22 février 2009
Entrée libre, sortie impossible
Mes nouvelles fonctions m'amènent à m'apercevoir de certaines pratiques des entreprises à travers les litiges qui me sont soumis, et en particulier les grands opérateurs dans le domaine de téléphonie et de l'Internet.
Dans la téléphonie, les 3 opérateurs principaux ont environ les mêmes problèmes, et c'est plus souvent une erreur technique qui génère les litiges. L'abonné mécontent suspend ses prélèvements, en réaction l'opérateur résilie le contrat et réclame l'intégralité des mensualités jusqu'au terme du contrat. C'est là que l'abonné vient me voir pour que je l'aide à régler le litige, ce qui se fait de manière amiable le plus souvent, et quelque fois grâce à des arguments juridiques précis. Il est rare que l'opérateur ne donne pas suite aux réclamations de l'organisation pour laquelle je travaille.
Dans le domaine de l'Internet, on rencontre les mêmes soucis chez les opérateurs, avec les mêmes conséquences. Certains opérateurs ont plus de soucis techniques que d'autres, d'autres ont plus de mal avec leur service commercial, mais hormis ALICE qui a plus de soucis techniques que d'autres dans quelques secteurs géographiques, les autres relèvent des trois opérateurs de téléphonie, un rachat de Club-Internet, Neuf, AOL par SFR ayant réduit les intervenant. Il en est pourtant un qui, s'il est techniquement parfait est commercialement odieux. Cet opérateur porte le nom de la gratuité, de la liberté, en anglais (vous comprendrez que je ne peux pas citer son nom ici, étant donné ce que je vais dire, sous peine de poursuite).
Cet opérateur Internet est sans doute le plus fiable d'un point de vue technique. Je n'ai jamais eu aucune récrimination de quelqu'un se plaignant de la qualité du service. Les problèmes surviennent lors de la résiliation.
Si, apparemment, le contrat permet une résiliation facile, les faits démontrent le contraire, tant les dossiers s'accumulent sur mon bureau.
Vous envoyez votre lettre de résiliation avec AR, et le mois suivant, contrairement au contrat, les prélèvements continuent. Vous écrivez alors une lettre au service commercial selon un formulaire à télécharger sur le site (et qui est si petit qu'il est difficile de clairement exposer son problème). Dans le délai d'un mois, vous recevez un mail vous disant qu'on a accusé réception de votre lettre, mais pas de nouvelle de votre demande. Un mois plus tard on vous renvoie une lettre circulaire disant qu'on n'a pas reçu votre lettre de résiliation, alors que vous avez l'accusé de réception. Vous êtes de nouveau obligé de leur écrire et vous repartez pour un tour d'un à deux mois en attendant qu'on vous réponde. Et vous recevez une autre lettre circulaire identique, ou si vous avez de la chance, on vous dit qu'il faut donner le numéro de récépissé d'AR (ou s'il s'agit du modem, du numéro de colissimo). Vous renvoyez ça, et vous voilà repartis pour un à deux mois d'attente. Pendant ce temps là, les prélèvements continuent bien sûr, et si vous y avez fait opposition, vous recevez en plus des lettres de relance avec 4€ de pénalité, lettres qui seront bientôt poursuivies par un cabinet de recouvrement. Si le SAV ne fonctionne pas, en tous cas la comptabilité, ça va !
Il peut arriver à ce moment là qu'on vous dise que le fax que vous avez envoyé, que la copie que vous avez fournie soit illisible, auquel cas il vous faut encore envoyer un courrier. Vous voilà déjà à 8 mois de litige, et rien ne s'est passé, sauf les lettres de relance que vous recevez d'un huissier de Tours qui vous invite à les contacter par SMS surtaxé pour les payer. On ne sait pas quel peut être l'intérêt du SMS... On peut aussi vous réclamer le montant des pénalités qui sont duês en cas de non-restitution du modem alors que vous l'avez envoyé, preuve à l'appui. On peut même vous le demander alors que vous avez déménagé et que vous l'utilisez pour la nouvelle ligne pour laquelle vous êtes toujours abonné chez ce même opérateur.
J'imagine que des gens se laissent impressionner et payent des sommes qui ne sont pas dues. De même, face à des longueurs tellement importantes, des personnes se lassent et abandonnent les 50 à 100 € de créance, au prix de leur paix. Seulement voilà, 100 € multiplié par .... combien de personnes dans ce cas là, ça fait combien de millions d'euros encaissé sans cause ?
Pour ma part, depuis le 5 janvier, date à laquelle j'ai commencé ces fonctions, j'ai déjà 11 dossiers identiques. Les origines varient parfois, mais les procédures sont les mêmes.
On pourrait se dire qu'ils sont mal organisés, mais quand on retrouve les mêmes méthodes, on est en droit de penser qu'au contraire ils sont bien organisés. Tout est organisé à dessein de lasser l'abonné partant. Et ainsi on augmente le chiffre d'affaire (et la marge, surtout) sans contre-partie. Les cas sont disséminés dans la nature, et chaque victime se dit qu'elle n'a pas eu de chance. Sauf que pour ma part, réunissant leurs réclamations, je m'aperçois que ce n'est plus un dysfonctionnement, mais une pratique.
Ainsi, dès cette semaine, nous allons (mon organisation et moi) déposer un dossier à la DGCCRF, parce qu'en plus, pour contourner la Loi Chatel qui rend les "hot-line" gratuite, cet opérateur facture le temps passé en "assistance technique" sur vos factures. C'est ce qu'on appelle un fraude caractérisée.
Nous sommes très inquiet quant à l'avenir. Cet opérateur est pressenti pour devenir le quatrième opérateur en téléphonie mobile. Nous ne souhaitons pas que cet opérateur puisse faire subir à ses clients les mêmes pratiques lorsqu'ils seront abonnés au téléphone cellulaire. Or les pratiques actuelles sur Internet en laissent largement douter.
28 novembre 2008
La politique autrement : les femmes
Ça y est, la bataille de Solferino est terminée, et après maints rebondissements, le PS à un nouveau premier secrétaire (NB : pour tous ceux qui voudraient me reprendre en disant : "première secrétaire", je ne vois pas pourquoi je déclinerai au féminin un métier qui n'a pas de sexe, et pour lequel les femmes se sont battues afin de ne plus faire de différence entre les hommes et les femmes. Pourquoi nommer différemment ce qu'on veut considérer comme identique ?).
Martine Aubry est donc à la tête du PS. Je ne dirai pas "chef", il n'y a pas de chef au PS. En fait, il y en a trop, et leur culture exècre les chefs. C'est pour ça qu'ils perdent, c'est pour ça qu'on ne sait pas ce qu'ils pensent, c'est pour ça qu'il y a tant de divisions, c'est pour ça qu'ils sont au plus bas : ils n'ont pas de chef. Mais tout le monde a voulu l'être, cependant.
La lutte a montré un bel exemple de parité. Deux hommes et deux femmes au tour des motions, un homme et deux femmes au premier tour, et deux femmes au deuxième tour.
Deux femmes au deuxième tour. Après l'élection d'Obama, on pouvait s'attendre à un choc. Il a été là. Splendide. Merveilleux. On se rappelle Ségolène Royal parlant d'une femme au pouvoir représentant l'assurance d'une politique “autrement" (vous savez, ce "autrement" qui suscité tant d'espoirs mais qui ne signifie rien. Voilà donc le voile levé sur une part de cet "autrement" : bataille de chiffonniers, crêpage de chignons, coups bas, menaces judiciaires... "autrement". Parce que 42 voix ne suffisant pas à la convaincre, Ségolène Royal a réclamé, contesté, couiné, pleurniché, en a fait une question de principe. L'apprentissage de la démocratie, dit-on. Le PS est un apprenti de la démocratie... haha ! C'est finalement 102 voix qui restent du même côté de la balance. Madame Royal a perdu. A la deuxième leçon, elle a semblé comprendre, cessant ses menaces judiciaires mais s'avançant à nouveau pour 2012, une petite flèche dans le dos de sa concurrente, vainqueur de l'élection, mais ce dont Mme Royal se moque.
Donc en résumé, quand deux femmes se trouvent en lutte pour un poste à responsabilité politique elles se montrent hautaines, méprisantes, vindicatives, agressives, et finissent par montrer un dédain pour la démocratie (au moins l'une d'entre elles) ? Est-ce vraiment le plus bel exemple de ce que peuvent faire les femmes une fois au pouvoir ?
13 novembre 2008
Discrimination et égalité
Depuis l'élection de Barrack Obama à l'élection américaine, voilà qu'au-delà des espoirs de voir une Amérique plus conforme à son image de terre d'élection pour rêveur en quête de fortune, la question de l'égalité des chances s'est aiguisée, suscitant des convoitises dans le vieux continent, et en particulier en France : pourquoi est-ce possible là-bas et pas ici, comment ont-ils fait, que doit-on en retenir, et comment y apporter des solutions ?
Et comme toujours dans ce genre de cas, on discute comme si la vieille Europe et la jeune Amérique étaient sociologiquement identiques, comme si rien ne les distinguait culturellement, se limitant aux appareils politiques, aux institutions et à la législation pour faire des éléments de comparaison. Or, justement, une des premières différences, c'est la composition ethnique de l'Amérique. Autant la presse a su y songer en campagne pour traquer les signes de victoire d'Obama en décortiquant la composition électorale de l'Amérique, autant elle l'oublie pour comprendre pourquoi nos "minorités visibles" n'ont pas la même réussite.
Il faut d'abord considérer qu'à la différence de la France, les Etats-Unis, c'est plus d'un tiers de noirs et latinos. Nous en sommes très loin avec nos 15 % d'immigrés "visibles". Statistiquement, nous avons deux fois moins de chance de voir quelqu'un issu d'une minorité parvenir à de hautes responsabilités, et ce chiffre augmente quand on songe que plus une minorité est réduite, moins elle a de chances qu'un de ses membres soit élu. C'est un effet direct de la loi du nombre, sans même considérer les questions de discrimination. Rajoutons l'effet provenant du racisme ou des conservatismes ambiants, ostracismes en tout genre, et il est certain que nous avons moins de chance de voir des "minorités visibles" accéder aux postes politiques à la suite d'élections.
Prenons également en compte que si le combat américain contre la ségrégation semble récent, le discours du pasteur Martin Luther King est de 1964, et la lutte démarrant en Alabama datant de la même époque. Il a fallu quarante ans de combat pour que les discrimination s'atténuent, à défaut de cesser. Or, historiquement, nous ne vivons dans la conscience de notre diversité que depuis quelques années, "Touche pas à mon pote", le MRAP sont nés dans les années 80, soit il y a moins de trente ans. Il faut encore une peu pousser les générations pour que le travail entrepris ici porte ses fruits comme là-bas.
Il y a aussi la question du bonhomme. Barrack Obama permet à son électorat blanc une identification grâce à son métissage, son niveau d'éducation, son élocution et sa culture. Le type a un charisme indéniable, de l'élégance. Et surtout, un mode de vie identique aux blancs. Est-ce qu'un autre candidat qui n'aurait pas été métis, qui aurait plus revendiqué sa négritude, qui aurait plus conservé dans son art de vivre des codes d'identification au peuple noir aurait été élu ? On ne le saura jamais, mais je ne l'imagine pas.
De notre côté de l'Atlantique, personne pour le moment ne parait réunir les qualités d'Obama dans notre horizon politique, tout bord confondu. Est-ce un problème de formation ? L'exemple de Rama Yade montre qu'on peut-être administrateur au Sénat, l'un des concours les plus difficile en France — bien plus que l'ENA — et être d'origine sénégalaise. Est-ce que ces minorités ont la même envie de conquête du pouvoir une fois qu'elles ont accédé à des formations supérieures ? On considère souvent à tort que ces sociologies sont les mêmes. Or je ne pense pas qu'en tant qu'immigré accédant pour la première fois à la formation supérieure on réfléchisse de la même manière que les gens du cru. A-t-on plus envie d'asseoir d'abord sa propre situation matérielle avant d'entrer dans le combat idéologique, ou le contraire ? La génération suivante verra certainement monter des hommes politiques issus de la diversité, et accéder aux plus hautes fonctions. C'est un élément à prendre en considération. Elément qui peut expliquer
que les minorités visibles le soient moins dans les élites de la
politique.
Car il s'agit effectivement d'un souci dans le monde politique. La popularité de Yannick Noah montre que ce n'est pas un souci provenant de la population. De même Audrey Pulvar, Karine Lemarchand, Harry Roselmack, Vanessa Dolmen montrent que la télévision a déjà franchi le cap. Par le passé, Rachid Arab a été un excellent présentateur du journal (parlant un français bien supérieur à ses confrères, soit dit en passant), et est aujourd'hui membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. Ce ne sont quelques noms, mais à bien y regarder dans les reportages de la télévision, bon nombre de correspondants sont issus de l'immigration, de la jeune génération née en France. Le mouvement est au moins enclenché de ce côté là. Je connais moi-même des chirurgiens, des avocats, des chefs d'entreprises venus de l'immigration et ni leur clientèle, ni leurs confrères ne semblent faire grand cas de leur origine, à quelques imbéciles près, comme toujours.
Je salue Benoit Hamon, imité par Manuel Valls, qui a bien souligné l'attitude des partis politiques, et du PS en particulier, qui, soucieux de remporter les sièges, n'osent pas le risque de l'immigration sur leurs fiefs, et ont tendance à envoyer au casse-pipe les candidats provenant de l'immigration. Ceux-là même qui ont de beaux discours sont les premiers à ne pas prendre de risques et à ne pas mettre en actes leurs préceptes et exhortations.
Et puis il y a le cas des femmes. Handicapées par leurs grossesses, elles subissent de la discrimination à l'embauche. Tout le monde a plutôt bien analysé les raisons des différences de salaires, des discriminations à l'embauche. Le marché est têtu, il ne semble guère évoluer.
On parle moins des métiers où entrer est difficile pour un homme, comme le milieu de la petite enfance, par exemple. Là aussi, sous l'aspect politique se cache peut-être aussi une sociologie différente. Sous prétexte que nous sommes égaux, hommes et femmes, avons-nous pour autant les mêmes velléités politiques ? Si l'on considère que nous sommes différents, peut-on imaginer que les femmes n'ont pas la même soif de pouvoir que les hommes ? L'élection législative de 1997 a montré un chiffre que personne n'a remarqué. Sur 6000 candidats à l'élection, seules 2000 femmes avaient fait actes de candidature. A l'époque où l'on commençait déjà à parler de parité, le chiffre m'a semblé éloquent. Si l'on retire les candidats des 4 grandes formations, soit environ 2000 candidats, il ne restait plus que 4000 candidats. A songer que chaque grande formation avait essayé d'approcher la parité, il fallait encore retirer 1000 femmes aux 2000 candidates. Soit donc, hors des grands appareils politiques, 1000 femmes pour 4000 candidats ! Une femme pour trois hommes. Ne peut-on y voir là la mesure de l'appétit des hommes à conquérir le pouvoir, ou au contraire, le peu d'attirance pour le pouvoir chez les femmes ?
Il ne s'agit pas pour moi de disculper les hommes ou de négliger le phénomène, voire de justifier l'inacceptable, mais de souligner que certaines pistes de réflexion peuvent apporter une partie de réponse. Quand j'entends qu'il y a de la discrimination chez les patrons avec trop peu de femmes, j'ai un peu envie de rire. Pour moi qui l'ai été, devenir patron est un acte purement personnel, un engagement réfléchi et les seules contraintes que j'y ai vues sont l'argent et la peur. Peut-être me dira-t-on que certaines femmes ne prennent pas cet engagement à cause des circonstances tenant à leur famille, à l'éducation de leurs enfants. J'en ai pourtant assez connu qui n'ont pas hésité et ont réussi, même avec un enfant très jeune lorsqu'elles se lançaient. Et quant à cette réserve, n'est-ce pas là la différence entre les hommes et femmes qui se concrétise en terme de chiffres ?
Les métiers ne sont pas barrés, mais avons-nous tous envie des mêmes choses dans les mêmes proportions ? Voilà un élément de réflexion que je n'ai jamais entendu ou lu. A l'inverse les hommes ne s'émeuvent que très peu qu'il y a si peu d'hommes chez les mercières, les assistantes maternelles, les esthéticiennes, les sages-femmes. Les femmes ne réclament pas de devenir déménageur ou manœuvre dans le BTP. Preuve que nous sommes différents et n'avons pas strictement les mêmes aspirations. Si celles-ci sont volontairement caricaturales, ne peut-on trouver des explications similaires dans d'autres cas ?
Et puis, il y a un dernier point qui m'agace. C'est qu'on confonde la représentation et la représentativité. L'Assemblée Nationale est la représentation de la France, mais pas dans sa représentativité. Elle représente, c'est à dire qu'elle est munie d'un mandat au nom des Français. Jamais un mandataire n'a eu besoin de ressembler à son mandant pour exécuter son mandat. Quand un député est élu, il représente — dans le sens où il va donner son consentement pour eux — l'ensemble des électeurs de sa circonscription : blancs, noirs, arabes, juifs, hommes, femmes, homosexuels, hétéros, gauchers, droitiers, blonds, athées, handicapés, valides, riches, pauvres, etc. Et il ne peut pas être tous à la fois. Ainsi, il est stupide de demander à nos représentants de ressembler collectivement à notre population alors que nous les élisons un à un par circonscription.
Ou alors un jour, on finira par devoir voter obligatoirement dans une quelconque circonscription pour une femme noire handicapée homosexuelle bouddhiste gauchère blonde aux yeux bleus et riche afin qu'elle puisse remplir un quota légal. Est-ce que la démocratie y aura gagné ?
10 novembre 2008
Tempête dans un verre d'eau
Ça y est, la dernière ligne droite annonçant le sprint vers le poste de Premier Secrétaire du Parti Socialiste est en vue La course au titre est lancée, faisant encore une fois étalage de la faiblesse politique du parti à la rose. Car fort de plusieurs têtes, aucune ne semble être pleine.
On a cru Bertrand Delanoë bien lancé, jouant de sa popularité bien assise de Maire de Paris. Mais n'en joue pas comme Jacques Chirac en son temps qui veut. Le Maire de Paris, en se positionnant comme "libéral politique", s'est attiré les foudres de son aile gauche. On l'a vu, l'amalgame est de mise même entre socialistes, et utiliser un gros mot comme "libéral" lui a été presque fatal. Oser employer ce mot réservé à la droite, tout en osant s'affirmer indépendant, voire libre, libre même de s'affranchir de la ligne politique du PS (mais quelle est-elle ?), voilà qui a suscité bien des émois. Le Maire de Paris en a perdu sa place de favori dans l'investiture à la rue de Solférino.
A l'opposé, dans le style, Madame Royal nous a offert un bal de la Reine, et s'est offert, sans doute, le prix du faux-cul de l'année. Venant annoncer son retrait dans le combat pour succéder à François Hollande, elle a avoué "ne pas en faire un préalable". On pourrait penser qu'il s'agissait chez elle d'un peu de bon sens, mais pourquoi ce meeting aux allures de one-woman show à Bercy, alors ? De qui faisait-elle la promotion, alors ? Curieuse manière de promouvoir la "fra-ter-ni-té", en évinçant ses collègues.... De fait, elle ne sera sans doute pas Premier Secrétaire du PS, laissant la place à Vincent Peillon qui serait plus à même de rassembler sur son nom les différentes sensibilités au sein du PS.
Martine Aubry a fait jeu égal avec B. Delanoë, et pour une figure quasi-absente pendant plusieurs années, on peut trouver la performance assez stupéfiante. Auréolée des 35 heures, affirmée dans une position radicale, elle a l'image de la femme incorruptible, loin des manigances des appareils politiques. Mais a-t-elle une chance ? N'a-t-elle pas été la main secourable à Ségolène Royal pour empêcher Delanoë de l'emporter au premier tour ?
Reste Benoit Hammon, qui réalise près de 20 % sur l'aile gauche du parti. Le Monsieur Plus du PS fricote avec le discours du Nouveau Parti Anticapitaliste d'Olivier Besancenot. "Plus de", "autrement", "mieux", sans dire comment ni quoi, c'est la rhétorique qui plait à la gauche de la gauche. Quand un votant sur cinq se rapproche de la radicalité, à l'opposé de Delanoë ou Royal, quelle unité peut-il y avoir dans ce parti ?
Mais au-delà des personnes, la méthode est formidable. Dans les partis politiques en Europe, ou ailleurs, un homme (homme au sens large, ça peut aussi être une femme) présente son programme et suscite l'adhésion. Il tire ensuite avec lui le parti vers la victoire électorale. Le leader se fait faire un costume de chef à sa taille, et l'endosse avec l'appui de sa base. Ça, c'est hors du PS.
Au PS, on vote un programme, mais comme il y a beaucoup de programmes venant de divers courants, on vote des synthèses de programmes. Ensuite, comme aucune n'a la majorité, on vote pour savoir qui va le mieux représenter ce programme qui ne convient plus à personne. Et comme celui qui est à la tête du Parti n'est pas forcément à l'aise avec un discours qui n'est pas forcément le sien, il est très contesté. Il est aussi contesté par ceux qui sont représentés par un bout de leur programme dans la synthèse. Alors pour les élections, on désigne quelqu'un qui n'est pas le leader du Parti pour aller chercher la victoire. Mais le chef du parti, qui avait déjà lorgné sur le poste en retire des aigreurs personnelles, et a tendance à ne pas soutenir franchement le candidat. Et à la fin tout le monde perd.
Imaginez qu'un leader politique soit obligé d'endosser un costume taillé non sur ses propres mesures, mais des mesures de tout le monde : le tour de taille de l'un, la longueur du bras droit de l'autre, une autre longueur pour le bras gauche, etc. Et il faudrait que ce costume lui seille à merveille !
Ça vous rappelle quelque chose ? Eh bien, ils vont remettre ça ! Ségolène Royal, qui est en mesure de prendre la tête du PS pour aller jusqu'à son objectif personnel, c'est à dire l'élection présidentielle, va certainement laisser la place à Vincent Peillon, sans renoncer à sa candidature en 2012. Sans doute veut-elle s'épargner les coups pendant la durée du mandat actuel. Mais peut-on s'imaginer gagner en évitant les coups, et sans vouloir s'affirmer en tant que chef ? Madame Royal a sans doute trop envie de plébiscite.
05 novembre 2008
Obama pour un nouveau monde ?
Saluons la victoire cette nuit de Barrack Obama qui sera investi le 20 janvier prochain des pouvoirs du Président des Etats-Unis. Le 44è président de l'histoire américaine incarne à bien des égards un renouveau pour les Etats-Unis, et, partant, pour le monde. Cependant, si j'ai été moi-même séduit par l'individu, si la jeunesse de l'homme, et le fait qu'il soit homme de couleur donnent une caution à ce renouveau, n'y a-t-il pas un certain degré d'illusions dans cet élan ?
Je regrette qu'au XXIè siècle, on accorde tant d'importance à la couleur de la peau d'un homme. Certes, il y a la valeur symbolique, mais l'insistance de certains à rappeler le symbole maintient la différence de traitement. Barrack Obama a et l'intelligence de mener un campagne non revancharde, non ethnique. Il a assumé sa négritude mais n'en a pas fait un étendard. Certains leaders noirs-américains le lui ont d'ailleurs assez reproché, souffrant de ce que le candidat n'épousait pas assez la cause des descendants de l'esclavage et de la ségrégation. Encore une fois, la vie politique démontre que le pardon (ce qui ne signifie pas l'oubli !) et le dépassement des clivages est plus rassembleur que la rancune. Barrack Obama a été le candidat de ce qu'est l'Amérique : un pays où tout est possible, y compris qu'un immigré de la seconde génération accède à la plus haute charge de la nation.
Je regrette que certains dirigeants politique français aient parlé de la "victoire de la diversité", réduisant le choix américain à une vision ethnique, en cherchant à intégrer ce fait politique majeur à leur discours mièvre et beni-oui-oui. Saluer les origines ethniques d'Obama pour caution d'une qualité, ça me parait tout aussi raciste que de souligner ces mêmes origines pour le discréditer. Quand donc cessera-t-on d'en parler ? Espérons que cette victoire finira par banaliser les esprits.
Sur le changement pour le monde, je crains que beaucoup se soient bercés d'illusions. Peu de présidents américains sont allés à l'inverse de l'administration qui les a précédés. Clinton n'a pas fait un retour sur la première guerre en Irak, loin s'en faut. Il a lui-même fait bombarder le territoire irakien à plusieurs reprises lors de ses deux mandats. Je pense que Barrack Obama va se trouver confronté à la dure réalité : il sera très difficile de revenir en arrière, tant les intérêts stratégiques sont intriqués. Cela reviendrait à enlever une pièce au château de cartes, et pas nécessairement la plus haute... Sans considération morale sur cette guerre, le fait est qu'elle est lancée, et il me semble qu'un retour en arrière n'est plus possible. Peut-être que la nouvelle administration Obama va mener une politique plus ouverte face à l'Europe, mais est-ce cela qui va changer réellement le monde ?
Obama pourra-t-il à lui seul juguler la crise financière et ses effets secondaires ? Je ne le pense pas non plus, le pouvoir économique n'appartient plus aux états depuis belle lurette, et pas plus lui que Bush, ou tout autre président d'une autre nation, ne peut décider d'une stratégie certaine pour y mettre fin. Il faudra sans doute donner des gages, et alors le marché y réagira favorablement ou pas. Mais pas de recette miracle.
Souhaitons à Barrack Obama une belle période d'état de grâce. Soyons certains que le charme et le talent du bonhomme sauront lui permettre de conserver une popularité durable, mais n'en attendons pas une révolution du monde.
27 octobre 2008
Des milliards pour les banques
En ces temps difficiles, alors que le monde financier connaît une crise que certains disent sans précédent, on nous jette à la tête des milliards d'euros ou de dollars, qui doivent sauver le système. Tandis que certains n'hésitent pas à parler de l'échec du capitalisme, montrant leur incompétence ou leur mauvaise foi - est-ce qu'on peut parler de l'échec de l'automobile quand il y a un carambolage ou des centaines de kilomètres de bouchon ? - et que d'autres confrontent ces milliards faits en cadeau aux banques en les comparant au prix de la faim dans le monde, qui a réellement expliqué l'intérêt de ce plan ?
Evidemment, pour tous ceux qui ne savent pas compter, qui ont une vision de l'état dans sa prodigalité, il ne fait aucun doute que cet argent sera versé gratuitement aux banques. On a tellement habitué les gens à obtenir des sommes de l'état sans contre-partie qu'il leur semble évident que ce sera la même chose pour les "riches", avec le sentiment de la double injustice qui consiste à prêter plus facilement aux riches qu'aux pauvres qui en ont besoin eux, et pire, qu'on leur "donne" cet argent en le faisant payer par le contribuable. Car telle est la question : d'où sort-on ces milliards alors que le Président a dit que "les caisses sont vides".
On peut reprocher à nos élus de ne pas avoir expliqué le mécanisme, et pour comprendre moi-même, il m'a tout de même fallu bien lire entre les lignes. A l'inverse on peut imaginer que ce silence était volontaire, histoire de ne pas ajouter du cynisme à la misère. Car de fait, cette crise est une opportunité financière rare pour un état.
Les banques sont dans une situation financière difficile, dans la mesure où elles ne se prêtent plus d'argent entre elles, craignant pour la solvabilité de leur débiteur, ou en raison du manque de liquidités du créancier. La situation se fige, et il n'y a pas tant de manière d'agir :
- faire entrer de l'argent frais par soit la liquidation d'actifs (vente de biens) ou par augmentation du capital
- obtenir des garanties afin de calmer la frilosité des banques.
Stratégiquement, vendre des biens maintenant, alors que la plupart des cours sont au plus bas, c'est délicat. Ça risque même d'aggraver la situation de la banque. Donc il faut faire rentrer de l'argent dans le capital. Or, si les grands groupes financiers sont en difficulté, ils vont hésiter à racheter des banques dont les actifs peuvent être frelatés dont une proportion que l'on ignore toujours. Reste l'état.
Alors d'où sort l'argent. L'état va emprunter de l'argent à des banques (du genre Banque Centrale Européenne) ou à des fonds étrangers (fonds souverains de quelques nouveaux pays riches). En contre-partie, elle va payer un intérêt.
De cet argent, elle va entrer dans des capitaux des banques. Donc la contre-partie de cet emprunt sera des parts sociales d'entreprises achetées à des cours très bas (toutes les banques sont actuellement sous-évaluées). Donc, d'une part l'état va toucher chaque année un dividende (car même en cette année de crise, bien des banques vont tout de même réaliser un bénéfice). Ce sera une première manière de rémunérer l'emprunt effectué. Deuxièmement, quand la situation des banques se sera améliorée, le cours des parts sociales sera monté et l'état aura réalisé une bonne plus-value, qui devrait rendre l'opération largement bénéficiaire. Le plan serait de 40 milliards d'euros. Soit environ 80 % du produit de l'impôt sur le revenu une année, ou 80 % des intérêts annuels de la dette. Gageons qu'il devrait permettre à l'état de rentrer dans ses sous.
De l'autre côté, l'état s'est engagé à hauteur de 320 millions d'euros (en gros, un budget annuel de l'état) pour garantir les emprunts des banques entre elles. De fait, l'état se porte caution des emprunts des banques entre elles. Donc, la certitude d'avoir à décaisser ces 320 milliards n'est pas établie. Il faudra au préalable que les difficultés des banques à rembourser leurs crédits soient avérées. Ensuite l'état versera les sommes dues, en n'oubliant pas de se retourner contre la banque défaillante. Et ça non plus, ça n'est pas gratuit. Un mécanisme du type de celui des assurances est mis en place afin de rémunérer le service. Ainsi, en échange de cette garantie, les banques vont payer une cotisation qui, si elle est bien calculée, devrait permettre à l'état de gagner de l'argent, même s'il devait être amené à combler quelques crédits, et à tout le moins à compenser les intérêts des emprunts souscrits pour subvenir aux défaillances de banques. En se retournant contre la banque défaillante, l'état devrait encore récupérer au moins une partie du capital versé.
Donc on le voit, cette opération peut conduire à 3 moyens directs pour que l'état gagne de l'argent pendant la crise et que ces 360 milliards ne sont pas un simple cadeau gratuit aux banques sur le dos du contribuable, mais un investissement financier sur le dos des banquiers.
Evidemment, on ne voit pas Ségolène Royal, qui parle de "nationalisation des banques", voyant un triomphe des idées socialistes, venir expliquer que l'état va se comporter comme les financiers qu'elle décrie et a fortiori pour sauver le système qu'elle considère comme mort, avec les méthodes qu'elle réprouve. Soit elle est incompétente, ce que je ne pense pas, soit elle prend ses électeurs pour des imbéciles en leur disant ce qu'ils veulent entendre, ce que je crois plus volontiers. Ça manque tout de même d'honnêteté vis à vis de son électorat. Mentir pour son propre intérêt au mépris de la vérité, on dirait un élu de droite ...
De son côté, le gouvernement n'a pas fait grand chose non plus pour venir expliquer. Il faut dire aussi que toute explication de plus de 26 secondes étant hors des formats audio-visuels, le journaliste sacrifiant sa mission d'information à l'audience, il est tout de même difficile d'expliquer les choses. Le Président de la République avait donné ces explications lors de la conférence de presse annonçant le plan, mais ce qu'en ont relayé les médias, pour l'essentiel, c'était les montants. Pour le mécanisme, c'est réservé à une élite, sans doute. Il ne faut pas noyer l'auditeur ou le téléspectateur, manière indirecte de nous faire passer pour des abrutis. Et expliquer pourrait nous faire voter en conscience...
Alors du coup, on nous oppose ces milliards refusés aux pauvres mais accordés aux riches. Sauf que donner des milliards pour sauver l'argent de tous, ce n'est pas le même coût que de donner directement des milliards aux pauvres, mais sans contrepartie. C'est la différence entre investir et dépenser. Une notion difficile à appréhender au PS, ou à l'extrême gauche qui préfère véhiculer le populisme. Ça assoit certainement mieux la base électorale.
Mais aller expliquer ça à quelqu'un qui ne sait pas compter, qui ne comprend rien à la finance, qui en est resté à la prodigalité de l'état en guise de philosophie, et pour qui les réalités du mondes devraient ressembler à un 24 décembre à 23 heures... : un anti-capitaliste par exemple... Que voulez-vous qu'il comprenne alors qu'il mélange tout, et que le message ambiant le maintient dans son ignorance ?
17 octobre 2008
De quoi faut-il avoir peur ?
"De quoi faut-il avoir peur ?" s'interrogeait hier soir le présentateur du journal de 18 heures sur RTL. Et loin d'être une figure de style, la question souvent reprise en ces temps de crise est souvent répétée par des journalistes telle Arlette Chabot, Carole Gaessler, etc... Cette question montre une déontologie sous-jacente qui en dit long, bien trop long, sur l'état d'esprit de nos journalistes qui tentent de nous expliquer la vie du haut de leurs études.
La question n'est pas "qu'est-ce qui est dangereux ?", histoire d'éclairer sur les pièges à éviter. La question n'est pas non plus "quels sont les risques ?" ou "que peut-on craindre ?", histoire de détailler un mécanisme afin de faire comprendre. Ce n'est pas non plus "où est le danger ?", histoire d'identifier. Il s'agit bien d'avoir peur. La question est à peine voilée : comment pouvons-nous faire peur à notre audience. Il s'agit non pas d'éclairer, d'informer, mais bien de faire peur. Vendre de la peur pour vendre de l'audience grâce à des suppositions simplistes, et non informer en détail sur des faits précis. Ce n'est pas qu'on "peut" avoir peur, c'est qu'il "faut" avoir peur ! C'est presque une obligation ! Il faut assujettir en suscitant la peur, il faut endoctriner pour faire rentrer des peurs dans les crânes. Car on le sait, les crânes couards sont plus aisément maniables. Sous l'apparence de l'information, on vend de la peur. Peur du chômage, d'abord, peur de la misère ensuite, peur de demain, peur de maintenant, peur du temps : tout est alarmant, jusqu'à la banquise qui va faire monter le niveau des mers en fondant. Moi j'ai jamais vu que mon glaçon faisait monter le niveau de mon pastis en fondant... Mais on fait peur avec ça. Archimède doit s'en retourner dans sa tombe.
Je croyais bêtement que la mission sacrée du journaliste, celui qui se défend si haut et fort pour la liberté de la presse, pour son indépendance et son impartialité, avait pour but d'éclairer les populations pour leur donner les moyens de faire leurs propres choix en conscience, en utilisant - je vais dire un gros mot - leur libre-arbitre. En guise d'éclairage on sert des peurs. Ecoutez attentivement la structure d'un journal. L'information en elle-même tient en un ligne à chaque titre. Le reste n'est qu'une succession de suppositions, souvent imbéciles, et pas l'ombre d'un élément objectif qui permet d'obtenir des points tangibles sur lequel fonder son opinion. Non, il faut se coltiner l'avis du journaliste machin, dont on se fout complètement ; je vois pas pourquoi cet olibrius s'arroge le droit de penser à ma place. Ou alors mieux, on va demander son avis au premier incompétent qui passe, histoire de savoir ce que pense les gens, celui-là même à qui on a vendu de la peur. Et la boucle est bouclée.
Déontologiquement, un journaliste ne devrait pas avoir le droit de donner son opinion sur des faits, supposés ou non. Je ne sais pas qui a dit qu'ils ne devraient pas avoir le droit d'utiliser d'adjectifs, ça ne me parait pas stupide. Il y en a assez de ces journalistes qui prétendent être neutres quand ils sont ostensiblement de gauche, et qui imposent leur vue et leur opinion en empêchant chacun de se forger sa propre opinion. Je préfère "l'Humanité" au "Monde", au moins sont bord est affiché. Le "Monde", journal qui se prétend neutre, ment dès la première ligne : la date ! Il vous vend des informations de la veille datée du jour, ou vous vend des informations d'aujourd'hui datées de demain... Comme escroquerie, ça se pose.
"Il n'y a pas d'assujettissement plus grave que celui qui a l'apparence de la liberté : il annihile jusqu'à la volonté même", disait Rousseau. Et quand la liberté cherche à faire peur ?
10 octobre 2008
Tapie et ses dettes
Bernard Tapie remporte enfin son procès face au Crédit Lyonnais et aussitôt se lèvent une armée de boucliers pour crier au scandale, aux influences, aux magouilles et à l'indécence de la somme face à la personnalité de Bernard Tapie.
Durant des années, on nous a raconté que Bernard Tapie avait fait couler le Crédit Lyonnais, qu'il avait coûté des sommes colossales au Crédit Lyonnais en raison de sa morale peu vertueuse, et de sa rouerie qui avait mis à mal la banque. M. Peyrelevade, Président du Conseil d'Administration du Crédit Lyonnais déclarait à l'époque que le Crédit Lyonnais avait "sauvé Bernard Tapie qui à l'époque était en faillite". C'est ce qu'on appelle raconter l'histoire à l'envers.
Du côté des juristes, nous étions quelques uns à comprendre que Tapie gagnerait son procès face au Lyonnais. Mais pour celà il fallait savoir deux ou trois détails que la presse se gardait bien de dévoiler.
Lorsque Bernard Tapie met Adidas en vente en 1993, c'est parce qu'il doit répondre à un crédit que la Lyonnais lui a octroyé pour réaliser l'achat, trois ans plus tôt pour 244 millions d'euros (toutes les somme sont converties en euros pour plus de clarté). Tapie donne un mandat de vente au Lyonnais pour la somme de 317 millions d'euros minimum. Et c'est là que les conflits d'intérêts entrent en jeu. Le Lyonnais se trouve en situation de trouver les moyens d'éteindre sa créance lui-même ! Il peut à la fois trouver l'acquéreur et se rembourser. Non seulement, il peut se débrouiller pour trouver un acheteur au prix minimum, recouvrer sa dette, et mettre Bernard Tapie en difficulté, ce que François Mitterrand cherche à faire par tous les moyens depuis qu'il s'est présenté sous l'étiquette MRG aux élections régionales. Avec un montage financier, il peut vendre Adidas à un tiers ami pour la somme minimum imposée par le mandat (à une filiale par exemple), et réaliser ensuite un belle plus-value avec la complicité de ce tiers, sachant qu'Adidas vaut largement plus que 317 millions d'euros à ce moment.
Adidas est donc vendue pour 315 millions d'euros ce qui ne suffit pas à sortir Bernard Tapie de ses difficultés financières. Adidas est ensuite revendue une seconde fois pour 700 millions d'Euros à Robert-Louis Dreyfus en novembre de la même année.
Bernard Tapie assigne alors le Lyonnais devant le Tribunal de Commerce de Paris qui condamne la banque en novembre 1996. Le manque de loyauté de la banque a été flagrant contrairement aux affirmations de M. Peyrelevade. La banque est condamnée à verser une provision de 92 millions d'euros à Bernard Tapie, placé en liquidation judiciaire. La banque interjette appel de la décision qui est confirmée par la Cour d'Appel de Paris et condamne le Lyonnais à payer 135 millions d'euros à Bernard Tapie qui réclamait alors 990 millions d'euros depuis que Adidas a été introduite en bourse pour la somme de 1,7 milliards d'euros. Par ailleurs, elle fixe le préjudice personnel de Bernard Tapie à 66 millions supplémentaires.
Un pourvoi est formé devant la Cour de Cassation, et le 9 octobre 2006. Le procureur de la République avait plaidé lui-même en faveur de Bernard Tapie estimant que les 135 millions d'Euros étaient justifiés. Cependant, la Cour de Cassation, en Assemblée Plénière (!) casse et annule l'arrêt de la Cour d'Appel au motif d'une part que la Cour n'a pas pas examiné assez profondément la responsabilité de la banque, et d'autre part que le mode de calcul de la somme allouée à Tapie est mal fondé, estimant que le préjudice n'a pas été estimé à une date correcte.
Ainsi, contrairement à ce qu'on a entendu dans la presse, Bernard Tapie n'a pas perdu ce jour là, au contraire. On a tendance à croire que la Cour de Cassation est une juridiction d'appel, or elle ne juge qu'en droit et elle a donné ainsi le clef d'une nouvelle condamnation du Lyonnais lorsque l'affaire reviendrait en appel. Une décision de l'Assemblée Plénière étant plutôt de nature à s'imposer devant une Cour d'Appel de renvoi, il n'y avait aucun doute sur l'issue de l'affaire.
Mais les procédures sont longues et, par le passé, le Consortium de Réalisation du Crédit Lyonnais (CDR) avait déjà, en 2004, proposé une médiation à Bernard Tapie, mais aucun accord n'avait jamais pu être trouvé. Une nouvelle médiation est proposée à l'issue de l'arrêt de Cour de Cassation, le CDR espérant négocier une somme plus faible que celle qu'il encourt en cas de condamnation par la Cour d'Appel de renvoi.
C'est ainsi que le recours à l'arbitrage eut lieu, afin d'accélérer la procédure qui est ouverte depuis 1995, et depuis lors Bernard Tapie est en faillite alors qu'il ne devait pas l'être. Les arbitres sont choisis par les parties, un chacun, et un en commun. Ce sont de brillants juristes. Pierre Mazeau, par exemple, a été un éminent Professeur de Droit Privé, une référence absolue en droit des obligations, ce qui l'a conduit à être Président de la Commission des Lois à l'Assemblée Nationale, puis Président du Conseil Constitutionnel. Juridiquement, on ne peut guère trouver mieux. Le mode de désignation des arbitres, négocié entre les parties, ne peut pas donner lieu à des choix partiaux de la part du Tribunal Arbitral. Et sur la mission c'est clair également : leur mandat est de déterminer la hauteur du préjudice de Bernard Tapie, sachant que la condamnation en Appel est acquise.
Le tribunal Arbitral estime le préjudice à 285 millions d'euros, faisant cadeau de 100 millions selon moi (700 - 315 = 385). Par ailleurs, il condamne le CDR à verser 45 millions d'euros à Tapie au titre du préjudice moral. Il ne faut pas oublier que cet homme est en faillite depuis 1994 alors qu'il n'aurait pas dû l'être sans les agissements du Crédit Lyonnais. 45 millions d'euros, c'est ce que, peu ou prou, il aurait pu gagner à titre personnel pendant ces années en n'étant pas en faillite.
Alors évidemment, devant la hauteur de la somme, 400 millions avec les intérêts, tout le monde s'insurge, parlant de collusion, d'amitiés avec le Président, etc. M. Peyrelevade, désormais député depuis qu'il a eu l'honneur de mettre le Lyonnais en faillite avec ses méthodes douteuses, s'insurge contre la décision arbitrale, sur le fond et sur son principe, pour mieux cacher qu'il est le principal artisan de cette condamnation inévitable, et qu'en raison d'une faute de gestion inexcusable c'est sur son propre patrimoine que devait être prélevée cette somme. Malheureusement, il travaillait dans une société d'état, et était irresponsable sur ses deniers propres, contrairement à un président d'une société privée en faillite.
Du côté populaire, le bruit le plus courant est Bernard Tapie étant un escroc, il n'a le droit que de se taire, que cette condamnation est injustifiée, etc. On compare la somme en nombre d'enfants malades, en nombre de SMIC, et tout autre populisme destiné à éveiller les émotions pour éteindre les cerveaux. Le droit à ce moment là, personne n'en parle. La justice à deux vitesses, non, mais pour Tapie, oui !
09 octobre 2008
Qu'est-ce qui différencie la gauche et la droite ?
Hier soir, l'un des thèmes abordés par l'émission de Frédéric Taddéi "Ce soir ou jamais" sur France 3 était : "La droite est elle toujours de droite ?".
Ce thème est révélateur des préjugés qui affectent la droite, préjugés largement diffusés par la gauche qui, loin de comprendre, préfère caricaturer, mais toujours sans préjuger, elle dit qu'elle se l'interdit. Si l'on en croit alors la rumeur publique, la droite serait la partisane de l'ordre et de la sécurité, l'amie intime et servile du capitalisme libéral, l'ennemie du prolétariat, insouciante du sort des pauvres en ne se concentrant que sur celui des patrons, et n'aurait pas d'autre souci que l'enrichissement des classes dirigeantes tout en maintenant volontairement les classes populaires dans la misère pour mieux les asservir. De l'autre côté, la gauche serait l'amie des pauvres et l'ennemie des patrons, rêve de fonder un monde idyllique sans police ni autorité et où les malfaiteurs n'existeraient pas, lutte pour l'anéantissement du capitalisme, serait le chantre de l'égalité des droits, de l'amitié entre les peuples et contre le racisme. Voilà pour la caricature selon la rumeur.
Sauf que dans la réalité des choses, ça ne se passe pas comme ça. Dans chaque catégorie, on trouve des exceptions dans chaque camp et quand l'un des deux camp est au pouvoir, il se trouve confronté à une réalité économique qui le contraint à revoir ses ambitions et ses discours.
Ainsi, hier soir, Marie-France Garaud et Luc Ferry se sont-ils beaucoup affrontés pour trouver finalement peu de différence entre les deux camps, sans répondre à la question : "la droite est elle toujours de droite".
J'ai eu l'occasion dans un billet précédent de vous parler du phénomène politique du glissement à gauche, et ce lent glissement transfère peu à peu les idées de la gauche vers la droite. Dans son réalisme et son modernisme, la droite finit, plus ou moins lentement par adopter des valeurs autrefois de gauche. Il faut vivre avec son temps. Cependant, ça ne signifie pas renoncer à ses fondamentaux. Prenons par exemple les 35 heures. Adoptées par la gauche, ni le gouvernement Raffarin, ni Villepin, ni Fillon n'ont eu l'intention de revenir en arrière totalement sur l'acquis social de la durée légale du travail à 35 heures. Mais, en ne renonçant pas à leur principe fondamental de liberté de choix, de liberté du travail, en conservant à l'esprit que le travail est un valeur de la droite et permet à chacun de hisser sa condition sociale vers un mieux, la droite a assoupli le système en permettant des heures supplémentaires mieux payées. On peut en discuter l'efficacité économique, là n'est pas la question. C'est l'intention qui démarque les uns des autres. D'un côté de lit de Procuste, de l'autre la liberté de choix. La droite a finalement intégré les 35 heures dans son projet politique, sans renoncer à ses valeurs qui sont le travail et la liberté.
Autre exemple : la crise financière mondiale. Le non-interventionnisme est le principe chez les libéraux. Or, on constate que les gouvernements libéraux sont prêts à cracher au bassinet pour renflouer les banques. C'est du pragmatisme : si l'on laisse tomber les banques, il faudra payer les salariés au chômage, et surtout indemniser les épargnants. Ça coûterait bien plus cher que de ne pas sauver ces banques, sans parler des "dommages collatéraux". Les principes c'est bien, la réalité des choses contraint parfois à mettre ses principes dans la poche.
Plus loin dans l'histoire, c'est une chambre ultra et monarchiste qui a créé la IIIè République pour ne pas mettre au pouvoir un Roi qui rêvait de revenir au Droit divin, ayant tiré les leçons de l'époque de Charles X. Le réalisme plutôt que l'idéal.
A l'opposé la gauche préfère tordre le monde à son idéal. Elle rêve d'emploi pour tous et faire diminuer le chômage ? Elle fabrique alors les 35 heures pour partager le travail, s'imaginant que les besoins salariaux sont élastiques, et que le nombre d'emplois est strictement proportionnel au nombre d'heures travaillées. Le lien avec le besoin en masse salariale lié au chiffre d'affaire n'existe pas. Le résultat, prévu par tous les gens qui connaissent un peu la gestion, a été que les 35 heures ont créé un gain de productivité et non une vague d'embauche. Les gouvernants d'alors n'ont oublié une seule chose : comment faire augmenter en même temps le chiffre d'affaires de l'entreprise. Question à laquelle personne ne songe jamais dirait-on... Le constat est clair : ils ont rêvé leur mesure en fonction d'un idéal et non d'une réalité économique. Autre exemple : l'idée fortement généreuse de François MITTERRAND de mener 80 % d'une génération au bac. L'idée semblait généreuse mais elle a provoqué un allongement des études financièrement difficile pour les familles les moins aisées. En outre, sans permettre d'accéder en masse à des emplois mieux rémunérés ça a entraîné une hausse des exigences de qualification pour un même métier. On pouvait autrefois être secrétaire avec un BEP, il faut désormais un BTS, sans gagner un sou de plus : le SMIC. Pour les plus pauvres aucun gain, et même un perte puisqu'il faut financer des études plus longues pour un même résultat. Autrefois un bac permettait d'obtenir facilement du travail, aujourd'hui un Bac+3 est tout juste suffisant pour sortir du lot. En attendant, des tas de métiers dits manuels sont laissés pour compte et ces secteurs cherchent de la main d'œuvre alors qu'on ne sait que faire de tous les gens qui ont des qualifications d'employés, de comptables etc. C'est vrai que c'est mieux de sortir les mains du cambouis, mais comme disait mon grand-père "le chiffre d'affaire de la mine est fabriqué par le pic du mineur, pas par la secrétaire". Et pour embaucher la secrétaire, il faut d'abord que les mineurs sortent du charbon du fond. L'idée d'augmenter la formation de tous était louable en soi, mais les effets pervers sont plus importants que les avantages. Une idée sans conformité avec la réalité.
Je crois pour ma part que la différence principale entre la droite et la gauche tient à un posture fondamentale dans le discours. Pour paraphraser La Bruyère, la gauche a des idées politiques en fonction du monde tel qu'il devrait être, et la droite crée son projet en fonction du monde tel qu'il est. La droite et la gauche ont toutes le deux pour but de mener la société vers le progrès social et vers l'amélioration du niveau de vie. Ce sont les moyens qui diffèrent.
06 octobre 2008
Justice et rumeur
Hier, on nous annonçait lamise en examen d'un médecin du SAMU qui avait pratiqué des "gestes douteux" à l'encontre d'une malade de 87 ans qui avait subi un malaise dans le salon de sa coiffeuse. Un médecin voisin a donné les premiers soins le temps que les secours arrivent. Les pompiers sont intervenus bientôt relayés par le SAMU.
Mais un "témoin" aurait signalé que le médecin aurait eu des "gestes douteux" sur la pauvre femme qui n'a hélas pas survécu à son malaise. Les regards se tournent aussitôt vers le médecin aussitôt empreints de suspicion. Les mauvais agissements dudit médecin auraient provoqué la mort de la malade. Or, selon le médecin voisin, rien d'anormal n'aurait été constaté par lui, jugeant qu'aucune faute n'a été commise.
Mais voilà que la justice s'en empare, convoque le médecin, le suspend, le met en garde à vue. L'opprobre tombe sur lui comme la misère sur les pauvres.
Et voilà que ce matin, on apprend la réalité des choses. Après avoir pratiqué les bons gestes médicaux, y compris ceux de la réanimation, les médecins ont constaté que leurs efforts étaient vains. Chose courante, le corps sans vie de la malade a présenté des spasmes de la mâchoire, derniers résidus électrique d'une vie qui s'en va. Le médecin a alors comprimé la mâchoire afin que les services funèbres puissent présenter une dépouille convenable à la famille.
Et pour l'accusateur, dont on ignore le nom, c'est ce geste qui aurait provoqué la disparition de la pauvre femme.
La presse relate cet incident ce matin, et pas un mot d'excuse pour ce malheureux médecin qui n'a eu que ce geste, certes impressionnant pour le profane, certes cynique face à la mort, mais d'un professionnalisme sans faille. De son côté la justice n'a pas hésité à suspendre le médecin et à le mettre en garde à vue pour des gestes dont elle a eu vent par un "témoin" (de l'équipe du SAMU parait-il) dont les connaissances ne permettent pas de juger le travail du médecin. Et cette manière de tirer d'abord et se renseigner ensuite, sans considération pour la personne, sans considération du principe de la présomption d'innocence. N'eut-il pas été plus simple de simplement convoquer le médecin pour qu'il s'explique avant de procéder à ces sanctions ? Y avait-il urgence à le suspendre aussitôt, et à le placer en garde à vue sur la seule foi d'un incompétent ? Est-ce que tout cela valait 48 heures de garde à vue et pas un simple interrogatoire dans le cadre d'un enquête préalable ?
Cette même justice qui clame haut et fort sa vocation d'indépendance et de légitimité, qui n'hésite pas à rappeler les principes, en particulier la présomption d'innocence, ferait mieux parfois de mettre en pratique les discours.