procureur de la République, examinerait l'état du malade, le bien fondé de la requête afin qu'il n'y ait aucun doute sur l'état de souffrance du malade et de l'irréversibilité de la pathologie et de l'incapacité de la médecine à la traiter, et, bien sûr, la volonté du patient de mettre fin à ses douleurs. A l'issue de l'audience, le Tribunal Correctionnel autoriserait ou non l'euthanasie selon un mode d'administration mortifère que le malade aurait choisi avec les équipes médicales, dans un délai imposé, avec la présence d'un médecin, d'au moins un membre de l'entourage (certains n'ont pas de famille). Toute entorse aux prescriptions du Tribunal Correctionnel devrait entraîner des poursuites pénales.
Si l'on ne veut pas craindre de devoir réparer a posteriori les excès de l'euthanasie active, agissons a priori. Cessons de croire que la mort est un passage expiatoire et comprenons qu'abréger les souffrances d'un proche avant de le voir sombrer dans une déchéance est aussi un acte d'amour.

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12 février 2008

Les victimes et la sanction pénale

Hier, encore une fois, nous avons pu assister par le truchement du petit écran à la révolte des familles suite au verdict rendu dans l'affaire de la passerelle du Queen Mary II.
Le chute d'une passerelle d'accès au Queen Mary II le 15 novembre 2003 sur le chantier de Saint-Nazaire a causé 16 morts et 29 blessés. Evènement assez exceptionnel, la presse avait largement profité de l'émotion provoquée par la disproportion entre la masse gigantesque du navire et les petites vies arrachées tandis qu'elles venaient prendre un moment de rêve.
Une longue instruction a suivi, tâchant de démêler les responsabilités entre le Chantier de l'Atlantique de Saint-Nazaire et la société Endel, constructeur de la passerelle défaillante. D'un côté les Chantiers de l'Atlantique s'en remettaient à la responsabilité d'Endel quant à un défaut de structure de la passerelle, et de l'autre côté, la société Endel spécifiait n'avoir jamais fourni cette passerelle pour accueillir du public, mais pour permettre l'accès à bord de marchandises et de matériel, et que donc, les Chantiers de l'Atlantique auraient détourné l'objet de sa destination initiale.
Toujours est-il que le Tribunal Correctionnel de Saint-Nazaire a rendu son verdict hier et a condamné les deux sociétés solidairement au titre d'un défaut d'organisation dans la chaîne des contrôles pour les Chantiers de l'Atlantique et pour un défaut dans les règles de l'art de la construction de la passerelle pour Endel. Les deux sociétés sont condamnées pénalement à une amende de 177 500 € chacune, et au paiement de 9 500 000 € au titre des dommages et intérêts pour les victimes. Par contre, le Tribunal n'a reconnu aucune responsabilité individuelle et a prononcé la relaxe de tous les salariés mis en examen.

Et c'est là que l'émoi des familles se fait connaître, n'hésitant pas à insulter la justice, à parler de "parodie de justice", constatant que par le jugement la justice admet "que personne n'a tué" leur famille, que ce n'est donc "la faute de personne".

Voilà le problème d'un déficit d'explication des décisions judiciaires, ce que la presse audio-visuelle se garde bien de faire pour continuer à jouer sur la corde sensible bien plus vendeuse que la fibre de l'intelligence.
D'une part, il y a bien eu une condamnation. Les deux sociétés sont condamnées au versement de 177 500 €. Ça c'est l'aspect pénal. Cet aspect ne concerne que la justice. C'est la réponse de la société au trouble social créé par l'infraction. C'est une affaire entre les mis en examen et la justice. La difficulté de distinguer entre les différents intérêts, c'est que lors du procès, les victimes, partie civiles, sont aussi des témoins au procès pénal, afin que le Tribunal apprécie le trouble social. Par la même occasion il apprécie le dommage civil et lors de la procédure, les deux choses ne sont pas assez différenciées.
D'un autre côté, les deux sociétés sont condamnées au versement de plus de 9 500 000 €. Ce n'est pas une somme anodine, soit 211 000 € par victime. C'est une condamnation très lourde que les deux sociétés n'entendent pas contester. Le Tribunal, par application d'une loi récente sur les responsabilités pénales des salariés a retenu qu'aucune faute prise individuellement n'avait causé le dommage, et que seul le concours de plusieurs d'entre elles a pu provoquer le drame. S'il ne retient pas la responsabilité individuelle, il insiste sur la responsabilité des sociétés.

Les victimes semblent effarées par le fait qu'aucune personne physique ne soit condamnée à titre personnel et qu'en fin de compte, personne n'aille en prison tandis que leur famille repose sous terre ou sur un lit d'hôpital. Et ça, c'est très grave, car il règne un esprit de vengeance qui n'est pas à la hauteur d'une justice sereine et équilibrée. Le prison n'est pas un tribut payé au nom des victimes. Le tribunal a par ailleurs condamné les deux sociétés à un préjudice spécial "d'horreur et d'angoisse", qui ne semble être ni plus ni moins qu'un le pretium doloris ordinaire, réécrit dans le but de donner un peu plus de considération aux victimes. Mais ça ne suffit pas les victimes voudraient de la prison, aveuglément, tout comme la mère d'une des victimes de l'accident de la Volvo s'étonnait que l'automobiliste soit encore en vie, elle. Il y a certes la douleur, mais l'aveuglement n'est pas meilleur conseiller. Faut-il revenir au wergeld (prix de l'homme) des Vikings et des Francs, où, lors d'un litige de nature pénale entre deux communautés, on condamnait la communauté responsable à restituer une épouse ou un enfant perdu, à exécuter un des leurs en compensation d'un crime ?

Aucune condamnation ne peut restituer un être perdu ou estropié. Le malheur des victimes ne peut s'atténuer que par l'entourage, l'attention et l'affection des leurs. L'amour est un pansement, la haine et la rancœur sont des agents infectants.

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11 février 2008

La TVA "sociale"

Rangée dans l'étagère des mauvaises idées par M. Fabius au soir du deuxième tour des élections législatives, la TVA "sociale" a pris un sérieux coup d'arrêt, au détriment de tous les avantages qu'elle aurait pu procurer.
Evidemment, quand on parle de la TVA on se heurte immédiatement au porte-monnaie de nos concitoyens qui voient d'un très mauvais œil une augmentation des prix qui s'ensuivrait automatiquement. En fait tout ceci souffre d'un manque d'explications, très bien orchestré par M. Fabius, d'ailleurs. On pourra lui reprocher l'ensemble de sa carrière, il en reste tout de même un vieux renard de la politique.

Nous avons la tendance classique de chercher l'argent qui fait défaut à nos politiques publiques dans les poches des entreprises, "là où est l'argent", comme on l'entend souvent. Alors on va taxer le travail, on va taxer la production, on va taxer telle ou telle activité particulière, on crée des fonds de participation (obligatoires, ces participations), des fonds de concours, etc. Et on se dit benoitement :
"- C'est bien, ce sont les entreprises qui payent, et pas les travailleurs."
Sauf que, quand on sait calculer un coût de revient et un prix, ça ne fonctionne pas comme ça.

Une entreprise a pour but de faire de la marge pour faire un bénéfice. Et il y a, pour chaque entreprise un taux de marge minimum en-dessous duquel elle ne doit pas vendre au risque de perdre de l'argent, et donc, à terme, mettre la clef sous la porte. Donc, quand on taxe une entreprise, elle reporte la taxe dans son coût de revient, l'intègre dans son calcul de marge, cette taxe se retrouve dans le prix de vente, et c'est en définitive le consommateur qui paye, salarié le plus souvent.
En définitive, quand on cherche la part de l'entreprise dans la contribution à l'impôt, elle s'est limitée à l'augmentation des fonds nécessaires pour continuer à faire tourner la machine en attendant que les prix de vente rattrapent la mise, et c'est le consommateur qui aura payé. Il n'aura pas vu les taux le concernant augmenter, et constatera une augmentation des prix qu'il attribuera sans hésitation à l'âpreté au gain de nos chefs d'entreprises. Voilà comment nous fonctionnons, sans considérer que ces coûts qu'on ajoute à nos entreprises sont des freins à l'emploi, à l'investissement, au développement de nos entreprises.

Et puis il y a le problème de notre sécurité sociale. La sécurité sociale est financée presque exclusivement par le travail (il y a bien les taxes sur les alcools et le tabac, mais l'état ne les transfère pas régulièrement à la Sécu). Ce sont les patrons et les salariés, selon des taux fixes, corrigés par des parts variables entre salarié et patron selon la branche ou l'entreprise, qui financent la Sécurité Sociale sur la base des salaires. Et là aussi, il y a des habitudes de langage qui faussent les réalités. On parle de brut salarial, on parle de prut patronal, mais en définitive, tout sort de la poche de l'entreprise. La part salariale, elle, est prise au salarié par la Sécu par le système du pré-compte. On déduit de la base salariale brute les cotisations selon des taux établis par les lois de financement. Mais c'est l'entreprise qui va les verser à chaque fin de trimestre.
Plus loin, les charges sociales, puisque c'est ainsi qu'il convient de les appeler, sont elles aussi intégrées dans le coût de revient, dans le taux de marge, dans le prix de vente, et donc... dans le prix TTC. Et oui, nous payons, de fait, de la TVA sur les charges sociales... sur toutes les taxes, d'ailleurs.
Si l'on y réfléchit, le salarié paye des charges sociales sur son salaire brut, et repaye ces charges dans le prix de vente de ce qu'il achète, augmentées de la part patronale et de la TVA sur ces charges, le tout empaqueté sans discernement dans le prix TTC.
Ce mécanisme a été instauré au sortir de la deuxième Guerre Mondiale dans un contexte de reconstruction nationale, le plein emploi et une démographie favorable. La démographie et la situation de l'emploi évoluant au fil des années, le système devenait moins favorable, et c'est par des ajustements des taux, des assiettes de cotisation, d'ajout de nouvelles cotisations qu'on a cherché à compenser les déficits.

La question qu'il est difficile d'aborder, c'est que le financement de la Sécurité Sociale a une influence directe sur notre économie. Chaque augmentation des cotisations a une incidence directe sur le coût du travail et le prix de vente des produits. L'emploi est de plus en plus coûteux, et le prix des marchandises ou services augmente, sans que les salaires suivent nécessairement.
C'en est au point où le système scie la branche sur laquelle il est assis. Dans un contexte d'économie désormais internationale, les entreprises délocalisent leur production vers des pays à moindre coût salarial pour obtenir un prix de revient compétitif à l'international, et chaque emploi transféré à l'étranger est synonyme de besoins supplémentaires en cotisations sociales pour payer les indemnités des chômeurs ou les pensions des pre-retraités. Il devient alors nécessaire d'augmenter les cotisations ou de baisser les indemnités ou des pensions, des prestations de la Sécurité Sociale. Ça aggrave encore le problème de la compétitivité des entreprises françaises par rapport à la concurrence mondiale. C'est un cercle vicieux. La solidarité sociale est financée par un système qui lui nuit. Quel paradoxe !

C'est là que l'intérêt de la TVA se montre. Nous venons de voir que, de fait, nous payons tous dans les produits que nous achetons la solidarité sociale, mais que parallèlement, cela nuit à l'emploi. Tous les produits ? Non, pas les produits importés. Lorsque nous achetons des produits étrangers, ceux-ci ne participent pas à la solidarité sociale. Nous ne payons que de la TVA. L'écart s'accroissant, nous achetons de plus en plus de produits étrangers au détriment des produits nationaux, au point où 40 milliards d'Euros sont partis à l'étranger cette année (chiffre de la balance commerciale de 2007). Non seulement ça nous nuit, mais ça enrichit nos voisins !

Alors, quel intérêt ?

La TVA "sociale" ne peut avoir d'intérêt que si elle est une manière de compenser les charges sociales sur les salaires. Une augmentation de la TVA seule ne peut avoir aucune influence bénéfique sur notre économie, sauf, peut-être, pour le budget de l'état, et encore...
Evidemment, soit on réduit les charges salariales, et ça ne se traduit que par une amélioration du pouvoir d'achat des salariés. Les sommes précomptées étant moindres, les déductions sur le salaire brut sont donc moindres, le salaire net augmente. Mais l'avantage pour les entreprises n'est pas réel. Seul l'effet d'une augmentation du pouvoir d'achat peut participer à relancer quelque peu l'économie, mais ce ne serait pas suffisant.
Il faudrait aussi reduire les cotisations patronales. Là, le risque est que les entreprises ne baissent pas leur prix, et se mettent la différence en poche. Ce risque est effectivement réel. Sauf que dans une économie mondiale concurrentielle, le premier qui baisse les prix en répercutant la baisse peut remporter un marché, et obliger ses concurrents à suivre. Il est également fort problable que les entreprises partagent les gains entre le marché et les actionnaires. L'Allemagne a démontré l'an dernier l'efficacité de la mesure en retrouvant un excédent de la balance commerciale dès la première année.
L'intérêt est de faire baisser les prix de revient de nos produits. A salaire constant, si l'on diminue les charges sociales, on diminue le prix de revient. L'intêret est poour les entreprises qui exportent. Elles auraient le double avantage de vendre moins cher, donc de remporter plus de marchés, donc de se développer, donc de diminuer aussi nos besoins en cotisations sociales. Par ailleurs, les entreprises qui exportent ne sont pas soumises à la TVA, mais celles qui importent payent la TVA. Ce seraient ainsi les entreprises importatrices qui participeraient plus activement à notre solidarité, au lieu de la détruire.

Evidemment, l'argument selon lequel la TVA est injuste pourrait porter. Mais si l'on songe que les assurances, les loyers, la médecine, les crédits sont exempts de TVA, que l'alimentaire et les médicaments sont soumis à des taux réduits (qui échapperaient à cette hausse de la TVA), il faut comprendre que les personnes les plus en difficulté en subiraient moins les effets. Est-il normal de ne faire supporter la solidarité sociale que par ceux qui travaillent, sans demander la contribution de ceux qui profitent du système : ceux qui consomment ? Nous avons une dette qui représente plus de 25 000 € par français, il va falloir songer un jour à la rembourser, et pas seulement au détriment de ceux qui travaillent. Ne vaut-il pas mieux taxer le chiffre d'affaire indirectement avec la TVA que taxer le travail des salariés ?
On nous parle souvent des démocraties scandinaves qui ont un fort taux d'imposition comme modèle social. Oui, ils payent beaucoup d'impôts, mais pas sur le travail : sur la consommation. Ils ont un important impôt sur le revenu : ça handicape moins leurs entreprises.

Songeons que les salaires représentent, en moyenne, 36 % du coût de revient d'un produit. Les charges sur les salaires représentent environ 40 % du brut patronal. Dans le prix de revient, les charges salariales représentent donc : 0,36 X 0,40 = 0,14 soit 14 % du prix de revient. Ainsi, pour 1 point de baisse de charges de salaire, il ne faudrait que 0,14 point de hausse de la TVA pour compenser les besoins. Le salarié, gagnerait 0,5 point de salaire en plus (si la baisse des charges est partagée moitié-moitié entre charges patronales et salariales), et ne payerait que 0,14 points de TVA supplémentaire. Un gain net de 0,36 points.
Par ailleurs, les entreprises payeraient plus d'impôt sur les sociétés puisque l'idée de la mesure est de leur permettre de vendre mieux, et les salariés payeraient sans doute un peu plus d'Impôt sur le Revenu. Donc le bilan pour l'état serait meilleur.

Il est nécessaire que la mesure soit appliquée progressivement afin de ne pas perturber le marché de manière trop brutale, mais de manière significative pour que les entreprises et le salariés y aient un avantage.
Reste à trouver l'équipe politique capable de poser le débat, et qui ait le courage politique d'affronter les huées auxquelles il faut s'attendre, en ayant le soin d'apporter les explications nécessaires...

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06 février 2008

Libéralisme

Libéralisme, le mot qui fait honte, le mot qui cumule à lui seul toutes les plaies de l'Occident. La pauvreté, le chômage, la misère sous toutes ses formes seraient les conséquences directes du libéralisme source de précarité, source d'inquiétude, synonyme d'avenir bouché et d'espoir anéanti. Libéralisme, avantage accordé aux entreprises pour qu'elles puissent continuer de saper le système social en préservant leurs dividendes.
On lui accole souvent le préfixe "ultra-" dès fois que les idées précitées ne soient pas assez bien perçues, et ce préfixe qui fait appel aux sentiments les plus radicaux, extrêmistes même, accompagne le fantasme de l'horreur ultime de l'écrasement des masses populaires et salariées vendues aux impératifs d'un marché inhumain. Voilà les conceptions communes du libéralisme dans notre pays.

Or, hormis Alain Madelin (et encore), il n'y a pas le moindre libéral dans la classe politique française. Quelle curiosité tout de même ! Nous avons d'un côté les socialistes en train d'essayer de faire leur rupture idéologique avec le marxisme et la lutte des classes, et les anti-capitalistes, arc-boutés sur les concepts néfastes de "capital" et ses corrolaires (dividendes, actionnaires et actions, etc...). De l'autre côté, nous avons les modérés, tels François Bayrou, autrefois Valery Giscard d'Estaing, Raymond Barre, attachés à l'idée de démocratie sociale, dans laquelle l'état est un régulateur actif. Et puis il y a la nouvelle droite, dite décomplexée, réalistes sur les points à améliorer, mais qui ont du mal à quitter la conception de l'état jacobin centralisateur, toujours enclins à ajouter des tuyaux à l'usine à gaz pour tenter d'améliorer le rendement, mais toujours avec un système où l'état contrôle, définit les règles et pas seulement le cadre, intervient toujours.
Car le libéralisme, ce n'est pas la favorisation des entreprises au détriment des salariés, c'est l'absence d'intervention de l'état dans le marché. Les libéraux réclament des règles pour définir un cadre, et souhaitent que l'état les laisse se débrouiller pour organiser le marché, qu'on cesse de leur imposer la courbure de la banane, la couleur de l'endive, la taille de la courgette ou la hauteur de l'interrupteur. Les libéraux demandent qu'on les laisse travailler et qu'on les sanctionne en cas de faute, et pas qu'on leur demande de passer leur temps à remettre aux normes des installations tous les trois ans parce qu'un salarié s'est blessé à Trifouillis-les-Oies. Normes qui, par ailleurs, ont du mal à être respectées tellement elles sont changeantes, compliquées, onéreuses, inadaptées à certaines activités. On dépense de l'argent pour mettre aux normes, on en dépense encore pour contrôler, et de fait nous n'avons pas moins ni plus d'inconvénients que nos concurrents plus libéraux. Ça coûte simplement plus cher pour faire pareil qu'ailleurs.
Les libéraux pensent que le meilleur appareil de redistribution des richesses, ce n'est pas l'état, mais le marché. Alors que l'état montre son impuissance à redistribuer la richesse parce que d'une part il se sert au passage, et que d'autre part, il est incapable de réagir dans un temps adapté, les libéraux pensent que le marché est plus démocratique et plus juste. Il est plus démocratique puisqu'il est le fruit des volontés du plus grand nombre, plus juste parce que le marché sait toujours accorder le rapport valeur/intérêt (à condition qu'on ne vienne pas le fausser avec des règles provenant du pouvoir), et parce que la liberté prévaut toujours.

Dans notre conception française, libéralisme rime avec "loi du plus fort", "chômage", "délocalisations". Sauf qu'étant l'état le moins le moins libéral, nous avons plus de problèmes que nos concurrents... Nos entreprises connaissent des entraves au développement du fait de contraintes administratives, d'un coût initial de développement important en raison des normes très précises, accompagné d'un risque juridique élevé. Si l'on rajoute une taxation importante du travail et des bénéfices, les entreprises y réfléchissent à deux fois avant de s'étendre. C'est globalement le résultat des réflexions de la commission Attali, rapport rejeté par les anti-libéraux d'une moue de dégoût à la hauteur de l'incompatibilité des conclusions avec leur doctrine. Encore une fois, c'est un rejet par une posture et non par une réflexion. On s'est acharné sur les taxis ou les départements, comme si deux mesures discutables suffisaient à enterrer les 314 autres sans débat.
Dans les pays libéraux, tels les USA ou l'Angleterre, il y a aussi des règles et des contrôles. Des agences privées contrôlent les pratiques des entreprises, des accords de bonne conduite sont conclus entre les entreprises et les associations de défense des consommateurs, et les litiges se règlent devant les tribunaux. Ces pays pratiquent le contrôle a posteriori, c'est à dire une fois que le problème surgit. Nous procèdons au contrôle a priori, sur le simple respect de normes, même lorsqu'il n'y a pas de litige ou de dommage avec un tiers. Nos entreprises calculent leur risque en fonction des amendes encourrues, tandis que les entreprises américaines prennent leur précautions pour éviter une condamnation à des sommes redhibitoires pour la survie de l'entreprise. Ces condamnations sont tellement importantes que les entreprises interviennent en définitive a priori, et celà leur évite de faire n'importe quoi. Le libéralisme, ce n'est pas l'anarchie. Le marché, et la liberté laissée à l'initiative privée, crée lui-même ses contrôles, ses équilibres.
Aux USA, la recherche est financée pour l'essentiel par le privé, tandis que la nôtre, financée par l'état peine à progresser. Le grand nombre de cerveaux exilés en témoigne. Et le nombre de Prix Nobel récoltés par chacun montre de quel côté se situe l'efficacité. L'existence de la Croix-Rouge, des Restos du Coeur, des Compagnons d'Emmaüs, de la ONCE en Espagne démontrent chaque jour et chaque année que le privé est mieux à même que l'état d'apporter des solutions adaptées et souples, y compris dans le champ de la solidarité, qui est pourtant notre cheval de bataille en France. Les fonds de pension américains permettent aux salariés (et anciens salariés) de bénéficier des fruits de la croissance des entreprises, tandis que nous taxons le travail pour payer d'une génération à l'autre les pensions de nos aînés, en subissant les effets démographiques et des aléas de la croissance ou de l'emploi. Nous aurions pu avoir les nôtres en 1995, mais nous avons préféré laisser le soin aux salariés américains de bénéficier de nos efforts par esprit de justice. Nous aurions pu avoir nos fonds de pension se payant sur le fruit de notre propre travail, ce que réclament les syndicats et les anti-libéraux, mais ils les ont refusés par principe. En attendant, les vieux de Miami vivent très bien sur le dos salariés français (entre autres) qui s'échinent au passage à payer aussi les retraites de leurs vieux. Tout autant de sujets impensables en France.

Alors évidemment, il ne s'agit pas de faire un USA-bis à partir des préceptes libéraux. En toute chose, la modération est salutaire. Mais qu'on cesse de parler de libéralisme en France, il n'y en a pas ! En revanche, que les chefs d'entreprises prêchent pour leur paroisse, ça vous paraît anormal ?

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04 février 2008

Volvo : coup de frein sur la justice

Le 17 juin 1999, dans une rue à forte pente de Wasselonne (Bas-Rhin), une automobiliste perdait le contrôle de son break Volvo, fauchant trois personnes dont deux y perdent la vie.

L'automobiliste effarée par cet accident clame son innocence, et soutient qu'elle a connu un problème de freins, la pédale ne répondant pas à sa sollicitation. Une querelle d'experts a eu lieu sur le point de savoir si le système de freinage sur la Volvo 850 TDi break automatique était fiable ou non, le constructeur affirmant sa parfaite fiabilité, deux autres conducteurs venant témoigner d'un défaut similaire lorsque le véhicule se trouve dans une forte pente.
Il se trouve que par ailleurs, Volvo a porté de profondes modifications sur le système de freinage depuis lors. On ne peut pas pour autant considérer ces modifications comme une aveu de culpabilité, mais plutôt comme une réponse "par précaution".

Toujours est-il que le Tribunal Correctionnel de Saverne a condamné Volvo comme principal responsable de l'accident qui a coûté la vie à deux enfants de 9 et 10 ans en 1999, infligeant une peine de 200 000 € d'amende à la firme suédoise sur le chef d'homicide involontaire.
Mais voilà que la conductrice est elle aussi condamnée à six mois de prison avec sursis, un an de suspension du permis de conduire et 300 € d'amende au titre de ... défaut de maîtrise du véhicule.

Et ça, c'est la parfaite contradiction de motifs. De deux choses l'une :
- soit le système de freinage de la Volvo était défaillant, et Volvo est condamnée à l'exclusion de la conductrice qui ne peut raisonnablement pas prévoir que ses freins vont lâcher, la défaillance ayant pour elle le caractère de force majeure (imprévisible, irréductible, extérieure). Que le juge réfléchisse in concreto à la manière de maîtriser un véhicule sans frein.
- soit le système de freinage était fiable, et la conductrice doit être condamnée pour homicide involontaire à l'exclusion de Volvo.

Mais parvenir à condamner les deux, c'est soit la volonté de ne pas partager les torts et de condamner tout le monde en bloc, soit la volonté de satisfaire la sécurité routière et les familles de victimes à la fois (famille écœurée du fait que la conductrice soit en liberté, voire en vie), mais ce n'est pas un avis fondé en droit. On dirait que désormais, sur le simple résultat de l'accident, sans discerner des fautes existant ou pas, une condamnation est prononcée. Peu importent les circonstances.
Un camarade de régiment, sur une route départementale secondaire des environs de Sarrebourg, avait glissé à la sortie d'un virage et sa voiture s'était retrouvée dans le champ voisin, embourbée. Le temps d'aller chercher des secours (en l'occurence un tracteur) pour se tirer de ce mauvais pas, un papillon bleu venait sanctionner "un défaut de maîtrise" avec 600 F à la clef à l'époque. De la même manière, un camion couché sur le bas-côté de l'entrée d'un transporteur était orné du papillon bleu du "défaut de maîtrise".
Est-ce que l'accident n'est pas assez ennuyeux pour ne pas subir en plus une sanction ? Est-ce que les gens cherchent l'accident au point qu'il faille créer une infraction pour que les gens n'aient pas d'accident ? Quelle est cette justice qui sanctionne aveuglément des gens qui subissent une situation ?

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02 février 2008

Une claque qui porte

Un gamin fait la forte tête, insulte son prof, prend une claque et se fait remuer à juste titre, et c'est son prof qui se retrouve en garde à vue, mis en examen pour "violences volontaires aggravées" et sera jugé en mars.
Voilà bien une évolution malheureuse de nos conceptions de l'éducation. Trente ans plus tôt, personne n'aurait songé à mettre en cause le professeur, et pour bien des enfants, la claque du professeur aurait signifié un doublement du tarif à la maison.
Une cohorte d'institutionnels, en particulier le Procureur de la République, n'ont pas hésité à parler de déchaînement de violence, soulevant un hypothétique problème d'alcool, évoquant même la consommation d'une demi-bouteille la veille. Une demi-bouteille de quoi, on ne sait pas. Et pourtant entre une demi-bouteille de bière et une demi-bouteille de whisky, la différence est énorme. Toute la chaîne de protection de l'enfance s'érige contre cette gifle, permettant à l'enfant de croire qu'il peut se comporter n'importe comment, et qu'il ne risque rien. Heureusement, les enseignants du collège, des parents, d'autres élèves apportent leur soutient à cet enseignant considéré comme "autoritaire mais juste". D'autres au contraire, parlent d'un enseignant maniaque de l'ordre. Voilà bien la problématique : quelles sont les limites de l'autorité et de l'éducation sans douleur ?

Je me souviens d'une visite de ma mère à mon institutrice quand j'étais au CE2. Elle est allée trouver mon enseignante car elle me trouvait agité à la maison, et voulait confronter son avis avec celui de la maîtresse. Or celle-ci a blêmi à la venue de ma mère, se tordant dans ses petits souliers en attendant les récriminations à son endroit. Mais dans la conversation, ma mère glisse :
"- Vous savez, s'il est insupportable, n'hésitez pas ! Vous pouvez le gifler en cas de besoin"
La maîtresse, recouvrant ses couleurs :
- Ah ? Il ne vous a pas dit ?
- Pas dit quoi ?
- Ben justement, ... hier,... il n'a pas été très sage, et j'ai été obligée de lui mettre une claque.
Ma mère se tournant vers moi :
- La maîtresse t'a mis une gifle hier ?
Moi, ne pouvant nier, et du bout des lèvres, regardant piteusement mes chaussures :
- oui ...
Et vlan, sans autre forme de procès, une autre claque venait approuver la sanction, tandis que la maîtresse retrouvait son sourire.

Pour mes parents, la maîtresse avait raison parce qu'elle est la maîtresse, sans discussion possible. Et pour ma part, je m'étais bien gardé de confier à mes parents la gifle reçue, sûr du résultat. Et si d'aventure je m'étais permis le "Connard" que l'élève a sorti, mon père m'aurait ramené à l'école par la peau des fesses pour que je présente publiquement mes excuses au prof.
Mais c'est l'inverse qui se produit. Un fils de gendarme mal élevé est protégé par son père qui devrait pourtant connaître les règles de la discipline qui sont elles aussi en vigueur dans la caserne. Comme a dit Luc Ferry sur RTL : "ça serait plutôt aux parents de présenter leurs excuses à l'enseignant". Oui, s'excuser de l'impolitesse de cet enfant, du manque de respect, de leur échec sur un point d'éducation.

Oh, j'entends déjà les récriminations des personnes favorables à l'éducation sans violence, celle qui fait perdre des heures de palabres là où une claque règle tout en trente secondes, et qui fait faire de la discipline dans les classes à la place des cours. Combien de fois peut-on voir des parents, dans les salles d'attente, dans les magasins, les super-marchés, dire à leur enfant "ne fais pas ça", sans que l'enfant ne s'en émeuve plus que ça. On en voit même souvent qui continuent leur bêtise rien que pour vérifier qu'il ne leur arrivera rien d'autre qu'une petite remontrance. En le manège dure : "ne fais pas ça, je t'ai dit", et le gamin continue, achève sa bêtise et ça se termine par : " je t'avais dit de ne pas faire ça. Tu sais que maman n'aime pas quand tu fais des bêtises". Vous pensez bien que l'enfant s'en tape. Le "métier" d'un enfant, c'est de trouver des limites pour se construire. Quand les limites sont si faibles, comment voulez-vous qu'il les trouve les limites ? Alors il va plus loin la fois suivante, histoire de voir si la limite est là.
Pourrait-on corréler ceci aux nombreux problèmes que rencontrent les adolescents et dont tout le monde s'accorde à dire qu'ils manquent de repère ? Evidemment, on lie ça à la société, histoire de dédouaner les parents. Mais ce sont eux qui sont en cause !
J'ai un ami qui a un fils de 5 ans et qui est une véritable terreur. Son père est en déplacement de deux à cinq jours par semaine. Quand papa n'est pas là, il file doux avec maman. Maman, quand elle a dit non, il ne faut pas lui faire dire trois fois. Le troisième non s'accompagne d'une fessée, et l'enfant obtempère avant. Quand Papa est là, le petit fait littéralement ce qu'il veut. J'en ai discuté avec le père qui m'a fait deux objections :
- je ne suis pas là de la semaine, je ne veux pas rentrer le week-end uniquement pour faire le père fouettard, j'ai envie de profiter de mes enfants.
- regarde, toi, tes parents ont été sévères avec toi, est-ce que tu voudrais infliger ça à ton fils ?
Ceci, à mon sens explique très bien le déficit d'éducation, et en particulier des pères. On n'est pas un père que le week-end, on l'est toute la semaine, même absent. Et on ne profite pas de ses enfants, ce ne sont pas des jouets ou des animaux, ou des amis de passage. Il faut les éduquer tous les jours, quelles que soient les circonstances. Au préalable, il faut avoir instauré sa propre autorité, afin que, même absent, l'enfant redoute l'autorité parentale, qu'elle qu'en soit le bord, Papa ou Maman. Là, l'enfant se retranche derrière son père lorsque la mère est en phase d'autorité. Ce qui cause des conflits même entre les parents. Le petit en est même au point où il teste son père en faisant volontairement des bêtises, avec un regard provocant qui m'aurait valu à lui seul une gifle. Le père a beau lui dire "non", l'enfant va au bout de son geste, et rien ne vient le sanctionner. Au contraire, son père lui alors trouve une activité pour qu'il soit sage. Donc la bêtise est une source de récompense. Le monde à l'envers, avec les meilleures intentions du monde. Un jour, cet ami a confié, le temps d'une après-midi son fils à un autre de mes amis, sans enfant lui. Le petit a voulu faire son mariole, mais mon ami n'a pas cédé au manège et le petit a été obéissant toute l'après-midi. Au retour de son père, le petit lui a sauté au cou en lui disant :
- Je suis content que tu reviennes, ici c'est pas comme avec toi, je peux pas faire ce que je veux.

Tout est dit. L'enfant sait les limites, il les a parfaitement comprises. Pourquoi ? Parce qu'il a compris que s'il n'obtempérait pas il risquait une sanction simple et efficace : une fessée au pire, une sévère engueulade au mieux. Il n'en a même pas reçu une seule, la menace étant certaine, ça lui a suffi. A l'inverse, avec son père, il sait qu'il ne risque rien.

Pour son second argument, je m'étonne toujours... Mes parents ont été parfois sévères, certes. Mais pour l'essentiel, ils ont été justes, et j'avoue que je leur en ai fait baver. J'ai pris quelques claques un peu fortes quelques fois, c'est vrai. Mais entre "trop fort" et rien du tout, il y a toute une palette de comportements possibles. Je vois dans cet argument, le même esprit que celui des prosélytes de l'éducation sans contrainte : ils n'ont pas accepté celle qu'ils ont subie, pire, ne l'ont pas encore comprise, et se comportent en totale réaction, agissant à l'opposé complet. Il y a finalement autant de "névroses" au bout, elles sont juste symétriques, si j'ose dire.

Je suis heureux qu'un mouvement collectif vienne en soutien du malheureux prof. J'espère que les syndicats de l'enseignement, d'ordinaire tellement enclins à faire appel à la solidarité, viendront en aide à ce prof. Je suis heureux des trois jours d'exclusions infligés à l'enfant, et je trouve que c'est pas cher payé. Je souhaite que le prof soit purement et simplement relaxé. J'espère que cet incident sera l'occasion de remettre à plat les principes d'éducation sans douleur, qui montrent chaque jour leur limite.

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31 janvier 2008

La droite décomplexée

Je lisais il y a quelques jours un billet d'un blogueur faisant un portrait de la "droite décomplexée". Selon lui, la droite décomplexée est composée de "gagne-petit", de "bras-cassés", d'"envieux", serait dépourvue de neurones et j'en passe.
A la base, l'expression "droite décomplexée" me hérisse. Je ne sais pas qui est le crétin qui l'a inventée, mais il faut lui laisser une place au Panthéon de la connerie.
Bon sang, qu'est-ce qui justifierait que la droite doive être complexée ? Quel déshonneur, quel trouble social y a-t-il à être de droite, à le revendiquer sans s'en cacher ? Quelle morale imposerait de se conformer aux valeurs de gauche comme seule vertu ? A-t-on jamais entendu les gens de droite parler de "gauche crétinisée" ou "sclérosée" ? Quel honneur y a-t-il à insulter l'adversaire ? Le fait même qu'on la considère désormais décomplexée montre bien qu'elle a été conspuée par ses contradicteurs, qui sont pourtant les apôtres de la tolérance, du respect de la différence, ardents défenseurs de la démocratie et du pluralisme, incapables de discrimination. Encore une fois les discours ne sont pas étayés par les actes.
Je n'ai jamais entendu la moindre personne de droite se revendiquer de droite comme une qualité en soi, mais toujours en se référant aux valeurs qui sont les siennes : le travail, le mérite, la liberté, la responsabilité individuelle. A l'opposé, être de gauche suffit à s'offrir un sauf-conduit moral. Et c'est la droite qui serait hautaine, méprisante ?

Parce que si ça s'arretait à ça, encore. Mais il n'y a pas de politique possible que celle qui n'est pas "libérale". Dès qu'on fait une once de mouvement en faveur des entreprises on se trouve taxé de libéral, comme si ce mot était une infâmie. Il leur faut du "social". Le même social qui, dans leur conception, subventionne la pauvreté par ponction sur les riches qui, las de se faire ponctionner préfèrent aller gagner de l'argent ailleurs qu'en France. Ça fait 26 ans qu'on fait ça et que ça s'aggrave, mais ça ne fait rien, il faut continuer. Et de dire ça, c'est du populisme, voire de l'ultra-libéralisme. Jamais le moindre recul, jamais le moindre doute. Si l'on explique que les entreprises ont besoin de gagner de l'argent, on nous renvoie "les milliards d'exonérations de charges sociales qui n'ont pas empêché les délocalisations", en raisonnant pour une centaine d'entreprises de taille mondiale en se moquant des millions de PME qui pourraient se développer et absorber à elles seules le chômage. Tous les chefs d'entreprises réclament qu'on les libère un peu, et parce qu'ils sont chefs d'entreprise, ils sont systématiquement rejetés (mais il n'y a aucun ostracisme chez les gens de gauche, c'est eux qui le disent, voyons !). On ne les écoute surtout pas, dès fois qu'on leur permette de se développer et créer des emplois. Avant les emplois on pense à leurs bénéfices, mais il n'y a pas un brin de jalousie ou d'envie chez les gens de gauche, c'est eux qui l'ont dit ! Pour ma part, je ne connais pas d'entreprise qui crée des emplois sans faire de bénéfice, mais c'est du populisme ultra-libéral... Surtout n'écoutons pas ceux qui savent comment faire, et demandons plutôt à la première Madame Michu rencontrée sur le trottoir ce qu'elle en pense, elle, dès fois qu'on trouve le Prix Nobel d'économie sur le bord de la route.

Imaginez :
- J'ai mal au doigt
- Ben, desserre l'étau ...
- Ah non, c'est ultra-libéral ! Au contraire, je vais mettre un tour de plus.
Voilà le niveau.

On conspue la mondialisation, que nous sommes les seuls au monde à désigner ainsi, comme si notre problème était le reste du monde. Les autres appellent ça globalisation. Et tandis que toutes les économies du monde se mettent au diapason de l'économie mondiale, nous sommes les seuls au monde à penser que l'économie de marché est une mauvaise chose. La population mondiale a cru de presque 2 milliards d'êtres en 25 ans, faisant disparaître la famine pour un autre milliard d'humains, mais ce n'est pas suffisant parce que le français ne sait pas si son modèle social peut survivre. Le français serait prêt à demander au reste du monde de changer pour d'adapter à lui, comme Stan Laurel dans "les conscrits" faisait changer le pas du régiment pour d'adapter au sien. L'inde crée chaque année une France de cadre moyens, et le Français voudrait qu'on la freine pour payer sa sécu... 64 millions d'êtres humains contre 6 milliards 600 millions ...




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